• Quelle politique économique pour demain ? 2

     

    Quelle économie pour demain ?

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    Un autre constat important déjà perceptible de nos jours est une croissance des inégalités au sein de l’Occident en même temps que les écarts avec les pays du Sud se réduisent. Comme si, dans un ensemble s’appauvrissant, se resserrant sur lui-même, ses éléments les plus pauvres s’appauvrissaient de manière croissante face aux éléments les plus riches s’enrichissant également de manière croissante. Un gâteau se réduisant d’ampleur tandis que la part des pauvres faisait plus, en se réduisant aussi, que compenser les pertes globales, devant aussi compenser la croissance de la part des riches.

    Certains vous diront que c’est intenable et qu’un jour ou l’autre les pauvres se révolteront. Peut-être… En attendant, les riches se sont arrangés pour récupérer à leur unique profit toutes les armes mises au point pour contrer le communisme. Dont la maîtrise quasi-totale des moyens d’informations, qu’il s’agisse des statistiques, passées sous silence ou grimées jusqu’à l’absurde (voir le cas du chômage), ou des organes d’information de toutes sortes, télévisuelles, auditives ou écrites. Seul le Web reste encore un petit peu libre. J’écris « un petit peu » car, dans la réalité, l’information « dure », celle qui compte vraiment, n’est même plus à la portée d’un journaliste : elle est payante, comme le sont les info jadis gratuites sur les matières premières ou la production industrielle. Tout ce qui a de l’importance a été « marchandisée », le Web des petits, des obscures et des sans grade ne vivant plus que de rumeurs. Même Wikileak a été bâillonné et les articles sérieux de sites d’information sont pour la plupart payants.

    Si bien que même un Obama a subi les foudres de la disgrâce électorale (il a perdu la Chambre des Représentants) et qu’un Sarkozy pourrait être réélu en France en dépit d’un bilan monstrueux, soigneusement passé sous silence par des médias dont la seule obligation est d’équilibrer les temps de parole (faut dire que l’opposant principal, le socialiste Hollande, est quasi inexistant depuis le début de sa campagne)

    J’observe sur ce point de la manipulation de l’opinion publique par des médias aux ordres des puissants que la Gauche française, après avoir créé les radios libres sous Mitterrand, n’a pas empêché leur capture par les dits puissants et n’envisage pas, dans son programme de 2012, de modifier quoi que ce soit dans l’organisation de l’information ultra libérale. Ce, tandis que les Britanniques de Tony Blair, « travailliste », ont réduit la BBC au silence tandis que partout ailleurs, dans l’ensemble du monde occidental sans exception, l’expression libre voyait ses capacités à se faire entendre se réduire comme une peau de chagrin. Tout au contraire a-t-on vu monter en flèche l’empire Murdoch, appuyé par la publicité de toutes les multinationales et les crédits sympathiques, eux, de toutes les grandes banques.

    Croyez vous que ce système oh combien antidémocratique va voler en éclat du jour au lendemain ?! Songez que même le Front de Gauche n’envisage pas, dans son programme, de pénaliser le fait de tenter, via la pub, d’influer sur les lignes éditoriales des médias. Je l’avais proposé car les riches tiennent les médias par les couilles, si vous voulez bien me passer cette expression, grâce surtout à la publicité. Les ¾ de celle-ci sont en effet octroyés aujourd’hui par des centrales d’achat d’espaces aux pouvoirs phénoménaux et soigneusement contrôlés par leurs donneurs d’ordre (j’avais aussi suggéré leur interdiction totale) Mais la « gauche de la gauche » est resté finalement muette sur ce point tandis que le dit point n’est soulevé nulle part ailleurs dans le Monde.

    Autant dire qu’il faudra du temps, beaucoup de temps, avant que le partage monstrueux du gâteau décroissant de l’Occident connaisse un vrai changement. Un changement total de direction, voyant la part des riches diminuer et celle des pauvres arrêter de diminuer, ce qui serait déjà beau.

    Surtout qu’un autre phénomène va jouer de plus en plus, celui des prix. Vous avez vu grimper le prix du pétrole, lourdement taxé il est vrai. Mais les Etats occidentaux ne peuvent se passer de cette manne et les compagnies pétrolières sont aujourd’hui hors de portée de leurs capacités d’intervention (hors la fiscalité, à la marge, comme je l’ai dit dans le premier article) Le prix de l’énergie continuera donc à grimper, les solutions individuelles ne pouvant être généralisées du jour au lendemain : pour l’instant, il n’y a vraiment que le solaire, lequel n’est pas rentable par rapport à l’énergie distribuée par les grandes compagnies. Il fallait, pour le lancer, une politique de subventions, difficilement tenable en période de vaches budgétaires squelettiques.

    Vous devez savoir que ce phénomène énergétique ne sera pas le seul. Toutes les matières premières sont peu ou prou atteintes par les consommations accrues des pays dits émergeants. Tandis que la moitié au moins de l’humanité, la plus pauvre, est dopée par le renversement des termes de l’échange : avec 1 kg de fèves de cacao, le paysan africain peut aujourd’hui se payer trois fois plus de biens industriels qu’avant 2000. Trois fois plus ! Et cinq fois plus pour le producteur d’or, six fois plus pour le producteur de cuivre, etc., etc. Eux, ils sont contents et on les comprend : nous les avons volé comme au coin d’un bois plus d’un siècle durant et voilà que les termes de l’échange sont inversés durablement. Mais pour nous, les Occidentaux, quelles en sont les conséquences sinon, d’abord, des produits dans lesquels ces matières premières diminuent de plus en plus et, ensuite, une inévitable hausse des prix des dits produits sensiblement dévalorisé.

    Tout cela est-il de nature à faire diminuer nos inégalités ? Bien sûr que non ! Qui va consommer le coûteux chocolat à 85% de cacao et qui va devoir se contenter d’une barre de Mars à moins de 17% de chocolat ? Le riche va s’arquebouter sur ses revenus face à la hausse du prix de ses consommations et le pauvre devra continuer à se contenter de produits de plus en plus merdiques mais de plus en plus chers également.

    Alors, une révolution ? Nous n’en prenons pas le chemin car les vrais pauvres ne représentent plus aujourd’hui que le tiers environ de la population occidentale tandis que les classes moyennes ont d’abord peur de perdre ce qu’il leur reste en se révoltant. Leurs votes modérés sont d’ailleurs l’illustration parfaite de ce phénomène de gens qui eurent l’illusion de devenir riche à leur tour et qui, maltraités par les vrais riches, s’accrochent encore à leurs illusions. Michael Moore s’est répandu dans toute l’Amérique en répétant avec talent aux Américains moyens qu’ils ne deviendraient jamais riches. Ceux-ci ont réélu Georges Bush junior…

    Pour qu’il y ait révolution, il faut une majorité de mécontents et suffisamment mécontents pour n’avoir pas peur de tout casser. Les jeunes en situation de précarité ou au chômage le sont, certes. Et cela a donné naissance au mouvement dit des « Indignés » Mais dans un Occident vieillissant démographiquement, ils ne sont pas assez nombreux et ce  mouvement s’est éteint finalement assez vite (d’autant que les médias se gardent bien d’en parler)

    Les élites occidentales peuvent donc dormir sur leurs deux oreilles : le temps d’une nouvelle « Nuit du 4 aout », celle au cours de laquelle les Aristocrates français abolirent eux-mêmes leurs privilèges, n’est pas encore venu. Il peut y avoir des corrections, certes, aux injustices les plus criantes. Comme en Allemagne où la droite elle-même a réalisé qu’il lui fallait bien relancer sa consommation intérieure face à la baisse de ses exportations dans une Europe aux PIB stagnants voire décroissants : elle décida donc d’augmenter les salaires… Mais de là à remettre en cause le système ! D’autant que, à l’exception des extrêmes, personne en Occident ne remet vraiment en cause l’internationalisation croissante des mesures économiques : l’Europe libérale tient le choc malgré la crise de ces dernières années et bien des Etats de l’Amérique unie ont des budgets encore plus resserrés que le budget fédéral. Pour réformer, il faut sortir des cadres tracés par l’ultra libéralisme, qu’il s’agisse de l’Organisation mondiale du commerce ou de l’Union européenne. Car les dits cadres empêchent les éventuels révoltés d’agir. Mais il n’y a que les extrêmes, et encore dans la seule France, à en avoir pris conscience. Bref et en matière d’inégalités, l’avenir prévisible car possible et probable n’est guère réjouissant non plus…


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