• Que reste-t-il idéologiquement aux gauchistes ?

    Pour une renaissance de l’humanisme<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p>

    Article 32<o:p></o:p>

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    Comment transformer un mouvement contestataire en parti de gouvernement<o:p></o:p>

    II – Critique du marxisme : que reste-t-il idéologiquement au gauchisme « praticable » ?<o:p></o:p>

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    Avant tout chose, démontons un peu ce concept de « gauchisme » qui recouvre tout et n’importe quoi. Marx ignorait le gauchisme. Pour lui, l’ennemi intérieur s’appelait Bakounine, soit l’idée que la dictature du prolétariat n’était qu’une dictature parmi d’autres. L’inventeur d’un communisme fondé sur l’Etat (le véritable inventeur du communisme est François Noël Babeuf, dit « Gracchus Babeuf », guillotiné en 1797 et en fait père du socialisme utopique) fut par ailleurs le créateur de la 1ère Internationale des ouvriers. Dont faisait aussi partie Bakounine (mais dans laquelle Proudhon, autre anarcho-syndicaliste et père, lui, du socialisme français, avait refusé d’entrer). Et la lutte fut féroce entre Marx et Bakounine pour le contrôle du mouvement ouvrier international. Marx l’emporta en torpillant son mouvement (il déplaça son secrétariat général de Londres à New York, c’est-à-dire qu’il décida que sa direction n’existerait plus : New York, au 19e siècle, c’était le bout du monde…)

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    Et ce furent Engels puis, surtout, Lénine, qui décidèrent de nommer « gauchistes » les anarcho-syndicalistes qui leur menèrent la vie dure tout au long et des Internationales qui suivirent et de la Révolution russe. Le gauchiste, pour eux, était d’abord le bakouniniste et le proudhoniste (les Français quittèrent en masse la 2e Internationale en 1924, lors du congrès de Tours du Parti socialiste français) Soit l’idée, je me répète, que l’Etat, dirigé ou  non par des ouvriers, restait un mal absolu, « bras droit » de l’exploitation des prolétaires. Il faut reconnaître aussi qu’en 1924, les mouvements ouvriers du monde entier savaient que la fameuse « dictature du prolétariat » corrigée par Lénine n’avait plus rien de démocratique. Et ils refusèrent assez largement d’adhérer à cette dictature tout aussi terrible que la monarchie absolue que leurs parents avaient combattue avec leur sang.

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    Aujourd’hui, on nomme gauchiste et en vrac les anarchistes et les trotskistes. Ces derniers sont pourtant des marxistes purs et durs simplement plus internationalistes que les léninistes. Les stalinistes, nommés aujourd’hui « staliniens », sont pour leur part assimilés à d’affreux amoureux de l’ordre étatique au sein du socialisme. Bref, sont « gauchistes » tous les gens de gauche qui ne partagent pas les vues de feu le PCF (carrément staliniste) et d’un PS en voie de disparition bien que toujours « 1ère force d’opposition ». Reprenons donc nos bases idéologiques pour y voir plus clair : les Trotskistes sont des marxistes internationalistes (des marxistes en fait tandis que les tenants du communisme « réel » ont abandonné la thèse marxiste sur la nécessaire internationalisation de la révolution communiste) ; et les anarcho-syndicalistes ne sont pas les nihilistes dénoncés par Lénine et autres mais des socialistes qui refusent l’abandon de la démocratie dans le processus révolutionnaire.

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    Soit. Mais on a aujourd’hui des socialistes européens patentés qui ont tous adopté le libéralisme comme doctrine socio-économique. Et, pour eux, les gauchistes sont aussi ceux qui n’ont renoncé ni à l’idée marxiste d’une appropriation collective des moyens de production ni à la régulation de l’économie par la planification et, donc, par l’Etat. Car, dans le même temps, les libéraux, eux, « cassaient » carrément l’idée d’Etat en imposant au monde et les privatisations, et le « dégraissage » de la Fonction publique, et la neutralisation du budget dans la régulation de l’activité économique. On voit donc que le gauchisme, idée communiste à l’origine, est devenue universelle en incorporant en fait tous les rebelles à l’ordre établi, aussi bien communiste que libéral.

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    La fameuse « Ligue révolutionnaire » de Krivine est donc largement dépassée et l’on comprend tout à fait qu’un Besancenot décide de s’extraire d’un trotskisme aujourd’hui folklorique pour tenter de fédérer en fait tous ces gens de gauche appelés « gauchistes » par leurs ennemis « institutionnels »  avec l’aide des médias bourgeois. Et l’on peut assez aisément reconstituer la base idéologique de ce rassemblement : il y a du marxisme, on l’a vu. Et ce marxisme est « basique », soit fondé sur quelques principes de base bien oublié par le PS : l’évolution de l’Histoire est dialectique et matérialiste d’abord. Je vous ai déjà dit ce que j’en pensais : cette évolution est basée sur deux « moteurs » bien distincts, la dialectique certes d’une part, mais aussi et surtout aujourd’hui, du fait des médias, le mimétisme. Jamais donc autant qu’aujourd’hui, la nécessité de convaincre ne s’est faite plus forte. Un Besancenot vaut 10 000 Marx (et 100 000 d’Alayer !), sachant que Besancenot ne peut réussir tout seul quand on sait aujourd’hui, grâce aux progrès en matière de connaissance du cerveau humain, que le matérialisme, bien que très important dans le déterminisme humain, n’explique pas tout loin de là. La sexualité, la culture, le sentiment religieux, etc., etc., tout cela joue aussi un grand rôle dans l’évolution des humains. Lesquels se fédèrent à présent plus sur des critères culturels que sur des critères économiques (donc matérialistes dans l’acceptation marxiste du terme). Bien plus, on va voir, dans les décennies qui viennent, sombrer le modèle anglo-saxon de la mondialisation face à un modèle orientale bien plus humain, fondé, lui, sur la famille et sur l’Etat. Marx a totalement ignoré ce phénomène et est aujourd’hui totalement dépassé par lui. Il va bien falloir que le mouvement initié par Besancenot en tienne compte…

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    Il y a en outre, dans le gauchisme moderne, une vision négative de l’Etat. L’anarchisme, à mon avis, a disparu depuis l’instauration de l’Etat Providence. Mais subsiste l’idée que le pouvoir corrompt, idée on ne peut plus proudhonienne et Bakouniniste. L’autre base idéologique du « besancenonisme » devrait donc être le refus de l’élitisme, idée on ne peut plus moderne. Les conséquences d’un tel refus sont incommensurables. Elles s’étalent d’une réforme drastique de l’Etat (archi contrôlé dans tous ses rouages, via notamment le système électif) à la refondation totale du système éducatif sur un principe non élitaire. En fait, si Besancenot sait s’y prendre, il peut présenter demain au monde l’offre politique la plus élaborée du moment. Celle qui permettra, pour schématiser rapidement, au médecin d’imaginer qu’un jour il pourra pratiquer un autre métier et au charcutier qu’il pourra devenir ministre. Les gens, aujourd’hui, attendent leur retraite pour faire, enfin, ce qui leur plait. Alors qu’une réorganisation intelligente de nos sociétés développées permettrait, dès aujourd’hui, aux mêmes gens de multiplier les expériences au cours de leur vie entière. Il est quand même fou que seuls, en cette année 2008, les milliardaires puissent changer de métier en cours de route (à commencer par le plus riche d’entre tous, Bill Gates)…

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    Un troisième élément subsiste dans cette fédération des gauchistes : la solidarité. Et il est essentiel, le dit élément. Parce qu’il permet aux « individualisés » de retrouver confiance en l’avenir. Le PS a perdu une grande partie de sa crédibilité en adoptant le libéralisme comme doctrine de base. Ce faisant, il partage alors l’individualisation forcenée des sociétés que porte le libéralisme en lui. Et les victimes de l’individualisation ne se retrouvent plus en lui. Aucun syndicat ne peut s’aligner sur les visées de l’actuelle direction socialiste française. Sinon les syndicats bidon constitués avec l’argent du patronat. Il n’est d’ailleurs pas étonnant, dans ces conditions, que lors de grandes grèves, ce sont des mouvements non reconnus qui mènent le jeu, tel le syndicat « Sud » On peut à cet égard compter sur les gauchistes pour redonner du tonus à la solidarité !

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    Bref, le mouvement souhaité par Besancenot a des bases idéologiques propres à lui valoir un soutien populaire immédiat : une base anti-libérale certaine, une volonté démocratique non moins certaine mais qui mérite, semble-t-il, un peu plus de médiatisation ; une volonté beaucoup plus affirmée que les autres de réformer l’Etat ; et, enfin, un retour plus que salutaire au phénomène collectif (donc, forcément, un sentiment anti-anglo-saxon assez prononcé). Par rapport à ce qui reste d’idéologie propre au PS, c’est plus que bien !<o:p></o:p>

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