• Quelle économie pour demain ? - 1

     

    Quelle économie pour demain ?

     

    Je ne suis plus ici en campagne électorale, ayant abandonné le sujet dans le texte précédant. C’est à présent de plus long terme dont je vais parler, une investigation dans les différentes options que proposent le présent et qui paraissent à la fois possible et probable (un jour, je mettrai en ligne un livre de jeunesse –c’était en 1983- dans lequel j’ai développé cette manière d’appréhender le futur).

    Le premier point de cette investigation est bien entendu l’état des lieux : des économies occidentales qui sont à l’agonie (leur système de crédit remplaçant les hausses de salaire est arrivé en fin de course avec l’endettement des « Etats Providence » incapables et de maintenir leurs prestations, et de renflouer des économies en perdition) ; tandis que le rattrapage des pays sudistes, à commencer par l’Asie, entamé avec la hausse du prix des matières premières et, donc, le renversement des termes de l’échange, s’accélère. Et, déjà, l’économie mondiale n’est plus « tirée » par les Etats Unis mais bel et bien aujourd’hui par la Chine.

    Cet état des lieux est-il réversible et l’Occident peut-il retrouver sa domination d’antan ? C’est possible mais guère probable : possible car les pays sudistes n’ont pas encore connu les niveaux de revendication sociale qu’entraîne toujours le développement économique et dont l’Occident est sorti, lui, au lendemain de la 2e Guerre Mondiale. Et ils marqueront le pas s’ils ne développent pas maintenant assez vite leur consommation intérieure. Mais il semble qu’ils aient conscience du phénomène : la Chine ou le Brésil par exemple ont entamé des politiques dans ce sens, augmentant les salaires et se tournant vers la satisfaction des besoins autochtones en sus des exportations. Il ne faut donc pas trop compter sur d’éventuels « Tea Parties » ultralibéraux en chine, en Inde et en Amérique latine. Tout au contraire, dans ces pays, ce sont les progressistes qui sont au pouvoir, sans compter la Chine communiste mais surtout étatiste qui n’hésite pas à condamner à mort  (et à exécuter) des milliardaires pour crime économique. Si le Sud doit ralentir sa croissance, ce n’est donc pas dans l’immédiat, CQFD !

    Il faut par contre compter, on le sait avec certitude aujourd’hui, sur une forte résistance des dits Tea Parties ultralibéraux en Occident. Songez aux difficultés rencontrées par l’Administration Obama aux Etats Unis pour faire racheter les dettes publiques américaines par la FED ou à l’obstination des Allemands (dont Merkel n’est que la porte-parole, il y a un consensus du pays sur cette question) dans le même domaine : refus absolu, ils préfèrent enrichir les banques pour arriver à un moindre résultat, l’euro étant toujours suspendu au bon vouloir des spéculateurs.

    En fait, l’Occident n’est pas prêt à changer de politique économique, même si les Etats Unis le font. Car le dit Occident, surtout en Europe, s’est bardé d’un nombre incroyable de défauts économiques qui sont difficilement corrigibles rapidement :

    -          Ses états ont tout fait et continuent à batailler pour se retirer toute possibilité d’intervenir dans l’économie mondialisée. Ils ne peuvent notamment plus aider leurs secteurs en difficulté sous le prétexte de concurrence déloyale. Leurs banques centrales n’ont plus le droit d’acheter directement leurs bons du Trésor (en France, c’est depuis 1973 !) et n’existent que pour fabriquer la monnaie fiduciaire et surveiller les risques d’inflation. Leurs services publics doivent se soumettre à la concurrence internationale et, donc, doivent être privatisés. Leurs ministères doivent dégraisser et, donc, refiler au secteur privé jusqu’à la Santé, la Justice (l’arbitrage connaît une spectaculaire envolée depuis 20 ans maintenant), la Police (nombre de ses missions ont été confiées à des entreprises privées de sécurité, sans compter la municipalisation croissante des effectifs), voire l’Armée (comme les Etats Unis le font en Irak) Bref, ces Etats occidentaux sont dramatiquement dépourvus de moyens juridiques pour influer sur l’évolution de leurs économies : plus de réelles politiques budgétaires, pas de liberté en matière de politique monétaire, pas de possibilité de peser sur les décisions des entreprises en dehors de la fiscalité (et encore !, à la marge…), uniquement (et pour combien de temps encore ?) celle d’alourdir leurs charges via les nouvelles contraintes écologiques abordées sans perspectives de croissance endogène sur ce point particulier. Ainsi en est-il de l’énergie au prix croissant très rapidement tandis que l’écologie politique occidentale se bat pour faire chuter l’énergie nucléaire sans réelle offre  de remplacement rapide et bon marché. Ainsi en est-il du BTP appelé à construire toujours plus cher pour respecter des normes environnementales toujours plus complexes et contraignantes. Ainsi en est-il des restrictions sans cesse accrues concernant les intrants dans les productions industrielles, là encore sans offre de remplacement rapide et bon marché.

    -          Au plan social, force est de constater que la régression, qui a remplacé les 30 Glorieuses de l’Etat Providence depuis les arrivées au pouvoir de Margareth Thatcher et Ronald Reagan dans leurs pays respectifs, n’est pas prête de s’arrêter. Un aparté ici : il est étonnant de voir que les principaux fauteurs de régression sociale en Occident, tous deux anglo-saxons, ont également et tous deux choppé la maladie d’Alzheimer,  ne se souvenant plus de leurs méfaits- Reprenons : cette régression n’est donc pas prête de s’arrêter. Pourquoi ? Tout simplement parce que les dirigeants occidentaux hors quelques partis d’opposition n’ayant aucune chance de gouverner dans les années à venir, ne veulent pas remettre la mondialisation absolue en cause tout en sachant que leurs pays sont victimes du protectionnisme de leurs principaux concurrents. Pour obtenir des marchés, ils transfèrent des technologies (sauf en Afrique) qui leur reviennent en boomerang quelques années plus tard et à des prix défiant toutes concurrences. Idéologiquement, ils mettent cela sur le dos du coût salarial alors que celui-ci a baissé de 10% au cours des 30 dernières années. En fait, les élites occidentales, financiarisées à mort, ont perdu le sens de la production. Et s’appuient essentiellement sur les commerciaux et les « parts de marché » pour se développer. Les dits commerciaux étant en général paresseux, préférant vendre vite, ont poussé une production dévalorisée à multiplier les gammes plutôt qu’à baisser les prix en augmentant les séries. Nous sommes arrivés ainsi, un comble dans l’industrie, à des « séries limitées » tandis que les Chinois déversent chez nous des produits uniques mais tirés chacun à des dizaines de millions d’exemplaires, CQFD ! Quant à la dévalorisation de la production, il suffit de regarder la presse écrite pour en comprendre la dramatique conclusion : depuis 30 ans donc, nos élites ont commencé à moins payer les « techniciens » au profit des administratifs, commerciaux inclus. Les salaires des journalistes étaient parmi les plus élevés du monde productif dans les années 1970. Ils sont aujourd’hui, quand on intègre les travailleurs précaires, les moins rémunérateurs du marché des cadres (les journalistes sont assimilés cadre). Et les médias ne vivent plus que de la publicité. Avant de mourir, faute de lecteurs en nombre suffisant. Les éditeurs en ont-ils tiré de bonnes leçons ? Voyez vous-mêmes avec l’affaire de France Soir : on supprime le papier au profit d’une médiocre aventure sur le net et l’on incrimine encore et toujours les salaires alors que le papier et l’impression pèsent beaucoup plus aujourd’hui dans le bilan final des éditeurs de presse écrite. Ceux-ci ont tout perdu et, notamment, l’expertise que leur conféraient les « vieux briscards » du journalisme, bien payés, certes, mais compétents. Quant au net, il est d’une indicible médiocrité, ne vivant que de la pub et vaguement animé par quelques passionnés aussi jeunes qu’inexpérimentés (quand il ne s’agit pas simplement d’un manque grave de culture générale)

    -          Enfin, il y a la financiarisation outrancière des économies occidentales : comment et rapidement pouvoir réorganiser un système bancaire qui vit essentiellement de la spéculation en système s’enrichissant en même temps que son environnement économique ? Il faudrait non seulement nationaliser ces banques mais, en plus, changer les 9/10e de ses principaux cadres. Comment remplacer rapidement les dirigeants des grandes entreprises quand les Etats n’ont plus de pouvoir et que ces dirigeants forment un club très fermé (surtout en France) car outrageusement croisé en matière de capitaux ? Comment redonner rapidement la primauté aux producteurs quand leurs relations avec les vendeurs sont aussi soumises ?

    En fait, on voit que le système s’est tellement détérioré depuis 30 ans qu’il est impossible, réellement impossible de le changer en quelques années. Et l’Occident ne sera plus, demain comme il ne l’est plus dès aujourd’hui, la puissance économique dominante du Monde. Même son fantastique arsenal militaire ne lui est d’aucune aide. Il plombe surtout les comptes de ses Etats : s’attaquer à l’Irak ou à la Libye pour tenter de peser sur les prix du pétrole est une chose (fausse d’ailleurs puisque les Etats ne peuvent plus forcer les compagnies pétrolières à baisser leurs prix), tenter d’envahir la Chine moderne en est une autre ! Pour que l’Occident retrouve sa domination économique mondiale, il faut tellement de changements, effectués qui plus est plus rapidement que ne se développent les grands pays du Sud, que sa réalisation est improbable. Certains Etats manifestent de timides velléités de réforme dans le bon sens, tel l’Administration Obama et, peut-être, la future administration Hollande chez nous, mais l’ensemble ne bougera pas suffisamment, du moins dans des délais suffisants pour éviter la chute brutale de l’ex empire occidental.

    Quelles en seront les conséquences ? La première et sans doute la plus grave sera la continuation de la désindustrialisation de l’Occident au profit des pays émergeants. Donc la présence, en occident, d’un chômage mortifère quel que soit par ailleurs la politique sociale défendue par les pouvoirs en place (ceux-ci auront bien entendu du mal à se faire réélire) Nous croyons peut-être voir le bout du tunnel dans ce domaine, détrompez-vous : le déclin de l’Occident se traduit et continuera de se traduire d’abord par du chômage, toujours plus de chômage.

    La seconde sera une augmentation des prix des produits importés quand nous ne les produirons plus. Pourquoi, simple mais compréhensif exemple, les Chinois continueraient-ils à nous vendre leur petit électroménager à très bas prix si SEB et Moulinex n’existent plus ? Et comment pourrons-nous contrôler d’éventuelles ententes entre les Chinois et la Corée du Sud. Ou l’Inde et le Brésil ?

    La troisième, corollaire des premières, sera un enrichissement monétaire sans précédant du Sud au dépend de l’Occident. Ca a déjà commencé avec les 800 milliards de $ et les 400 milliards d’€ détenus aujourd’hui par le Trésor et les banques de Chine mais ça s’amplifiera à un point que vous ne pouvez même pas imaginer aujourd’hui. Car les multinationales, elles, ne déclineront pas. Mais elles changeront de continent favori et je peux d’ores et déjà prédire, sans grand risque de me tromper, que les jours de la City et de Wall Street sont comptés : demain, ce sont Singapour et Hong Kong qui feront la loi boursière. Après demain, les bourses occidentales ne seront plus que des bourses régionales…

    Que restera-t-il alors aux Occidentaux : l’agro-industrie (leur démographie en berne continuera à dégager des surplus exportables), les services de proximité non exportables et n’intéressant pas les investisseurs sudistes (quoique il y ait déjà des « filières » en matière de boulangerie –les Tunisiens- ou de cafés –les Chinois), le bâtiment artisanal (car, un jour ou l’autre, des firmes comme Bouygues verront des investisseurs sudistes entrer dans leur capital), une partie de la restauration… Même notre national « PMU », semi privatisé aujourd’hui, sera sans doute la cible des Asiatiques, grands joueurs devant l’Eternel ! Savez-vous que nous produisons déjà nettement moins de brevets aujourd’hui qu’il y a à peine 10 ans ? Et que l’Asie est déjà en tête sur ce marché ? Pays par pays les Etats Unis restent certes les premiers mais parce qu’ils font appel à des cerveaux étrangers, asiatiques pour la plupart d’entre eux. Mais région par région, l’Asie domine déjà !

    Face à cela et si vous voulez être honnêtes avec vous-même, vous devez bien constater que nos dirigeants se préoccupent surtout de leurs carrières et du maintien de leurs privilèges. Ils sont totalement « hors service », cette évidence n’étant pas étrangère à leur refus quasi viscéral de passer à une politique anti-déclin efficace. Laquelle nécessite une réindustrialisation intelligente de nos pays. En revenant aux fondamentaux de l’industrie, inventés par l’Occident (henry Ford), soit les séries les plus grandes possibles pour baisser les coûts et des salariés suffisamment payés pour acheter les produits fabriqués. Alors, bien sûr, les manufactures faisant appel à beaucoup de salariés sont pour l’instant condamnés du fait des différences de salaires avec le Sud. Il faut donc se concentrer sur des secteurs plus robotisés et partir non des services marketing mais des services techniques : c’est l’ingénieur et non l’attachée de presse qui sait quel est le produit le plus en pointe du secteur. Reste alors à le mettre au point en ayant des services « recherche et développement » dignes de ce nom (ce n’est pas le cas aujourd’hui) puis à se refuser toute déviance par rapport à la série : celle-ci doit s’imposer aux commerciaux qui doivent alors vendre ce que leur donnent les techniciens et non imposer à ces derniers un coûteux «élargissement de gamme »

    On est trop loin du court terme des financiers ne pensant qu’à licencier du personnel pour plaire aux actionnaires et je ne crois pas un instant à ce scénario. Simplement fallait-il que je le formalise pour vous mettre le doigt sur nos vraies blessures. Car nos endettements publics à côté de notre déclin, c’est du pipeau tout juste bon à nous faire « bien voter », soit en faveur de gens qui, à gauche comme à droite, ne veulent surtout pas changer un système qui, bien que dur aux pauvres, leur convient personnellement. Sachez à cet égard que la spéculation éhontée des ces dernières années est en grande partie celle réalisée par nos banques avec les sous de nos élites. Irréformable…

    J’entrerai donc, dans mon prochain article, plus en avant dans mes investigations sur notre futur économique avec, en tête, l’idée que l’Occident ne domine plus et ne dominera plus l’économie du Monde.


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