• Raisons d'un échec : premières pistes

    Bonjour. Nous sommes le lundi 7 mai 2007, il est 8 heures 18 du matin et la gauche a perdu l'élection présidentielle française. Je voudrais ici, en guise d'introduction à une réflexion plus large et de plus longue haleine sur la défaite de l'humanisme au pays de la grande Révolution, commencer par donner quelques éléments de réflexion sur les causes de cet échec.

     

    Les "politicologues" vous donneront tout plein de raisons "sociétales" dans les jours qui viennent : vieillissement de la population française, machisme d'une partie de la gauche, enrichissement d'une partie des classes dites populaires notamment, arguments auxquels s'ajouteront ceux des politiques eux-mêmes, alors non dénués d'arrières pensées. Ca a commencé d'ailleurs à gauche, avec un Strauss Kahn qui accuse et son ex-rivale à la désignation du candidat du PS, et la direction du dit PS, de n'avoir pas su s'ouvrir assez au centre ; et avec un Fabius qui, tout au contraire, commence à dire que la gauche a perdu par abandon de ses valeurs au profit du centre. Tout cela avec, en arrière pensée, l'idée de regagner le terrain abandonné à Ségolène Royal au cours des derniers mois...

     

    Les journalistes eux et au moins jusqu'à la fin des législatives, se remettront à cogner à tour de bras sur la gauche ségolénesque sans se poser de question : les médias, vous le savez bien, sont tous aujourd'hui libéraux, donc anti-socialistes. J'observe d'ailleurs que la première chose que ces journalistes ont fait après la défaite de Ségolène Royal, c'est de donner la parole à ses ennemis internes, DSK et Fabius notamment. Peut-être au passage chercheront-ils toutefois à expliquer non pas la défaite de Ségolène Royal, mais la victoire de leur champion. Vous aurez alors droit à ce qu'il ne faut pas hésiter à appeler du "pipi de chat" sur la campagne électorale vue par le petit bout de la lorgnette, le tempérament du vainqueur et sa "saga" face à une gauche en fait désunie : la droite a gagné parce que Sarkozy a su l'unir de l'extrême droite à une partie du centre gauche incluse tandis que la gauche n'a pas su véritablement s'unir entre des extrémistes qui ont d'abord lutté contre le "vote utile" avant de soutenir sans ralliement la candidate socialiste (donc "du bout des lèvres") et une partie du centre gauche qui a préféré Bayrou avant de se donner à moitié à Sarkozy. C'est effectivement ce qui s'est passé, mais ça n'explique pas pourquoi ça c'est passé comme ça...

     

    Alors, effet démographique, avec des retraités plein aux as (bénéficiaires, eux, des "30 Glorieuses") qui défendent leurs biens ? Ou enrichissement d'une partie des ex-pauvres qui, eux aussi, ont voulu défendre leurs biens avant tout ? Ou mauvaise campagne à gauche contre une bonne campagne à droite ? Faites vos choix... Mais, avant, je vais vous donner d'autres éléments. Et je doute fort que vous trouviez ceux-ci dans vos médias préférés : il s'agit en effet et indépendament et de la démographie, et de l'enrichissement des pauvres, et de la qualité des politiciens, du vrai débat d'idées entre le progrès et le conservatisme.

     

    Vous aurez très certainement remarqué que l'on a beaucoup parlé de "réformes" au cours de cette campagne électorale, Sarkozy étant finalement apparu comme le vrai candidat du "changement". Il y a trois décennies seulement, on aurait pourtant taxé ses propositions non pas de réforme mais carrément de contre-réforme. Personne n'a remis les dites propositions réellement en cause. Madame Royal a surtout insisté sur le fait qu'avec elle, il n'y aurait pas de brutalité, on "réformerait" en douceur... Et l'une des premières expression du vainqueur, ormis ses salutations à ceux qui n'ont pas voté pour lui, législatives obligent, fut consacrée au fait que "c'en était fini de la repentance". Autrement dit, fini de battre sa coulpe face aux sous-développés parce qu'on les a un peu vendus puis envahis dans le passé. Si c'est ça le progrès intellectuel, je me fais moine !

     

    Et pourtant, c'est bien ça : depuis une trentaine d'années, la droite a engagé et gagné contre la gauche une bataille des idées au niveau mondial. Cette bataille est passée par la mise sous sa tutelle de pratiquement tous les médias, ainsi que par un gigantesque renversement des valeurs dans pratiquement tous les domaines. Voyez la publicité par exemple : dans ma jeunesse, la consommation débridée était mal vue. Le matérialisme consumériste n'était pas encore la tasse de thé des masses (ce qui est fou d'ailleurs ici, c'est que les Religions sont plutôt à droite qu'à gauche en Occident !) A présent, cette publicité dicte sa loi aux médias... Voyez le traitement des faibles. Au Moyen Age, il y a plus de 10 siècles, on recommandait aux nobles de défendre la veuve et l'orphelin, recommandation qui survivra jusqu'aux années 1980 ("les femmes et les enfants d'abord"). Du 16e au 20e siècle, tout le monde s'est préoccupé des pauvres, qu'il s'agisse de charité ou de lois dites sociales. On a réglementé le travail des enfants, limité la pénibilité des travaux manuels, encouragé l'égalité des femmes et j'en passe. Aujourd'hui, le mot d'ordre est "mort à l'assistanat !" Voyez la morale : la Révolution française a propulsé à sa tête un Robespierre et un Saint-Juste et, hier encore, un Jospin pouvait tromper les Français en jouant au "chevalier blanc" avec son fameux "droit d'inventaire". Aujourd'hui, on "comprend" les prédateurs fous qui se replient en Suisse, en attendant d'être accueillis à Monaco. Johnny Halliday ne déplait plus qu'à quelques demeurés inconditionnels de la gauche et personne ne remet en cause le principe du "bouclier fiscal"...

     

    Bref, les valeurs humanistes ont disparu du paysage, y compris au sein de la gauche. Je me rappelle quand même et à cet égard la littérature des années 1960-1970, pétrie de sentiments nobles. Mais, déjà, nos faiseurs d'opinion préféraient Sartre, l'apologiste de l'édonisme égoïste, à Camus, l'héritier de la Renaissance. Le mauvais côté de la Force, déjà, apparaissait sous les feux de la rampe... Jusqu'à ce qu'en fait il n'y ait plus d'idées progressistes : qui n'a pas pensé ne serait-ce qu'un instant qu'entre la gauche et la droite de gouvernement, il n'y avait guère plus de différences ?

     

    Pire, même : songez que c'est à droite que la remise en cause de l'élitisme a été le plus poussé. Certes, il ne s'agit que d'une remise en cause formelle. On donne à l'argent le pouvoir de tout surmonter, sachant qu'en fait, très peu de pauvres peuvent devenir riches. Mais, au niveau des idées, la droite n'a cessé de montrer, dans tous les médias, des cas de réussite tandis qu'à gauche, on lachait les chiens sur un Bernard Tapie (qui a très logiquement rejoint la droite lors de l'élection présidentielle) coupable, d'abord, de ne pas faire partie des élites technocratiques. Il n'empêche que, dans le public, la droite paraît aujourd'hui plus ouverte au peuple que la gauche, enfermée dans son cercle très restreint d'élites énarquiennes. Fallait le faire ! On voit ici que, non contente de subir les assauts dévastateurs de la "contre-pensée" de droite, la gauche a aidée la dite droite à détruire ses propres valeurs.

     

    Nous, les petits, ne pouvions pas faire grand chose, sinon soutenir désespéremment la première personne nous faisant croire qu'il était possible de sortir de cette horreur. Ce fut Ségolène Royal, mais beaucoup trop tard et, d'entrée, sur des prémices à mon avis encore beaucoup trop "convenus". Exemple, le rôle de l'Etat. Aux yeux des petits, l'Etat n'est plus la panacée depuis que les dits petits ont découverts qu'ils étaient beaucoup trop "usagers" et pas assez "clients". L'Administration française a fait des progrès à cet égard, certes, mais jamais les médias n'ont véritablement rendu compte des dits progrès (ce n'était pas dans l'intérêt des libéraux). Encore une bataille d'idées perdues, sachant qu'au départ, la gauche avait tort (ses troupes de fonctionnaires considéraient alors et bel et bien le public comme un ensemble d'usagers)...

     

    Vous voyez que tout cela n'a pas grand chose à voir avec le centrisme. L'ouverture au centre opérée par Ségolène Royal et voulue à présent structurellement par DSK n'a été que conjoncturelle et ne peut reposer que sur un accord relatif aux institutions : sur l'instauration donc d'un véritable pluralisme, sachant que, sur le reste, les idées du centre sont plus proches de celles de la droite que de celles de la gauche. Mais revenons en à nous, les petits : pouvions nous créer de nouveaux médias suffisemment indépendants de la publicité pour pouvoir offrir une autre vision du monde que la vision libérale ? Bien sûr que non ! Même en nous groupant et donc, en rassemblant suffisamment de capitaux, nous n'aurions pas eu accès aux médias existants pour lancer notre contre-média. Nous avons vu la limite d'Internet : les sites les plus visités sont ceux qui sont promus financièrement sur la toile. Et ceux-là sont tous libéraux... Pouvions-nous alors obliger les médias existants à tenir compte de nos idées ? Nous avons bien essayé, en boycottant les dits médias. Mais ils n'ont pas varié d'un pouce dans leur détermination anti-gauche et ont préféré se vendre qui à une banque, qui à un marchand de canon pour continuer à exister. Quand ce n'est pas la gauche elle-même qui a vendu le fleuron des médias français à un bétonneur !

     

    Bref, la défaite de la gauche était à mon avis inscrite depuis bien plus longtemps que la campagne qui vient de s'achever. L'épisode Jospin ne fut qu'un avatar, celui du rejet d'un Chirac cumulant et le rejet de la gauche, et celui d'une partie de son propre camp aux yeux duquel il est apparu presque comme un "gauchiste"... Réfléchissez y, assez vite même car la bagarre qui va avoir lieu au sein du PS est rattachée à ma vision : qui a présidé à l'abandon des idées de progrès à gauche ? Qui a fait passer quelques conneries estudiantesques et soixante huitardes pour le nec plus ultra de la pensée progressiste (on n'a, un temps, parlé à gauche que du mariage des homosexuels) ? Qui, sinon cette cohorte d'énarques bourgois venus au PS parce qu'il n'y avait pas de place pour eux à droite ? Quand vous voyez ce qu'est devenu aujourd'hui Michel Rocard, vous comprenez tout. Très haute bourgeoisie protestante, très haute opinion de lui-même, divorcé et remarié, nièce actrice de cinéma, c'est le "dessus ordinaire du panier" qui se sent mieux à droite qu'à gauche, surtout quand la droite gagne... A plus !


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