• Quelle économie pour demain - 3

     

    Quelle économie pour demain ?

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    Déclin de l’Occident, croissance des inégalités dans cet Occident déclinant, comme je le pense, notre avenir économique n’a plus rien à voir avec le paradis sur Terre que nous annonçaient la Science triomphante et le relâchement des mœurs des années qui suivirent la guerre du Vietnam. Bien plus que mai 1968 en France, d’ailleurs : Serges July est devenu bien pensant comme son ancien camarade Cohn-Bendit et une flopée d’ex-combattants du Boulevard Saint-Michel. Ils sont « politiquement corrects » quand ils n’ont pas pris la direction d’institutions ou d’entreprises aux salaires managériaux aujourd’hui dénoncés par le Front de Gauche. Ce sont ces « soixante-huitards » qui ont porté un Nicolas Sarkozy au pouvoir pour ne pas voir une femme à l’Elysée quand des « petits et sans grade » l’y installaient en espérant, eux, voir leurs maigres niveaux de vie s’améliorer.

    Bref, les partageux de 1968 sont devenus bourgeois et ce sont eux qui ont manigancé l’époustouflant mensonge de 2007. Et qui, sans doute, profilent aussi les encore plus époustouflants mensonges du président-candidat de 2012. Peu importe, comme je vous l’ai dit, je regarde à présent plus loin, ne pensant pas que Mélenchon, pour qui je voterai, puisse emporter finalement cette élection présidentielle. Sans doute pourra-t-il influer sur le devenir du PS, ce qui serait déjà bien : la gauche de ce faux parti de gauche représente environ le tiers de ses voix. Soit entre 8 et 10% au niveau national. Plus les 15% possibles de Mélenchon, voire au dessus, et l’on retrouve les scores que faisaient jadis le PC avant que l’effondrement de l’Union soviétique ne lève le voile sur les exactions de sa réalité russe. C’est que la réalité capitaliste renvoie furieusement, elle, aux temps où seul le socialisme pouvait apporter quelque chose d’humain dans l’évolution économique de l’Occident. Et cette réalité capitaliste, capable de noyer, au 3e millénaire après JC, des pays dans le sang pour retrouver la maîtrise de quelques matières premières essentielles, renflamme très certainement les foyers de ce socialisme humaniste.

    Mais il ne viendra pas de la seule force de conviction d’un tribun comme Mélenchon, aussi intelligent soit-il. Il viendra quand, dans une réunion entre parents et maîtresse d’école, les mères de familles s’intéresseront plus au(x) dernier(s) de la classe qu’à leur bien entendu surdoué(e) de petit(e) chéri(e) Quand, aussi, les fameux scientifiques, ex-porteurs de notre futur paradis, se poseront tous des questions philosophiques (ont dit « éthiques » aujourd’hui, comme si la philosophie se résumait à l’éthique !) au lieu de se voir en prix Nobel quand ce n’est pas en richissime découvreur. En France, nous ressentons moins ce dernier travers parce que nos chercheurs sont mal payés. Mais aux Etats Unis (et ailleurs), la marchandisation des découvertes est à la base de la recherche. Si bien que, dans tout un tas de domaines, biologiques surtout (mais pas exclusivement), on n’en est même plus à l’éthique : l’homme produit une science qui dépasse sa conscience. Exemple : la recherche de l’immortalité, domaine tout ce qu’il y a de réel, sans prise de conscience des conséquences d’une éventuelle immortalité de l’homme sur les sociétés dans lesquelles il évolue. Amusez-vous à projeter vos phantasmes sur ce seul exemple puis ramener les dits phantasmes à la réalité sociale de votre pays. Vous verrez que votre société mourra et, même, très vite : l’homme immortel vivra dans des décombres de civilisation. Pour ceux qui croient en Dieu, pensez-vous que Celui-Ci laissera faire ?!

    C’est malheureusement la voie que l’Homo Occidentalis emprunte aujourd’hui, soit des recherches pour gagner de l’argent. Dans un environnement où seuls les riches peuvent en plus accéder aux bienfaits de ces découvertes, on voit parfaitement l’univers qui se dessine : des personnes âgées égoïstes vivant entre elles éternellement dans des villages fortifiés tandis que le monde s’est écroulé autours de ces villages. Et même si les dites personnes âgées avaient pu rajeunir, leurs « traces cervicales » de vieillards dans des corps jeunes deviendrait tout bonnement insupportables : la jouissance à tout prix. J’en frémis d’horreur car, en face, se battraient pour la simple survie tous ceux qui n’auraient pas eu la chance de naître riche. Ne dites pas que j’exagère, ça existe déjà en partie dans la patrie du capitalisme et si des Américains voient cela d’un bon œil (voir le film Cocoon), d’autres ont un sens plus aigu des réalités (voir un autre film, Zardoz) En tout cas, la recherche de l’immortalité mérite un débat, un immense débat. Mais elle se fait aujourd’hui à l’abri des regards de ceux qui, contrairement à moi, ne lisent pas de revue scientifique…

    Que dire du relâchement des mœurs ?! A-t-il libéré les femmes ? Sans doute sexuellement. Mais vis-à-vis de la domination masculine ? Aujourd’hui comme hier, elles gagnent entre 25% et 30% de moins que leurs homologues masculins à travail égal. Et cela, dans tout l’Occident. Et ce n’est pas parce qu’on met plus de femmes ici ou là, au Parlement, à la tête des grandes entreprises, que cela changera quoi que ce soit. Regardez : une femme a été nommée à la tête d’Areva, notre grande entreprise nucléaire avec EDF. Proglio, l’actuel patron d’EDF a défrayé la chronique parce qu’il voulait cumuler son salaire EDF à celui qu’il touchait chez Veolia. C’est un de ces salopards du CAC 40. Mais avez-vous entendu parler du salaire de l’ex patronne d’Areva ? Et les salariées d'Areva ont-elles un salaire égal à celui des salariés ?

    Le relâchement des mœurs a-t-il par ailleurs donné plus de travail et plus d’intérêt au travail des « petits et des sans grades » ? Bien sûr que non, y compris dans la communauté homosexuelle (si tant est qu’elle est une communauté, une fois sorti des microcosmes urbains) dont certains membres peuvent désormais se marier (pas en France) mais dont on a vu que, pour vivre, une partie d’entre eux devait toujours s’adonner à la prostitution. Il faut, dans le capitalisme triomphant, regarder sous les tapis : la poussière accumulée vous donne en horreur les couleurs chatoyantes d’un décor toujours fabriqués par des petites mains maltraitées.

    Voyons toutefois plus loin et tentons d’imaginer notre avenir vis-à-vis de ces deux éléments importants de notre présent. La Science va-t-elle se poser demain les questions qu’elle ne se pose pas aujourd’hui ? Quand vous voyez que l’essentiel des crédits de recherche, en dehors des pays latins dont les entrepreneurs cherchent surtout à dégager le maximum de profit à court terme (donc en sucrant les dits crédits de recherche), sont ceux de multinationales pour lesquelles le bien de l’humanité est une notion absconde, faut vraiment avoir la foi pour y croire ! Regardez ce qui se passe en France où le privé fait de moins en moins de « recherche-développement » : l’Etat prend une partie de cette recherche à sa charge. Mais, depuis une dizaine d’années, cet Etat exige des rapports de la part des chercheurs dont il diminue le nombre et les budgets au profit des administratifs. Qui dit rapport dit résultat donc découvertes « marchandisables », CQFD ! L’Humanité en fait a abandonné toute réflexion philosophique sur son devenir. La seule préoccupation des Occidentaux dans ce domaine reste l’écologie dont je reparlerai ultérieurement. Et qui est devenue politique, soit avec des objectifs qui n’ont plus grand-chose à voir ni avec l’éthique, ni avec la science. Voulez-vous que, je continue ? Pensez-vous à présent que l’homme technologique sera un homme sage ? Attendez-vous plutôt à encore plus de jeux qu’aujourd’hui et à un formidable essor médical non maîtrisé. A commencer par les coûts fabuleux de cette médecine hig tech qui risque très fort, vraiment très très fort, d’être réservée à des minorités. Un peu comme on a vu se développer des filières privées et payantes de greffage d’organes prélevés à bas prix dans les pays en développement. Les mêmes pays qui font le plus de bébés et qui recèlent donc le plus de cellules souches « toutes fonctions » de notre planète (ces cellules se trouvent dans les cordons ombilicaux qui vont devenir très chers à la revente) Les mêmes pays aussi qui sont moins regardant que les nôtres vis-à-vis des expérimentations humaines…

    Passons maintenant à la libération sexuelle et à l’existentialisme si cher à Sartre. Ce philosophe dont la plupart d’entre vous n’ont jamais lu la moindre ligne et qui, en fait, est le pendant latin de l’individualisme anglo-saxon et protestant. J’ai dit plus haut ce que je pensais de la libération sexuelle. Et, pour moi, il n’y a réellement qu’une mesure qui ait été réellement libératrice, c’est le droit donné aux femmes de n’enfanter que si elles le veulent bien (pilules et avortement, pour schématiser) Ce qui leur a permis de rentrer plus massivement sur le marché du travail, de se libérer donc (en partie) de leur soumission financière et d’avoir des vies plus enrichissantes. Ceci dit, les guerres furent les premiers déclencheurs du phénomène poussant les femmes à remplacer au travail leurs époux partis au champ d’horreur comme l’a si bien chanté Jacques Brel (Jaurès) J’aime aussi l’expression que j’ai utilisé dans mon livre sur l’Afrique (Un crime médiatique contre l’Afrique – Les Africains sont-ils tous nuls ?) : « dans les guerres, Dieu reprend la main » Et c’est ainsi qu’au cours de la guerre Iran-Irak, les femmes ont été plus libérées financièrement que jamais, trouvant du travail sans problème vu le nombre des hommes au combat. Idem lors des conflits congolais : les femmes ont gagné le droit de travailler sans l’accord préalable de leur mari, phénomène occulté par le nombre de viols commis par la soldatesque.

    Mais, 2e point, nous relevons aussi que les femmes sont moins bien payées à travail égal et que, face à cette injustice, le pouvoir politique répond par quelques nominations au sommet des administrations ou des entreprises. Plus quelques règlementations non suivies sur des quotas à respecter, là encore au sommet (partis politiques par exemple) Donc du hors sujet alors que la mise en place de cette mesure, accompagnée d’une baisse (oui, d’une baisse) des salaires de l’encadrement supérieur, permettrait de maintenir la croissance malgré l’austérité budgétaire publique : les femmes sont de bonnes consommatrices et gèrent les budgets familiaux la plupart du temps…

    Seule la France aurait pu faire quelque chose avec un possible effet d’entrainement (même les pays nordiques n’ont pas assuré l’égalité salariale) Mais Sarkozy ou Hollande ne le feront pas et, en 2017, on retrouvera peu ou prou les mêmes inégalités qu’aujourd’hui. Il faut donc que je vous parle de la « face obscure » de la libération sexuelle, soit et d’abord de ses débordements dont la pédophilie n’est qu’une partie. Il s’agit aussi de la prostitution via le Web, un phénomène gigantesque. Il s’agit encore des violences sexuelles dont les plaintes ne montrent qu’une faible partie. Etc. Ce qui existe sous le tapis fait, là encore, prendre en horreur le rose bonbon du dessus du tapis. Pour quelques New Yorkaises déjantées (Sex & the City), combien de jeunes filles qui n’osent plus sortir quand il fait sombre ?! Et combien de Don Juan de mes deux sur le tard pour d’innombrables frustrés n’ayant pas les moyens d’attirer à eux les petites minettes ?! Notre monde parait malade de son sexe, avec des « psys » de tous côtés qui n’empêchent pas le nombre des divorces d’être aujourd’hui aussi nombreux, voire plus nombreux, que celui des mariages. Là encore, la « marchandisation » est passée par là, les centres de rencontres, les avocats, les centres de désintoxication et j’en passe.

    Comme il y a toujours un balancier dans les affaires intimes des sociétés, je suis ici moins pessimiste qu’en ce qui concerne le progrès technique : forcément nos petits enfants réagiront. Déjà nos enfants ont commencé : certes, un tout petit peu, mais le phénomène « sans sexe » existe bel et bien. Il est outrancier, bien sûr, mais il fallait bien cette caricature pour montrer du doigt l’outrance inverse actuelle. Peut-être alors cesseront-ils de fermer les yeux face aux choses importantes d’une société : n’étant plus obsédé sexuellement, ils auront plus de temps pour penser. Remerciez d’ailleurs l’ami DSK pour l’effet qu’il a pu avoir sur les sociétés occidentales : aujourd’hui, les femmes n’en veulent pas, ni à Londres, ni à Bruxelles, ni à Berlin. Serait-il le déclencheur d’un retour du balancier vers un horizon moins libidineux ?

    Car la libido débridée des Occidentaux est le meilleur encouragement des Islamistes, soutenus majoritairement par les campagnes des pays musulmans. Campagnes dans lesquelles on ne rigole pas avec ces choses là comme on n’en rigolait pas dans nos campagnes quand l’Occident était encore rural. Imaginez le cultivateur du fin fond du Maroc apprenant qu’en Occident, on marie les hommes entre eux ! Même les femmes rurales apporteront leurs suffrages à leur Imam comme les nôtres votaient hier pour les curés. Et ce quand bien même nos ruraux musulmans auraient l’esprit ouvert, buvant quelques bières et fermant les yeux sur les dérapages des artistes : car aujourd’hui, tout le monde possède une radio et la télévision est présente jusque dans les plus petits villages du fin fond des bleds. La sexualité déroutante des Occidentaux fait donc peur a des pauvres gens qui veulent conserver leurs valeurs, la seule chose qui leur reste face à la prédation des capitalistes citadins occidentalisés. C’est bel est bien Camus qui avait raison contre Sartre  (ce, pour les intello) !

    Retrouverons-nous pour autant le sens de la solidarité quand le balancier de nos mœurs  sera revenu dans des eaux moins troubles ? C’est une autre paire de manche tant notre individualisme s’est exacerbé et tant il est choyé par les médias et la publicité. Comme les premiers ne vivent que des seconds, un changement ici peu prendre pas mal de temps. D’autant que nos syndicats ont été dévalorisés par les grandes entreprises et les gouvernements libéraux et que la confiance ne peut revenir du jour au lendemain : il faudrait que dans chaque entreprise, les délégués élus soient exemplaires, ce qui est loin d’être partout le cas. Songez que, lors de mes pérégrinations pour faire la pub de mon livre sur l’Afrique, j’ai rencontré des délégués syndicaux qui avaient carrément abandonné leur boulot pour ne plus se consacrer qu’au comité d’entreprise, mieux rémunérés par lui que par l’entreprise, avec des avantages en nature à ne plus savoir qu’en faire. L’argent a tout corrompu, jusqu’aux réflexes de solidarité de syndicalistes !

    Je ne crois donc pas que, demain, nous serons réellement plus solidaires entre nous qu’aujourd’hui. Il faudra du temps, si jamais nous prenons là aussi, le chemin du retour vers un monde plus humain, plus sociable. Car le virtuel va jouer un rôle néfaste à cet égard, individualisant de plus en plus des gens qui n’auront pas besoin d’en voir d’autres pour se sentir vivant. Il y avait 1 million de gens à l’enterrement de Victor Hugo. En verrait-on autant aujourd’hui ? Et sans doute encore moins demain, les gens ne lisant plus ou presque et n’ayant conscience des problèmes de l’Occident qu’au travers du prisme de leurs propres problèmes : « Sarkozy avait promis qu’il n’y aurait plus de SDF à la fin de son mandat », ai-je entendu l’autre jour sur RTL. « J’ai renoncé à trouver un logement, il a menti » a poursuivi ce SDF interrogé en 2012 après l’avoir été en 2007. Tout comme le chômeur pensera au chômage et que l’agriculteur pensera aux cours mondiaux des matières premières agricoles. C’est ça « l’existentialisme », un chacun pour soi très pratique pour les capitalistes mais qui, parfois, peut se retourner contre eux quand les mécontentements se coalisent : Sarkozy a menti à trop de « catégories » pour ne pas prendre une claque cette année. Mais Hollande fera-t-il mieux ? Donnera-t-il aux Français de base, lui qui sort de l’ENA et qui côtoie le gratin de France et de Navarre, demain celui du G20, l’envie d’être solidaires ? Vu le carriérisme des dirigeants actuels de l’ex-parti de Jaurès et Blum, j’en fais plus que douter : je n’y crois pas un seul instant. L’exemple ne viendra pas d’en haut et ne sera donc pas suivi en bas, CQFD !

    Triste monde, finalement, que celui que nous laisserons à nos enfants. Déclinant, aux injustices affichées, à la science sans consciences (qui n’est que ruine de l’âme comme vous le savez sans doute) et à l’individualisme forcené.


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