• Il existe des corrigés d'à peu près tout sur Internet. Mais à peine 1% de ces corrigés sont gratuits. Comme j'ai dû préparer une grande série de corrigés pour ma fille, je les stocke ici : il s'agit de corrigés de questions de culture générale (dissertations) posées aux candidats à des concours administratifs de fonctionnaires de catégorie A (France) Au début, j'ai recherché les réponses sur Internet pour ne pas sortir du "consensus" Puis j'ai arrêté car les corrigés étaient souvent trop scolaires et trop "bateau" Les utilisateurs de cette série de corrigés doivent donc savoir que, parfois, je ne suis pas dans le "consensus"...

     

    Corrigé des questions de culture générale aux concours administratifs

    I- La nation et l'Etat

    Quels rapports l'Etat entretient-il avec la langue ?

    - "Visualisation du sujet" : en quelle langue l'Etat communique-t-il avec ses administrés ? Il y-a-t-il des problèmes actuels avec la langue administrative ? En quelle langue l'Etat diffuse-t-il son savoir ? Traduction : il s'agit bien évidemment du Français qui, chez nous, est la seule langue utilisée en interne pour rédiger les actes réglementaires (lois, décrets, circulaires administratives, etc., jusqu'aux panneaux de signalisation routière) La diffusion du savoir étatique, c'est l'Education nationale qui, chez nous, se fait en Français sauf pour les langues étrangères. Et les problèmes sont de plusieurs ordres : on pense tout de suite aux immigrés qui ne parlent pas notre langue mais il y a aussi les analphabètes ainsi que toute la panoplie des problèmes d'Education nationale : apprentissage des langues étrangères et mortes, maîtrise de l'orthographe et de la syntaxe, etc. Sans compter la "vente" du Français à l'étranger, la langue comptant quand même pour beaucoup dans le rayonnement des cultures.

    - Une fois que tu as visualisé ton sujet, tu cherches si tu n'a rien oublié. Avec le Net, c'est facile : tu tapes l'intitulé du sujet sur Google. Et on voit qu'un seul aspect a été oublié, l'aspect historique : d'ou vient la langue ? En l'occurrence, c'est l'Etat royal français qui l'a fixée, il en est donc le créateur...

    - Et maintenant, tu es prête pour imaginer un plan. Tu peux, prioritairement, te servir de l'actualité pour le bâtir. Cette actualité, c'est la langue qui sera utilisée dans l'Union européenne après le Brexit. Théoriquement, Bruxelles n'aura plus l'obligation d'utiliser l'Anglais une fois la sortie actée. Ca va poser problème parce que toutes les élites de Bruxelles parlent l'Anglais mais pas toutes le Français...

    - D'où le point de départ : Le Français va-t-il devenir la première langue de l'Union européenne ? C'est ton introduction qui te permet de faire entrer tout de suite le lecteur dans ce sujet plutôt rébarbatif. Et tu colles ici ce à quoi sert la langue,  de la réglementation aux panneaux routiers. Tu peux enchaîner en rappelant l'histoire de la création du Français (le mélange gallo-romain-Francs, les langues d'Oc et d'Oïl, l'ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539, la création de l'Académie française...) puis passer en deuxième partie sur l'alphabétisation des migrants et des personnes analphabètes (chiffres, qui fait quoi) Ce qui ouvre la 3e partie (l'Education nationale, la nécessité d'apprendre aussi des langues étrangères avec la mondialisation, les problèmes d'orthographe...) Ce qui te permet de conclure sur l'Education nationale en faisant donc plaisir aux profs.

    "La nature sociale a horreur du vide. (Si vous) Enlever la foi dans l'avenir qui est ce qui peut servir de repère organisateur dans la vie collective ? (Alors) le passé fait tout naturellement retour" (M. Gauchet, 1998)

    - Visualisation : d'abord Gauchet, qui est-ce ? Un philosophe qui a pensé la démocratie. Et sa phrase fait bien sûr référence aux problèmes sociaux créés par la mondialisation. A-t-il raison ? Oui, bien sûr, quand une classe dominante périclite face à la montée d'une nouvelle classe dominante, la nouvelle subjugue toujours l'ancienne : bourgeoisie contre aristocratie puis ploutocratie (le gouvernement des riches) face à la domination en baisse des classes moyennes (baisse du syndicalisme, détournement des médias par l'argent...) Et là on voit que Gauchet fait intervenir non une nouvelle classe sociale mais le retour à la tradition : il n'est pas marxiste et ne voit pas l'évolution dans une lutte permanente des classes. Il voit plutôt la transformation des classes moyennes face à la toute puissance de l'argent : ces classes moyennes se retournent vers un passé où, effectivement, tout était mieux puisqu'elles prirent le pouvoir et le conservèrent des décennies durant...

    - Rien sur le Web sauf, bien sûr, tous les articles sur "la nature a horreur du vide" qui n'apportent pas grand chose. Tu peux donc passer directement au sujet en partant comme d'hab. de l'actualité : ici, tu peux parler de l'autorité de l'Etat qui, en n'étant plus naturellement respectée, laisse place à la demande de moins de démocratie et plus de répression, à l'ancienne. Retour du pouvoir des profs et des directeurs d'école notamment dans des écoles laminées par l'incivilité pour rétablir la qualité de l'enseignement (alors que cette solution est insuffisante en elle-même) Puis tu enchaîne sur l'auteur en montrant qu'en ne rentrant pas dans le raisonnement marxiste, il peut mieux expliquer le comportement collectif des "vaincus" : au niveau du pouvoir, on a bien le remplacement de ceux-ci par de nouveaux dominants, mais au sein de chaque classe sociale, on a des comportements qui s'expliquent effectivement par le vide (le retour au passé sur les décombres d'un humanisme trop compassionnel) et qui annoncent le futur (ces comportements vont être porteurs de la future réaction : après Fillon, Marine Le Pen pour schématiser)

    Commentez et discutez cette phrase de Fernand Braudel : "une innovation ne vaut jamais qu'en fonction de la poussée sociale qui la soutient et l'impose"

    - Visualisation : tu n'as qu'à imaginer l'invention de l'informatique au Moyen Age (les gens ne savent ni lire ni écrire) et celle du téléphone portable à notre époque en Afrique où l'écriture compte moins que la parole : croissance bien plus rapide que chez nous...  Les problèmes ? Ce sont surtout les investisseurs qui sont concernés et qui, effectivement, vont se poser la question de la massification possible de l'invention. Au delà, tu peux même aller jusqu'à la planification, mais ça n'est plus tellement au goût du jour. A noter que Braudel est un historien : quand il écrit sa phrase, c'est bien entendu pour marquer la primauté du social sur la technique...

    - Sur le Net, tu vois que les auteurs ont tendance à classer les innovations par importance, justement, auprès du grand public : il y a celle qui relancent carrément les économies (la machine à vapeur, l'automobile, l'informatique, la téléphonie mobile, demain peut-être la robotique) et d'autres qui sont de moindre importance telles les améliorations de produits (4 roues, un moteur à explosion et un volant ; plus de l'électronique pour arriver, justement, au robot) ou les innovations de niches (l'Ipod, le lecteur de livre...)

    - Le plan ici est commandé : "commentez et discutez" : le commentaire, en partant de l'exemple de l'informatique dans un environnement analphabète, c'est l'explication de la phrase. Une innovation ne peut réussir que si le public suit. Sinon, elle est cantonnée dans une "niche" et peut même ne jamais voir le jour (les voitures volantes par exemple, dans un environnement où il y a trop de conducteurs) Et la discussion, c'est toujours thèse, antithèse, synthèse : demain la robotique ? Le grand public acceptera-t-il d'être remplacé partout ? Et à quels prix ? Oui si, non si, peut-être si...

    L'évolution du sentiment national dans la France contemporaine

    - Visualisation : l'identité heureuse ou la défense de sa culture ? On est en plein dedans et tut trouveras tout sur le Net. Il faut toutefois éviter d'opposer l'une à l'autre : on te demande de décrire l'évolution, pas de prendre partie.

    - Je passe donc directement au plan : je partirais de la crispation actuelle (le mot est faible) en rappelant que la France a su intégrer et s'enrichir de plusieurs vagues migratoires après la 2e Guerre mondiale : Espagnols, Yougoslaves, Portugais, Anglais et Allemands avec l'Union européenne ainsi que montée fantastique du tourisme étranger. Il n'y avait de crispation que lorsque les arrivants passaient sans dépenser d'argent (les Hollandais) Ce n'est qu'avec l'arrivée en nombre de Maghrébins que commença la crispation. Donc première partie historique avant d'analyser. Et l'analyse, c'est les points possibles d'explication : le fait que beaucoup de Français soient issus des rapatriés d'Algérie très hostiles aux Arabes ; des médias eux-mêmes assez hostiles du fait de la présence de nombreux Kabyles en France ; le laps de temps assez court de la migration arabe ; son importance accrue par les vagues consécutives aux guerres moyen-orientales ; enfin, la montée de l'intégrisme religieux chez les Musulmans français. En conclusion, j'ajouterai  que, pour la première fois dans l'histoire de France, le refus de l'étranger s'est invité en force dans la conquête du pouvoir politique. Le candidat de l'identité heureuse en a plus que probablement pâti...

    Les modes

    -Visualisation : attention, il ne s'agit pas de "la" mode mais "des" modes, en plus en relation avec l'Etat et la nation et non avec des vêtements. On est donc beaucoup plus proche du concept philosophique que de sa projection en matière de marketing. Et le concept philosophique, c'est le "mimétisme" s'opposant à la réaction : on suit ou on s'oppose. La mode est donc l'adhésion du plus grand nombre à un concept à un moment donné, précédant la réaction qui donnera naissance à un nouveau concept "majoritaire" entraînant lui-même une réaction, etc. C'est le principe de la dialectique imaginé par les Grecs (Platon notamment), les philosophes classiques (Hegel) et moderne (Marx).

    - Recherche Web ("la mode en politique") : tu vas retomber sur le vestiaire des hommes politiques ! Trop pointu pour Google...

    - Et tu te vois donc un peu obligé de faire plus un devoir de philosophie qu'une dissertation littéraire. Comme tu as affaire à des enseignants, je n'aborderai pas la notion facile du communautarisme face à l'assimilation (ils sont communautaristes très majoritairement) Je partirai donc de l'économie en montrant que Keynes fut considérés pendant un demi-siècle comme un génie avant d'être détrôné par son contraire, la politique de l'offre imaginée par l'Américain Friedman et son "école de Chicago" : thèse, antithèse. Mais au lieu d'avoir un synthèse comme on l'enseigne à Sciences-Po, on a, après réaction, soit un retour a la mode précédente (Keynes revenant à la mode, on en parle beaucoup), soit la création d'un concept totalement nouveau : actuellement, la distribution d'argent sans contrepartie pour maintenir la demande (le revenu universel) Ce, d'autant que la robotisation vient de faire un énorme bond en avant avec l'intelligence artificielle : près du tiers des emplois occidentaux pourraient être détruits dans les 25 ans à venir ! Bref, la mode génère toujours une réaction qui débouche soit sur un retour en arrière, soit sur la naissance d'un nouveau concept... La conclusion est simple : la mode, le mimétisme, est un mécanisme indispensable à l'évolution des sociétés humaines. Attention : ce sujet est "casse gueule" car très politique. Il faut éviter de choisir des exemples qui peuvent heurter les examinateurs, d'où mon choix très techniques...

    L'unité de notre pays vous paraît-elle affaiblie ou renforcée depuis 1945 ?

    - Visualisation : encore un sujet casse gueule. Je parts donc de la définition du mot "unité" : "Caractère de ce qui est commun à plusieurs, qui est identique pour plusieurs personnes : L'unité de pensée. Unité de vue" (Larousse) Comme cela, tu évites la notion d'Unité Nationale qui est l'entente entre tous les partis politiques d'un pays pour le gouverner en commun. Les Français sont donc t-il plus ou moins unis qu'en 1945 ?

    - Il n'y a pas grand chose sur le Net à ce sujet qui demande en fait une bonne connaissance de l'histoire de France de 1945 à aujourd'hui. En 1945, l'unité se fait autour de la Libération et de ses idées (très sociales), les Pétainistes se cachant. Or ils étaient majoritaires avant 1942 ! Puis l'unité se défait avec la décolonisation : il y a les pour et les contre. le cas de l'Algérie défait cette unité à un tel point qu'il permet le retour au pouvoir du général de Gaulle. Lequel fait l'unité national, marqué par des larges victoires électorales, jusqu'en 1968 : au cours de cette année, les jeunes "lâchent" le gaullisme qui va s'effilocher assez rapidement après le départ de De Gaulle en 1969. C'est l'Europe qui va alors accaparer les esprits, avec d'abord un assez grand consensus pro-européen. Mais l'Europe devient très libérale, au point de perdre la majorité de ses soutiens en France : en 2005, le "non" l'emporte et, depuis, les Français restent divisés sur cette question. On voit donc que les Français passent successivement de l'unité à la division en fonction des grandes questions qui se posent au pays, les partis politiques étant sans doute moins connectés aujourd'hui avec le pouls de l'opinion qu'il ne l'était en 1945 : pendant longtemps, la gauche est restée l'héritière de la Libération. Mais elle s'est scindée et sur la décolonisation, et sur l'Europe. On a vu que sa réunification en 1981 n'avait en fait pas fait disparaître les clivages puisque l'extrême gauche s'est envolé en prônant une politique antieuropéenne. A droite, le même phénomène s'est passé, son extrême s'envolant sur la même base antieuropéenne. Et cette double désunion des Français eux-mêmes et de leurs partis politiques sur la question européenne montre bien qu'il y a aujourd'hui plus de désaccords entre eux qu'en 1945 où la Libération avait annihilé l'ancienne majorité pétainiste. Et je réserverai la question migratoire à la conclusion, en disant seulement qu'elle renforce encore plus la désunion (comme ça, ça évite de s'étendre)...

    La Nation vous paraît-elle aujourd'hui une réalité forte au plan social et culturel ou une survivance historique ? Etayez votre avis principalement par rapport à la situation française contemporaine mais sans exclure, le cas échéant, des exemples internationaux ou historiques.

    - Visualisation : c'est le problème de l'identité posé crûment ! Et posé face à la montée de l'Islam salafiste en France. Une indication est donnée sur la manière de l'aborder : "sans exclure des exemples internationaux ou historiques" Autrement dit, vous devez vous appuyer sur ce qu'ont fait les Américains, très communautaristes sans que leur sentiment national en ait souffert. Le sujet est posé par des communautaristes, CQFD !

    - Comme on en a beaucoup parlé, je ne vais pas sur le Net. Et je fais un plan ultra prudent : en introduction,  la question de l'identité nationale posée depuis une dizaine d'années face aux problèmes des banlieues puis de l'Islam salafiste, terrorisme compris. Puis dans une première partie, les éléments nationaux impactés : la laïcité, la religion dominante, l'égalité homme-femme et quelques éléments importants du savoir vivre français (gastronomie,  refus de la pudibonderie) principalement. Ensuite, je minimiserai ces éléments, essentiellement en rappelant le passé de la France (le foulard et les chapeaux des femmes jusqu'en 1945 par exemple) face à l'origine rurale des immigrés : ils évolueront comme ont évolué nos ruraux venant en masse dans les villes. Puis je citerai l'exemple américain, les petits arabes, noirs, chinois et mexicains regardant tous le football américain ou le cricket à la télévision et mangeant tous les mêmes hamburgers et pizzas : la société américaine semble s'imposer à tous car très urbanisées et très standardisées. En conclusion, je me demanderai (sans approfondir) si cette société largement consumériste peut convenir à des nations beaucoup plus anciennes, possédant des cultures traditionnelles s'opposant à la standardisation du mode de vie sur une base consumériste...

    L'histoire récente de notre pays est marquée, selon certains politologues et historiens, par la fin de "l'identité française". Quel sens donnez-vous à cette expression ? La jugez-vous fondée ?

    - Visualisation : encore un sujet casse-gueule selon les orientations politiques du correcteur. Il faut donc le restreindre : l'identité par exemple sera celle dont le dictionnaire donne la définition : "Caractère permanent et fondamental de quelqu'un, d'un groupe, qui fait son individualité, sa singularité : Personne qui cherche son identité. Identité nationale" On va donc chercher les caractères permanents et fondamentaux des Français, point barre pour répondre à la première question. Et on traitera le reste avec des pincettes...

     

    - Le plan est imposé par la question : que signifie l'identité française pour toi puis que penses-tu des attaques contre ceux qui la mettraient à mal ? Donc tu reprends l'expression du Larousse et tu cites la langue, bien sûr, en premier. Donc la littérature et la philosophie en mettant l'accent sur l'évêque Grégoire (le droit écrit plutôt que le droit coutumier), trop souvent oublié, Rabelais (une certaine joie de vivre et d'apprécier la bonne chaire), Descartes bien sûr (le côté rationnel), Voltaire et Rousseau (l'humanisme et l'utopie), les écrivains sociaux du 19e siècle, Sartre (l'individualisme) et Camus (la solidarité)... Puis tu abordes la République (liberté, laïcité, importance de l'Etat dans la vie individuelle) Et tu termines avec la vie quotidienne, l'importance des repas, l'égalité femmes-hommes notamment. Deuxième partie : tu attaques d'entrée sur la remise en cause de l'égalité femmes-hommes par l'islam salafiste qui cache en fait la remise en cause de l'identité française par l'urbanisation et la mondialisation : alignement sur le droit coutumier anglo-saxon dans les relations commerciales internationales, individualisation croissante de la vie sociale et donc perte des solidarités rurales, consumérisme impériale, etc. Ce qui te permets de conclure en disant que le Salafisme est en fait une réaction musulmane contre la perte d'identité causée par l'urbanisation et la mondialisation, réaction qui, elle-même, met à mal certains points de l'identité française, notamment l'égalité des femmes et la laïcité. Point final, tu ne t'es pas engagée tout en répondant aux deux questions...

     

    La perception de l'étranger dans les sociétés contemporaines

    - Attention, c'est une question piège : car il y a certes les vagues migratoires (fuite des guerres ou de la pauvreté) mais il y a aussi le tourisme, lequel est de loisir ou d'affaire. Tu dois donc d'abord partir de l'ensemble des flux migratoires en posant comme premier principe que l'étranger de passage ne pose pas de problème (il vient dépenser ses sous chez toi)  et qu'il est le plus nombreux : 70 millions de touristes en France en 2014, soit plus que la population française !

     

    - Je vois donc le sujet en deux parties : dans la première, je noterais l'importance des flux migratoires aujourd'hui par rapport à hier : les distances ont diminué pour tout le monde avec l'avion, les trains rapides et les routes asphaltées. On peut donc difficilement comparer les périodes. C'est ainsi qu'autrefois, les émigrés partaient à côté de chez eux : les Sud Américains en Amérique du nord, les Européens en Europe, les Asiatiques en Asie et les Africains en Afrique. Les colonisations ont créé des flux nord-sud qui se sont accentués avec les transports modernes et les différences de niveau de vie, très visibles au 20e siècle (le rattrapage des pays en développement n'a commencé qu'au 21e siècle, avec la mondialisation) Et les autochtones ont donc vu débarquer des gens aux coutumes de plus en plus éloignées des leurs... En deuxième partie, j'attaquerais sur le tourisme pour remarquer que l'étranger en lui-même ne fait pas peur, que ce sont les mœurs de nombreux étrangers définitivement immigrés qui ont posé problème un peu partout : ghettoïsation des dits étrangers, chômage de leurs enfants, rejet parfois assez violents ont suscité bien sûr des réactions : délinquance et affirmation de cultures exogènes. Ce, parce que les dernières vagues migratoires ont été très rapides et dans une situation de crise économique : l'assimilation n'a pas fonctionné comme autrefois. La Grande Bretagne a dû fermer ses frontières aux pays du Commonwealth, l'Europe a dû se fermer aussi sous la pression de ses habitants, les Etats-Unis de même... A noter que, dans cette tendance au repli sur soi, l'affirmation assez visible du salafisme islamique a entraîné des réactions de type raciste auxquels ne sont pas confrontés les autres migrants. 

     

    Pourquoi l'immigration serait-elle nécessairement un problème

     

    -Visualisation : autre question piège (je suis même étonné que ce type de questions, permettant de toute évidence de sélectionner les candidats selon leurs opinions politiques, soit posé dans un concours public !) Il faut donc la traiter à la façon Sciences Po : thèse, antithèse, synthèse...

     

    - Thèse : un, l'accueil en période de crise économique pose problème (dont le chômage des immigrés ainsi que la pression qu'ils exercent à la baisse sur les salaires) Deux, quand de nombreux immigrés de culture très différente arrivent , il y a justement choc des cultures et donc rejet de la part des autochtones. Antithèse : mais dans un environnement assimilationniste, les nouveaux arrivants finissent pas se fondre dans le paysage comme aux Etats Unis (la mondialisation culturelle encourage l'assimilation) De plus, des immigrés jeunes dans des pays vieux et à la démographie en berne revitalisent les dits pays (exemple : l'Allemagne. Le Japon est dans le même cas mais continue de refuser l'immigration, préférant s'orienter vers la robotisation. Or une civilisation a besoin d'humains pour se perpétrer) Synthèse : tout dépend du contexte. Taille du pays, état de sa démographie et de son économie, capacité d'assimilation, etc...

     

    Quelle différence faites-vous entre l'Islam en France et l'Islam de France

     

    - Visualisation : ça, c'est une question un peu bateau. L'Islam en France, ces sont les Musulmans et leurs pratiques religieuses tandis que l'Islam de France, c'est la gestion de cette religion en France. A noter que dans ce 2e cas, pas mal d'intellectuels non Musulmans imaginent que pourraient naître chez nous un Islam moderne qui s'imposerait ensuite au Monde entier. Or c'est le contraire qui s'est produit, soit la montée d'un Islam salafiste...

     

    - La plan ici est simple : il suffit de répondre à la question ! Un, les Musulmans de France ont des comportements religieux comparables à ceux des Français non musulmans : les 3/4 d'entre eux ne pratiquent pas, CQFD ! Par contre, parmi ceux qui pratiquent, de plus en plus nombreux sont ceux qui passent au Salafisme. Deux, l'Islam de France, soit la gestion de la religion musulmane en France, a été confiée à l'Algérie et au Maroc. L'Arabie Saoudite, donc le Wahhabisme, a financé la formation des Imams, ce qui explique en partie la montée du salafisme en France. La République tente à présent de reprendre en main cette gestion de manière à contrer cette montée du salafisme. Il n'y aura donc pas d'Islam typiquement français (l'islam de France), du moins à court et moyen terme tandis que l'Islam en France  est vécu comme n'importe quelle autre religion (peu de pratiquants)...

    La République et les valeurs républicaines

    Le révolutionnaire Saint-Just disait : "pas de liberté pour les ennemis de la liberté" Peut-on accepter un tel mot d'ordre dans la France d'aujourd'hui ?

    - Visualisation : question apparemment facile (le contexte n'était pas le même) mais en fait difficile : car les refus de l'ordre républicain sont nombreux aujourd'hui et les gouvernements n'arrêtent pas d'hésiter entre répression et composition. 

    - Je suggère donc d'attaquer sur la comparaison des deux périodes : sous la Révolution, un pays en guerre extérieure et civile. Un monde féodal remplacé par l'arrivée au pouvoir de la bourgeoisie, donc un changement d'élites, les sortantes ne l'acceptant pas (refus de nombreux prêtres de prêter serment à la République, immigration des nobles, levée de milices antirévolutionnaires) En France contemporaine, une démocratie installée avec des changements de majorité pacifiques. Mais la persistance de mouvements de rue (contre les lois) et de désobéissance civile (contre des réglementations jugées contraires aux libertés individuelles) Le problème n'est certes plus de contrer militairement les ennemis de la République mais de réprimer ou de composer... Ensuite on revient sur la question en se demandant d'abord si les Révolutionnaires pouvaient composer. En interne, peut-être si les Girondins l'avaient emporté sur les Montagnards (Jacobins) : le régionalisme qu'ils défendaient auraient sans doute freiné les ardeurs antirépublicaines. Mais le pays était aussi en guerre extérieure et il aurait été extrêmement difficile aux Girondins de mener cette guerre extérieure sans une levée de troupes. Laquelle aurait été singulièrement compliquée par le régionalisme...  Dans la France contemporaine, les gouvernements de gauche comme de droite n'ont pas cessé d'alterner répression et composition en fonction des rapports de force : le problème n'est donc pas le mot d'ordre, mais quel mot d'ordre à quel moment...  Et la conclusion est fatalement cette question du rapport de force : probablement la phrase de Saint-Just s'imposait-elle en 1793 (date probable de sa création) alors qu'elle s'impose moins aujourd'hui, d'autant que des valeurs universelles ont été édictées (ONU) : l'Etat n'a plus à combattre pour sa survie mais pour la sécurité des citoyens. Certains actes (terrorisme par exemple) nécessite une répression sans pitié, d'autres ne demandent qu'un contrôle répressif à la marge (manifestations), d'autres enfin peuvent être résolu en composant (recul du pouvoir sur une loi)...

    Les frontières ne sont plus des rivières, des montagnes, mais des richesses et des métiers. Que pensez-vous de cette réflexion d'un auteur contemporain ?

    - C'est un sujet posé dans les facs de Sciences Politiques. L'auteur de la phrase est le canadien Marshall Macluhan (prof de communication). Et le Net regorge de corrigés puisque cette phrase résume la mondialisation telle que la conçoivent les Occidentaux. Je recopie donc ci-après un plan de corrigé :

    Première partie.  

                   La suppression des frontières entre Etats est bien une réalité aujourd’hui et qui peut être perçue comme la conséquence d’un phénomène plus large, celui   de l’abolition de l’espace. 

    Première sous-partie :  L’espace disparaît ou plutôt il se rétracte, pour ne pas dire qu’il se trouve le plus souvent converti en temps passé, temps perdu à le traverser : à combien d’heures de Paris « se situe » telle ou telle ville ? Ce ne sont plus désormais les kilomètres qui comptent. 

    Seconde sous-partie : La suppression des frontières n’est pas seulement l’effet de l’évolution de la technique, elle est aussi la conséquence du développement économique et de la mondialisation des échanges, derrière lesquels se laisse lire une véritable volonté politique. 


    Seconde Partie : 

     Première sous-partie : Il est des frontières qui résistent et qui demeurent (la langue, les obstacles réels au déplacement tel que le Sahara, les nouvelles frontières telles que l'espace Schengen ou les économies sous-régionales

    Seconde sous-partie  : Les résistances d'hommes que la mondialisation a heurté, économiquement comme culturellement, font revivre les anciennes frontières (exemple : le refus de l'immigration) 

     

    Toutes les inégalités sont-elles injustes ?

    - Là aussi je ne me foule pas : c'est un sujet bateau de philo et le Net regorge de corrigés. En voici un, sachant qu'en résumé, les inégalités en faveur des plus démunies sont justes :

     

    La question est d'importance, et pas seulement au niveau conceptuel abstrait. Il y va notamment, pour les citoyens ou membres de la société civile que nous sommes, de la réponse à des interrogations aussi importantes que : «Qu'est-ce qu'un État juste?" et aussi: «Qu'est-ce qu'une société juste?". La question de l'inégalité sociale est assez sensible pour qu'on se demande au moins si elle est justifiée, et jusqu'à quel point.
    La justification des inégalités au nom de la justice intéresse bien sûr en priorité ceux qui en bénéficient. Mais on ne saurait négliger que les dominés, socialement parlant, tendent eux aussi à intégrer le discours bien connu de la légitimation : «Il a fait de grandes études!« ; «Il a de grandes responsabilités!«; «Il est plus intelligent que moi«; «Il le mérite«. Les discours sont pleins de ces justifications spontanées des inégalités, et utilisent un certain nombre de critères implicites (comme le mérite). Supposons qu'on vienne à établir que rien, tout bien réfléchi, ne constitue une justification satisfaisante des inégalités sociales, pour ne parler que d'elles. Il est clair qu'une telle analyse ne serait pas seulement d'ordre conceptuel, mais engagerait de véritables prolongements politiques. Mettre la domination à nu, dans les faits ou dans les discours, c'est déjà la combattre.

     

    • I) Toutes les inégalités sont injustes. 

    a) L'égalité est l'œuvre de la raison.
    b) L'égalité devant la loi est le principe suprême du droit.
    c) L'égalité est l'essence même de la justice.

    • II) Toutes les inégalités ne sont pas injustes. 

    a) Il y a des inégalités naturelles.
    b) Il est normal que les meilleurs aient davantage que les autres.
    c) L'égalité universelle et absolue est une injustice.

    La solidarité a-t-elle remplacé la fraternité ?

    - Visualisation : il s'agit ici d'un des trois mots de la devise de la République française depuis 1880 : les trois mots furent employés certes par Robespierre en 1792 lors de la fête de la Fédération et furent aussi repris par le révolutionnaire de 1830 mais la devise ne fut étatisée qu'à la fin du 19e siècle, après la défaite du 2e empire et l'enracinement définitif de la 3e République. On voit bien que la Liberté est un droit, de même que l'Egalité (des seuls droits, à l'époque). Mais la Fraternité est un devoir moral, issu en fait de ce que ressentir les députés du Tiers Etats lors du serment du Jeu de paume. Elle fut aussi ressentie par les soldats dits "de l'An II" lorsqu'ils vainquirent les Prussiens à Valmy. Puis pendant les premières guerres napoléoniennes. Puis ensuite par les Américains pendant la 2e Guerre mondiale : il y a un indiscutable relent guerrier dans ce mot fraternité.  On te demande donc ici si la solidarité qui est un lien social au sein d'un groupe engageant tous les membres du groupe à se porter aide et assistance. Il y a donc d'entrée une différence : la fraternité est à l'origine un lien familiale étendu à des batailles politiques ou militaires  menées en commun par des groupes d'humains. C'est un devoir purement moral. Alors que la solidarité est un lien social entre individus exerçant des activités communes. Et cette solidarité peut-être obligatoire comme dans le cas de la Franc Maçonnerie. C'est donc à la fois moral et à la fois réglementaire.

    - Il n'y a pas de plan sur le Net. Je suggère donc d'abord de bien préciser les deux concepts, familial et moral d'un côté (avec son extension du genre "on ne choisit pas sa famille mais on  choisit ses amis" et social et quasi obligatoire de l'autre (la pression sociale rendant la non solidarité très difficile à assumer) Ensuite, il faut dire tout de suite que la Fraternité telle que la concevaient les Révolutionnaires a disparu faute de dessein commun : il n'y a plus de combat public pour la liberté en Occident et le combat pour l'égalité économique a plus que du plomb dans l'aile aujourd'hui : la fraternité des révolutionnaires n'existe plus. Et c'est donc bien la solidarité qui a remplacé cette fraternité forcément de combat dans un monde où la lutte contre les inégalités économiques n’est plus un objectif consensuel. La lutte des classes a remplacé la fraternité, pour résumer. Avec, en conclusion, le risque de voir cette solidarité disparaître sous l'individualisme anonyme des grandes villes.

    La misère dans les pays riches

    - Visualisation : Il y a l'aspect économique (les pauvres dans les pays riches) et l'aspect moral (un, peut-on l'accepter ; deux, faut-il d'abord s'occuper de ses pauvres ou tout faire mal en même temps, l'aide au développement, l'accueil des immigrés et celui des sans abris ?) Et puis il y a l'aspect historique : la misère avant l'opulence...

    - Je vois un plan en trois parties : une partie historique en longue introduction (la misère paysanne puis ouvrière) puis l'exode rural et le développement économique du 20e siècle. En 2e partie, j'embrayerai sur l'aide au développement et la prise de conscience du Tiers Monde avant d'aborder, dans la même partie, le retournement de situation du 3e millénaire avec la mondialisation et le développement accéléré de ce Tiers Monde. Causant en 3e partie une nouvelle misère dans les pays développés, celle des victimes de la mondialisation : chômage, désertification des campagnes en matière de services sociaux et administratifs, recrudescence des SDF, etc. Pour finir, en conclusion, par la question : doit-on privilégier ses pauvres avant ceux de l'étranger ? La question étant posée actuellement...

    Commentez cette phrase de Saint-Exupéry : "Force-les à bâtir ensemble une tour et tu les changeras en frères. Mais si tu veux qu'ils se haïssent, jette-leur du grain"

    -visualisation : il faut obligatoirement remettre le contexte de cette citation. Car St Ex cite son père qui est très nietzschéen. Quelques lignes après sa citation, St Ex en donne une explication, toujours venant de son père : "Donc vinrent les temps où la liberté, faute d'objets à délivrer, ne fut plus que partage de provisions dans une égalité haineuse. Donc vinrent les temps où la liberté ne fut plus la liberté de la beauté de l'homme mais expression de la masse, l'homme nécessairement s'y étant fondu, laquelle masse n'est point libre car elle n'a point de direction mais pèse simplement et demeure assise. Ce qui n'empêchait pas que l'on dénommât liberté cette liberté de croupir et justice ce croupissement" Ensuite, il faut savoir que l'auteur  écrit cela dans un livre, "La Citadelle", qui est une série de conseils en matière de management humain. St Ex est pilote et il doit manager d'abord une équipe au sein de l'Aéropostale. L'idée de faire partager un travail, un objectif, à des humains, plutôt que de leur promettre de l'argent lui est venu dans ce cadre. Il s'agit donc au final d'un choix de motivation des hommes émis par une personne emprunte culturellement d'une idée très sélective des dits hommes : il y a les bons et les médiocres...

    - Je n'ai pas vu de corrigé sur le Net car ce sujet n'a visiblement pas inspiré des profs plutôt progressistes, à emprunte culturelle marxiste (l'homme n'agit que par intérêt) Et je mettrais donc directement les pieds dans le plat. Première partie : Explication de la phrase, remise en contexte et exposé de son opposition frontale avec le marxisme. Deuxième partie : l'histoire donne tort à Saint-Exupéry, les grands changements historiques sont économiques et sociaux, non culturels. Troisième partie : mais le marxisme ignore trop la psychologie qui n'est pas neutre. Et si les grandes lames de fond sont économiques et sociales, l'emprunte du chef (culturelle) reste très forte à court et moyen terme. De même que la gestion des humains au quotidien et en entreprise ne se résume pas qu'à des augmentations de salaire : les progrès de productivité sont sans doute plus importants quand les salariés sont motivés par des objectifs à atteindre que lorsqu'on leur promet des augmentations. En conclusion : les élections occidentales nous donnent un bon exemple de cette démonstration. Le chômage et des craintes matérialistes expliquent les rejets successifs des gouvernements en place. Mais des fortes personnalités, capables d'expliquer un dessein commun, l'emportent toujours sur des opposants purement matérialistes : Obama  d'abord puis Trump aux Etats Unis, Fillon à la primaire de la droite...

    Les religions ont-elles à redouter la laïcité, cette spécificité française ?

    - Visualisation : il s'agit ici et bien entendu de parler du problème posé par l'Islam dans une France laïque mais dont beaucoup d'élus se sont mêlés de la foi musulmane en "assistant" plus ou moins des associations à construire des mosquées. Je suggère très fortement de ne pas trop en dire là dessus et d'en rester aux grands principes.

    - D'où ce plan : un, d'où vient la laïcité "à la française" ? D'abord, du fait que l'Etat s'est mêlé de religion depuis longtemps. Dont le règlement des guerres de religions au 17e siècle avec l'Edit de Nantes imaginé par Henri IV puis sa révocation par son petit-fils, Louis XIV. La Révolution française imagina d'imposer aux ecclésiastiques de jurer fidélité à la République, scindant ainsi en deux la communauté catholique du pays. D'où, en 1801, le Concordat signé entre Napoléon 1er et le représentant du Pape. Ce concordat sera ensuite étendu aux Juifs et aux Protestants. Il stipule en résumé que l'Etat prend en charge l'aspect matériel de la religion (surtout l'entretien des lieux de culte et le salaire des prêtres) tandis que l'Eglise reconnaît la République et sa neutralité religieuse : il n'y a plus d'instruction religieuse obligatoire ni aucune autre obligation religieuse pour les citoyens. Un siècle plus tard et devant tout de même le poids de l'Eglise en matière électorale et civique, les Radicaux décident de séparer définitivement l'Eglise et l'Etat. Cette loi de 1905 est toujours en vigueur, sauf en Alsace Lorraine (où, du fait du système concordataire allemand, il est maintenu) Deux, pourquoi l'affaire revient en première ligne aujourd'hui : parce que l'Islam s'est invitée en France avec l'immigration et qu'il représente à présent la deuxième religion du pays. Or les Musulmans sont en général pauvres et très croyant chez nous (car issus de la ruralité) et manquent donc de lieux de culte. Face à ce besoin, les mairies sont tentées de financer elles-mêmes ces lieux de culte, financement totalement contraire à la laïcité de 1905. Dernier chapitre : Vis-à-vis de l'Islam, la laïcité empêche donc l'Etat de résoudre lui-même ce problème. Ce sont donc des Etats étrangers qui ont jusqu'à présent financé les  lieux de culte, notamment des Etats salafistes créant ainsi des problèmes autres, soit la prééminence de la loi coranique sur la loi républicaine pour de (trop) nombreux  fidèles. En conclusion : Sans doute les religions en France n'ont pas à craindre la laïcité de l'Etat. Mais cette laïcité pose des problèmes, amenant certains dirigeants à la remettre en question...

    Reste-t-il, dans les sociétés occidentales, des droits à conquérir ?

    - Visualisation : on est en plein dans la fameuse phrase de Fukuyama (historien américain) sur la "fin de l'histoire" : les régimes démocratiques occidentaux ayant vaincu le stalinisme totalitaire, il n'y a plus d'évolution à attendre autre que technologique... Avec les guerres de religion au Moyen Orient et les attentats en Occident, on voit qu'il n'en est rien : l'Occident n'est pas universellement accepté. Mais, là, on te demande si la fin du stalinisme a sonné la fin des revendications fondamentales en Occident...

    - Plan : Je partirais de Fukuyama en montrant qu'au plan international, il s'est trompé : c'est la Chine qui est devenue la 1ère puissance économique mondiale tandis que la guerre en Syrie a sonné la fin de la toute puissance américaine. Ensuite, dans une première partie, j'en viendrai directement à la question en répondant "apparemment non" : l'individualisation des sociétés modernes et le reflux du rôle de l'Etat sous les coups de butoir du néo l

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  • Article écrit avant l'accident mortel qui s'est produit sur la ligne Douala-Yaoundé gérée par le groupe Bolloré...

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  • Faut-il croire encore aux statistiques ?

    Incohérences entre éditeurs, erreurs grossières de projection, non concordance avec la réalité... Leur crédibilité est en jeu. Démonstration

    Recevant le rapport 2016 de la CNUCED sur le commerce mondial, je m'apprêtais à l'étudier comme d'habitude sous l'angle africain. J'extrayais donc des données synthétiques en commençant par la croissance des PIB mondiaux incluant les prévisions pour 2016 quand je m'aperçus que les chiffres que je copiais n'avaient plus rien à voir avec ceux que j'avais extraits de rapports précédents. Et au lieu donc de me plonger dans le commerce mondial, je décidais d'enquêter sur cette distorsion statistique.

    Premier point, la croissance africaine telle que donnée par la Banque mondiale (les chiffres du rapport de la CNUCED sont les plus récents de la Banque mondiale) Voyez le tableau 1 : 3,7% en 2014, 2,9% en 2015 et 2% prévus pour 2016. Or le chiffre que j'avais déjà publié pour 2015 était de...3,9% !

    J'ai donc été voir du côté de la Banque Africaine de Développement (BAD, tableau 2) Et, là, autre son de cloche : 3,9% en 2014, 3,7% en 2015 et 3,6% prévus en 2016. Mais il s'agit de croissance en volume alors que la Banque mondiale donnait des croissance en valeur. Je regarde donc de plus près l'évolution des prix mondiaux (tableau 3) : il y a effectivement un début possible d'explication : l'Afrique a peut-être produit plus mais sa croissance en valeur a été obérée par la baisse assez forte des prix ? Mais alors pourquoi la croissance de 2015 n'est-elle pas nettement plus impactée avec un effondrement des prix (plus du tiers !) Simple calcul, sachant que les matières premières rentrent pour  25% environ dans le PIB global de l'Afrique : la croissance 2015 aurait dû baisser de 0,70 point (je vous fait grâce du calcul) et s'arrêter à 3% tout juste. Comme celle prévue pour 2016 (baisse de 14,5 % des prix) aurait dû être de 2,91 %...

    Alors, l'Afrique aurait-elle, en plus, nettement moins exporté qu'auparavant ? Voyez le tableau 4 : en 2014, elle exporte autant qu'en 2013 en valeur. ce qui revient à dire que, les prix ayant baissé cette année là de 7,1 % et les matières premières rentrant pour 80% dans la valeur des exportations africaines, le continent a accru ses exportations en volume de 5,68 % contre 2,1% annoncés. Ce sont des ordres d'idées bien sur car les évolutions en valeur et en volume diffèrent pas mal d'un pays à l'autre. Si vous prenez le pétrole par exemple, vous voyez qu'il s'agit de la matière première qui a le plus baissé, en 2015 notamment. Allons donc voir comment le PIB angolais a réagi puisque ce pays vit en grande partie sur les hydrocarbures : en volume (tableau 2), on voit qu'elle a perdu 1 point de croissance sur l'année précédente mais qu'elle a quand même progressé de 3,8%. Selon  Wikipédia, le pétrole représente 40% du PIB angolais. Là encore, un simple calcul montre que la chute du prix du pétrole aurait dû entraîner une baisse du PIB en 2015, d'environ 15 à 20% !

    Les statistiques mondiales sont donc de moins en moins compréhensibles. Surtout si, en plus, on lit les commentaires qui accompagnent leur publication. Et c'est ainsi que le FMI, d'après les chiffres de la Banque mondiale, n'a cessé de revoir la croissance Africaine à la baisse depuis avril 2016. Les dernières estimations mettent même la croissance globale du continent en dessous de 2% ! Ce, avec des exportations qui augmentent en valeur (tableau 4), y compris en 2016 : voyez cette fois-ci le graphique (5) publié dans un bulletin d'avril 2016 de l'Organisation mondiale du commerce. La progression est d'ailleurs nettement plus importante en fin de période (5 mois) pour les pays en développement que ce qu'indique l'OMC parlant, elle, d'une "faible progression" pour l'ensemble de l'année...

    A quoi donc se fier ? Même pas aux moyenne en fait : en volume, la croissance des principaux pays africains est très supérieure à la moyenne calculée par la BAD (tableau 2) Certes, l'Afrique du sud,  la Libye et la Guinée peuvent faire baisser la dite moyenne. Mais pas à ce point quand, partout ailleurs, les taux de croissance peuvent faire pâlir d'envie n'importe quel Occidental. Vous aurez très certainement remarqué par ailleurs que, cette année, l'Afrique du Sud a repris la tête du continent en matière de PIB. Pour comprendre le phénomène, les statisticiens vous expliqueront que le prix des hydrocarbures est à l'origine de la dégringolade du Nigeria. Je veux bien. Mais quand le Nigeria a dépassé l'Afrique du Sud, on parlait de 500 milliards de dollars dans chaque pays. La prouesse du pays d'Afrique de l'ouest venait, nous avait-on expliqué, d'une revalorisation de son PIB en incluant l'économie informelle (jusqu'aux péripatéticiennes !) Et c'était en 2015 alors que le prix du baril de pétrole avait baissé de plus de 45% ! Un pétrole qui représente le  tiers du PIB nigérian !! Si la frontière ne tient qu'au prix du baril, alors il y a de fortes chances pour que le yoyo continue entre Pretoria et Abuja. Car la Banque Mondiale prévoit une baisse des prix des hydrocarbures de près de 25% encore en 2016, ce qui n'est pas exact : le prix moyen d'avant la chute était de l'ordre de 80 à 100 dollars par baril de brut. Moins 7,5% en 2014, moins 47,2% en 2015, moins 23,6% en 2016 égale 33,5 dollars par baril. Prix qui n'a jamais été aussi bas dans la réalité qu'en janvier 2016, le prix actuel étant de plus de 50 dollars et la moyenne 2016 tournant autour de 45 dollars voire plus. Où la Banque Mondiale est-elle allée chercher ses moins 23,6% de 2016 ?!

    Il semble donc y aller des statistiques comme des sondages, leurs imprécisions, pour être gentil, ne permettant plus réellement de dessiner le passé et donc, de prévoir l'avenir. Les restrictions budgétaires sont-elles à l'origine de ces distorsions ? Sans doute pour les sondages, les instituts devant dégager des bénéfices après deux mauvaises années, au moins en France. Mais la Banque Mondiale ?

    Elle publie certes -et ne peut faire autrement- les statistiques que lui envoient les pays eux-mêmes. Pour l'instant par exemple, seul le Nigeria a fait l'effort d'intégrer le formidable secteur informel dans ses chiffres. Et il y a fort à parier que le PIB global du continent devrait être revu terriblement à la hausse si les autres pays africains faisaient de même. Il n'en reste pas moins que n'importe quel statisticien digne de ce nom se doit de faire disparaître les incohérences. Or il y en a ici jusqu'aux prix des matières premières les plus connues : le Monde entier a suivi le prix de l'or noir depuis et son envolée, et sa chute relative. Et il s'agit bien du Monde entier, payant son essence au cul de la pompe des stations de distribution. Tout le monde a donc vu un début d'année effectivement bon marché (moins d'1 € le litre en supermarché en France) puis le retour à 1,20/1,30 € le litre à partir de juin-juillet.

    On a ici en fait l'explication basique d'une partie des erreurs statistiques des grands organismes internationaux : la baisse des prix des matières premières a été "projetée" d'après les données brutes de début d'année. Et rien n'a été modifié par la suite, tout au long de la chaîne interminable de validation des statistiques. Il faut donc savoir que ces dernières ne sont réellement valables que deux ans plus tard et non en estimations une seule année après, premier point. Ce qui est d'ailleurs anormal à l'ère de l'information digitale, donc en temps réel...

    Le 2e point est, je crois, politique : du côté Africain, on tend à minimiser les performances afin de pouvoir continuer à bénéficier des aides internationales. Le diagnostic est déjà ancien et n'a pas beaucoup évolué depuis qu'on s'en est aperçu. Et du côté Banque Mondiale/FMI, on tend à sous-estimer aussi les performances de "ses clients" pour deux raisons principales : un, il faut persuader les dirigeants africains qu'ils ont toujours besoin de l'aide bien entendu conditionnelle des organismes de Washington ; et, deux, les vrais dirigeants, les Américains, n'ont toujours pas confiance en une Afrique qui est l'un de ses plus importants fournisseurs pour beaucoup de matières premières.

    1- Croissance mondiale 2014-2016 selon la Banque mondiale (en valeur) en %

    Pays

    2014

    2015

    2016

    Monde

    2,5

    2,5

    2,3

    Pays développés

    1,7

    2

    1,6

    Europe de l'est

    0,9

    -2,8

    0

    Pays en développement

    4,4

    3,9

    3,8

    Dont Afrique

    3,7

    2,9

    2

    Dont Amérique latine

    1,1

    0,2

    -0,2

    Dont Asie

    5,5

    5,1

    5,1

     

    2- Croissance mondiale 2014-2016 selon BAD (en volume) en %

     

    2014

    2015

    2016

    Afrique pour BAD

    3,9

    3,7

    3,6

    Dont Afrique du sud

    1,5

    1,3

    nc

    Dont Algérie

    3,8

    3,9

    nc

    Dont Angola

    4,8

    3,8

    nc

    Dont Cameroun

    5,9

    5,7

    nc

    Dont Côte d'Ivoire

    7,9

    8,8

    nc

    Dont Egypte

    2,2

    4,2

    nc

    Dont Ethiopie

    10,3

    10,2

    nc

    Dont Ghana

    4

    3,7

    nc

    Dont Guinée

    1,1

    0,1

    nc

    Dont Kenya

    5,3

    5,5

    nc

    Dont Libye

    -23,5

    -6

    nc

    Dont Madagascar

    3,3

    3,2

    nc

    Dont Mali

    5,8

    5,2

    nc

    Dont Maroc

    2,4

    4,5

    nc

    Dont Mozambique

    7,2

    6,3

    nc

    Dont Nigeria

    6,2

    3

    nc

    Dont Ouganda

    4,7

    5,3

    nc

    Dont RDC

    9,2

    7,7

    nc

    Dont Sénégal

    4,3

    5,1

    nc

    Dont Soudan

    3,6

    5,3

    nc

    Dont Tanzanie

    7

    7

    nc

     

    3- Evolution des prix mondiaux selon Banque mondiale (en %)

     

    2014

    2015

    2016

    Prix mondiaux

    -7,1

    -36,7

    -14,5

    Dont pétrole

    -7,5

    -47,2

    -23,6

    Dont minerais

    -8,5

    -22

    -11,4

    Dont produits tropicaux

    -9,9

    -13,6

    -4,7

    Dont produits alimentaires

    -3,8

    -14,2

    -1,6

     

     

    4- Exportations mondiales 2014 et 2015 en valeur selon Banque mondiale (croissance en %)

     

    2014

    2015

    2016

    Exports monde

    2,3

    1,4

    nc

    Dont pays développés

    1,9

    2,2

    nc

    Dont pays émergeant

    0,5

    0,9

    nc

    Dont pays en développement

    3,1

    0,4

    nc

    Dont Afrique

    0

    2,1

    nc

    Dont Amérique latine

    3,3

    2,9

    nc

    Dont Asie de l'est

    4,9

    -0,9

    nc

     

     

     

    5- Commerce mondial en volume en 2016 selon OMC


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  • Les Africains sont peu endettés

    Mieux même : leurs dettes ont changé de nature, elles dynamisent aujourd'hui la croissance du continent !

     

    Qu'il est loin le temps des éléphants blancs ! Dans les années 1970-1980, l'Occident raillait les nouveaux Etats indépendants d'Afrique auxquels il imposait des "cures d'amaigrissement" pour sécuriser soi-disant les prêts qu'il lui accordait, toujours sous conditions. Aujourd'hui, c'est l'Afrique qui peut se gausser de la mauvaise gouvernance d'un Occident qui croule sous les dettes et dont la survie économique ne tient qu'aux planches à billet de ses banques centrales : globalement, le continent doit un tout petit peu plus que 20% de son Revenu intérieur brut aux pays étrangers, dette dont il pourrait se défaire avec seulement les 3/4 d'une année d'exportation au prix de 2013, donc une année complète au prix de 2016 (voir tableau 1) Même l'Allemagne n'arrive pas à une telle performance : sa seule dette publique dépasse toujours les 2 000 milliards € face à un PIB de l'ordre de 3400 milliards € et des exportations totalisant 1400 milliards € : sa dette publique représente donc plus de 60% de son PIB et presque deux années d'exportations. Comme la dette privée allemande est supérieure à sa dette publique, on voit que le présumé champion de l'économie européenne est en posture financière nettement moins avantageuse que l'ensemble de l'Afrique.

    Bien entendu, dans le détail africain il y a un peu de tout. Si vous regardez d'abord le tableau 3, vous voyez comment le FMI, organisme sous la coupe des Américains, classe les risques-pays du continent. En fait, il suffit de regarder le tableau 2 pour avoir une idée plus juste et plus précise de ces risques : parmi les grands pays, ce sont effectivement le Zimbabwe et le Soudan qui paraissent en plus mauvaise posture. A noter toutefois que Harare vient de finir de rembourser la totalité de sa dette au FMI qui le considérait comme extrêmement risqué... Et en tête des moins risqués, vous trouvez normalement les pays pétroliers qui n'ont guère besoin d'emprunter pour investir. L'Angola a même refusé il y a deux mois les offres du FMI, trouvant sur le marché normal des propositions plus alléchantes, sans conditions à la clé et à des taux bien meilleurs, afin de pouvoir continuer ses investissements en dépit de la baisse des prix pétroliers : une partie très importante de l'Afrique n'a plus besoin ni du FMI, ni de la Banque mondiale, CQFD !

    Ce, car ils peuvent faire aujourd'hui appel à toutes les sources de financement. A commencer par l'émission de bons et obligations du Trésor auprès de leurs populations. On ne dispose pour l'instant que de données partielles qui montrent, par exemple, que la dette intérieure du Nigeria, négociable en naira, a plus que quadruplé entre 2003 et 2013, couvrant aujourd'hui plus de 80% des besoins publics. Et celle d'un petit pays comme la Zambie a plus que sextuplé au cours de la même période (60% des besoins) ! Au Kenya, autre exemple, les bons du Trésor (longue durée) représentaient plus de la moitié des émissions publiques. Ce sont aujourd'hui de simples obligations d'Etat qui couvrent 60% des besoins de financement public et interne du pays, soit plus de la moitié des besoins totaux de l'Etat !

    Pour qui se souvient des fameuses années 1970-1980, un phénomène était assez fréquent en Afrique francophone : l'aide d'urgence de la Coopération française en fin de mois. Soit de l'argent prêté en urgence et à court terme. Les besoins de fin de mois existent toujours, certes, dans plusieurs Etats, mais le recours coûteux (car à la fois à taux élevés et à fortes conditionnalités) aux services de l'ancienne puissance coloniale a disparu. Et, globalement, la part de la dette extérieure africaine à court terme a fondu tandis que celle du long terme a crû. En Afrique du sud par exemple, le court terme est passé de 33% en 2006-2009 à 19% en 2011-2013 et le long terme, de 29% à 38% : cela signifie que l'Afrique s'endette aujourd'hui pour alimenter la croissance et non plus pour éviter le défaut de paiement. Par comparaison, on notera que la dette publique française est à 7 ans 1/2 en moyenne, dont la plus grande partie à court terme !

    Le phénomène africain est général et bien plus important qu'en Afrique du sud. En Angola par exemple, il n'y a pratiquement plus de dette publique à court terme (0,8% en 2013 !), de même qu'en Ethiopie (1,3%) ou en Ouganda (3,8%) Pour plus de détails à ce sujet, voir le tableau complet dans le Rapport 2016 de la CNUCED sur le développement économique de l'Afrique (pages 42 et 43) Tout cela a entraîné bien entendu une décrue du nombre de crédits extérieurs conditionnels : dans le même rapport, on voit que presque tous les pays l'ont enregistré, parfois très fortement (Botswana et Maurice notamment) Et seuls le Nigeria (par ailleurs peu endetté à l'extérieur), le Niger, l'Ouganda, Sao Tomé & Principe, le Cameroun, le Libéria, le Soudan et la Zambie ont connu une évolution contraire. Dans un contexte toutefois de forte réduction de l'endettement extérieur. Globalement, les pays africains très endettés (en haut du tableau 2) ont vu la dette concessionnelle baisser de 80% à 70% de 2005 à 2013 tandis que les pays moins endettés (en bas du tableau) ont vu cette même dette concessionnelle tomber à un peu plus du tiers en 2013 avec une forte hausse concomitante des obligations d'Etat. Depuis 2009, ce sont ainsi une vingtaine de pays qui ont émis plus de 16 milliards de dollars de ces obligations, Côte d'Ivoire et Nigeria en tête (mais le Nigeria, surtout auprès de ses concitoyens)...

    Que montrent in fine ces données ? Tout bêtement que l'emprunt aujourd'hui en Afrique est un emprunt de développement. On sait que l'épargne privée à crû énormément, jusqu'à atteindre les taux de l'Occident durant les fameuses "30 Glorieuses" On sait aussi que le continent abrite le plus fort taux d'entreprenariat par habitant que la Terre ait jamais connu. On voit enfin que les Etats africains, qui se sont fortement désendettés, n'empruntent quasiment plus qu'à long terme, pour donc des projets d'investissements (infrastructures notamment) : de toute évidence, le continent est entré dans un cercle vertueux de croissance économique, ce qui explique pourquoi, en fin de compte, la baisse du prix des matières premières de ces deux dernières années ne l'a affecté qu'à la marge.

    Encadré

    L'exception de l'Afrique du nord

    Dans cette partie du continent, la politique a joué et a obligé, malheureusement, les Etats à privilégier le court terme à de trop nombreuses reprises. Et c'est ainsi que dans ces seuls pays, la part de l'endettement public à court terme a augmenté entre 2006-2009 et 2011-2013 : de 15,6% à 22,1% pour l'Algérie, de 7 à 10,5% pour l'Egypte, de 8,9 à 12,9% pour le Maroc et de 19,7 à 24% pour la Tunisie. Le reste des données est meilleur, ces pays étant eux aussi entrés dans un cercle vertueux de développement. Certes, elles se sont peut-être dégradées depuis en Egypte et en Tunisie et pour les mêmes raisons politiques. Mais on voit qu'au début, la déstabilisation des "Printemps arabes" n'avaient affecté qu'à la marge, celle du déficit public, les économies concernées. Les échecs à l'origine de l'éviction des Islamistes étaient bien dus à une mauvaise gouvernance...

     

    Le problème du manque de devises

    On voit bien dans le tableau 2 que le seul hiatus dans la dette africaine est l'insuffisance des exportations par rapport à la croissance interne : cette croissance nécessite fatalement des importations coûteuses en biens d'équipement, le continent n'en produisant pratiquement pas. Et hors les pays pétroliers rémunérés en dollars, les sources de devises internationales sont insuffisantes, même au Nigeria où la très forte croissance excède les capacités en devises de la balance des paiements. Deux solutions existent à court terme : contrôler les importations pour privilégier les machines-outils sur les grosses voitures d'abord. Mais la mondialisation s'y oppose. N'acheter alors qu'aux pays acceptant de réinvestir sur place une partie des paiements -donc en monnaie locale. Mais c'est contraire aussi aux règles de la mondialisation. Des gouvernants un peu malins doivent pouvoir jouer secrètement sur les deux tableaux : qu'ils se souviennent de Poitiers et d'Edith Cresson...

     

    1-      La dette extérieure africaine à fin 2013 (en millions de dollars)

    Source : Banque mondiale, statistiques 2015

    Pays

    Stock de la dette 2011-2013

    % RNB

    % des exports

    Afrique du sud

    133612

    36

    110

    Algérie

    5590

    3

    7

    Angola

    21136

    21

    30

    Bénin

    2096

    27

    105

    Botswana

    2438

    17

    34

    Burkina Faso

    2458

    23

    76

    Burundi

    651

    26

    272

    Cameroun

    3928

    15

    50

    Cap Vert

    1257

    70

    153

    Comores

    225

    37

    269

    Congo  Brazzaville

    2973

    27

    nc

    Congo Kinshasa

    5734

    23

    56

    Côte d'Ivoire

    10930

    43

    89

    Djibouti

    805

    nc

    167

    Egypte

    39859

    16

    78

    Erythrée

    998

    34

    nc

    Ethiopie

    10541

    26

    161

    Gabon

    3328

    20

    nc

    Gambie

    504

    57

    149

    Ghana

    13227

    32

    82

    Guinée

    1811

    37

    106

    Guinée Bissau

    280

    32

    137

    Guinée Equatoriale

    0

    0

    0

    Kenya

    11776

    30

    110

    Lesotho

    848

    30

    51

    Libéria

    492

    31

    55

    Libye

    nc

    nc

    nc

    Madagascar

    2838

    29

    141

    Malawi

    1360

    33

    84

    Mali

    3137

    31

    55

    Maroc

    34326

    35

    104

    Maurice

    10238

    88

    133

    Mauritanie

    3263

    84

    109

    Mozambique

    5286

    37

    108

    Namibie

    nc

    nc

    nc

    Niger

    2404

    35

    157

    Nigeria

    10938

    3

    11

    Ouganda

    3800

    21

    78

    RCA

    558

    29

    nc

    Rwanda

    1354

    20

    127

    Sao Tome & Principe

    216

    80

    597

    Sénégal

    4817

    34

    110

    Seychelles

    2172

    201

    218

    Sierra Leone

    1190

    33

    113

    Somalie

    3054

    nc

    nc

    Soudan

    21785

    40

    298

    Soudan du Sud

    nc

    nc

    nc

    Swaziland

    533

    14

    23

    Tanzanie

    11515

    41

    138

    Tchad

    2182

    18

    nc

    Togo

    762

    22

    30

    Tunisie

    24577

    55

    108

    Zambie

    5308

    27

    53

    Zimbabwe

    8052

    73

    nc

    Total Afrique

    443165

    22

    71

     

     

    2-      Classement des pays africains les plus endettés (en % du Revenu National Brut)

    Source : déclinaison du tableau 1

    Pays

    % RNB

    % des exports

    Seychelles

    201

    218

    Maurice

    88

    133

    Mauritanie

    84

    109

    Sao Tome & Principe

    80

    597

    Zimbabwe

    73

    nc

    Cap Vert

    70

    153

    Gambie

    57

    149

    Tunisie

    55

    108

    Côte d'Ivoire

    43

    89

    Tanzanie

    41

    138

    Soudan

    40

    298

    Comores

    37

    269

    Guinée

    37

    106

    Mozambique

    37

    108

    Afrique du sud

    36

    110

    Maroc

    35

    104

    Niger

    35

    157

    Erythrée

    34

    nc

    Sénégal

    34

    110

    Malawi

    33

    84

    Sierra Leone

    33

    113

    Ghana

    32

    82

    Guinée Bissau

    32

    137

    Libéria

    31

    55

    Mali

    31

    55

    Kenya

    30

    110

    Lesotho

    30

    51

    Madagascar

    29

    141

    RCA

    29

    nc

    Bénin

    27

    105

    Congo  Brazzaville

    27

    nc

    Zambie

    27

    53

    Burundi

    26

    272

    Ethiopie

    26

    161

    Burkina Faso

    23

    76

    Congo Kinshasa

    23

    56

    Togo

    22

    30

    Angola

    21

    30

    Ouganda

    21

    78

    Gabon

    20

    nc

    Rwanda

    20

    127

    Tchad

    18

    nc

    Botswana

    17

    34

    Egypte

    16

    78

    Cameroun

    15

    50

    Swaziland

    14

    23

    Algérie

    3

    7

    Nigeria

    3

    11

    Guinée Equatoriale

    0

    0

    Total Afrique

    22

    71

     

    3-      Les pays africains à risque selon le Fonds monétaire international (2015)

    Risque faible

    Risque modéré

    Risque élevé

    Surendettement

    Bénin

    Angola

    Burundi

    Soudan

    Ethiopie

    Burkina Faso

    Djibouti

    Zimbabwe

    Kenya

    Cap Vert

    Ghana

     

    Liberia

    Cameroun

    Mauritanie

     

    Madagascar

    Comores

    RCA

     

    Nigeria

    Congo

    Sao Tome & Principe

     

    Ouganda

    Côte d'Ivoire

    Tchad

     

    Rwanda

    Gambie

       

    Sénégal

    Guinée

       

    Tanzanie

    Guinée Bissau

       
     

    Lesotho

       
     

    Malawi

       
     

    Mali

       
     

    Mozambique

       
     

    Niger

       
     

    Congo Kinshasa

       
     

    Sierre Leone

       
     

    Soudan du sud

       
     

    Togo

       
     

    Zambie

       

     


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  • Ci-après un texte d'Agora (conseils boursiers en ligne) sur les nouvelles armes contre les microbes, sachant que les bactéries les plus méchantes deviennent résistantes aux principaux antibiotiques. Eux voient le marché, donc les investissements. Voyez surtout ce que nos laboratoires recherchent, avec une mention spéciale pour feux les Soviétiques qui ont légué aux Russes leurs recherches sur les virus bactériophages...
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    Allo ? Je ne vous entends plus... Une nouvelle arme contre la résistance bactérienne
    Cécile Chevré
     
    Si vous êtes un lecteur régulier de la Quotidienne, vous savez déjà que parmi les grands risques qui menacent notre survie (oui, rien que cela !), il y a les bactéries. Ou plutôt celles qui développent une résistance à ce qui était jusqu'à présent notre principale arme contre elles : les antibiotiques.
     
    Quelques chiffres pour vous remettre en tête les enjeux : d'ici 2050, la résistance grandissante des bactéries à ces traitements devrait causer 10 millions de morts. Ce qui fera des bactéries un tueur en série plus dangereux que le cancer.
     
    L'alerte (mondiale) a été lancée à plusieurs reprises, par des Etats comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni, mais aussi par l'OMS ou l'ONU.
     
    Face à la menace, bien réelle, faut-il encore le rappeler, plusieurs voies sont explorées. Première d'entre elles, la découverte de nouveaux antibiotiques. Encouragés par les Etats, les laboratoires pharmaceutiques, après des années de déshérence, ont enfin repris le chemin de la recherche et des essais cliniques.
     
    Pour quels effets ? Une des valeurs recommandées par Ray Blanco dans NewTech Insider attend avec impatience la décision de la FDA, l'agence américaine chargée de l'autorisation des médicaments, quant à un nouvel antibiotique. Cette décision est prévue pour début novembre 2016. Si ce nouvel antibiotique est autorisé, nous disposerons d'un nouveau traitement de réserve contre certaines formes extrêmement résistantes de pneumonie.
    [NDLR : Vous avez jusqu'à fin octobre pour acheter la biotech qui détient ce si prometteur antibiotique. Si la FDA donne son accord, son cours va s'envoler. Et vous pourriez en profiter ! Alors rendez-vous dans NewTech Insider !]
     
    Une autre voie possible contre la résistance bactérienne est celle des virus bactériophages. La nourriture préférée de ces virus ? Les bactéries. Cette forme de thérapie s'est développée dans les pays de l'ex-bloc soviétique mais a encore du mal à convaincre en Occident. Dommage car ces virus sont extrêmement prometteurs. Heureusement, comme je vous le disais dans une précédente Quotidienne, des chercheurs s'intéressent de nouveau à cette thérapie venue de l'Est. Un essai clinique est en cours en Europe, mené par le projet Phagoburn.
     
    Tout récemment, en écoutant un documentaire de France Culture consacré à la microbiologiste française Pascale Cossart (je vous le conseille vraiment !), j'ai découvert une autre arme possible contre les bactéries : le brouillage de leur communication.
     
    Des bactéries extrêmement bavardes
    Oui, cher lecteur, les bactéries communiquent. Etonné ? C'est normal car le phénomène, appelé quorum sensing, n'a été découvert que dans les années 2000 et réserve manifestement encore beaucoup de surprises.
     
    Les bactéries sont donc "bavardes" et, tout comme nous, utilisent plusieurs moyens de communication. Le plus ancien – et le mieux connu – est le recours à de petites molécules chimiques, appelées auto-inducteurs. Ces auto-inducteurs sont souvent comparés aux phéromones échangées par les animaux (dont nous faisons partie). Ces messages peuvent aussi bien être échangés entre bactéries de la même espèce qu'avec des bactéries d'une autre espèce.
     
    Une autre forme de communication a été découverte en 2015 par des biologistes de l'université de San-Diego en Californie (la découverte a été publiée dans Nature) : les bactéries sont capables, comme nos neurones, de communiquer via impulsions électriques.
     
    Autre voie de communication possible au niveau bactérien : la création de tuyaux. En 2011, des chercheurs de l'université hébraïque de Jérusalem ont découvert que certaines bactéries créaient un minuscule réseau organique (des tuyaux) entre elles, ce qui leur permettait de communiquer plus directement.
     
    Pourquoi communiquer ?
    Mais au fait, pourquoi les bactéries communiquent-elles ? A quoi ce "don" leur sert-il ?
     
    Tout d'abord à se repérer entre elles. Les auto-inducteurs servent, en quelque sorte, de bannière de rassemblement. Et c'est très important en ce qui nous concerne, j'y reviens dans un instant. La communication leur sert aussi à s'adapter à leur environnement en activant ou désactivant certains gènes. Enfin, les bactéries peuvent échanger entre elles des bouts d'ADN, une forme d'apprentissage.
     
    La découverte de ces moyens de communications nous en apprend plus sur le fonctionnement des bactéries mais aussi comment les combattre – et c'est ce qui nous intéresse dans la lutte contre la résistance bactérienne aux antibiotiques.
     
    Nouvelles pistes contre les bactéries et leur résistance
    Je vous disais que les bactéries communiquaient pour se repérer entre elles. C'est extrêmement important car la plupart des bactéries ne deviennent pathogènes – et donc dangereuses pour nous – que quand elles sont suffisamment nombreuses.
     
    Pour résumer, un soldat-bactérie n'a aucune chance contre notre système immunitaire ; la bactérie sera impitoyablement détruite. Par contre, une armée de millions voire de milliards de bactéries pourra, elle, déclencher une attaque de grande ampleur et qui aura des chances de réussir en débordant les capacités de notre système immunitaire.
     
    C'est une première piste contre les infections bactériennes. En bloquant soit les émetteurs d'auto-inducteurs soit les récepteurs situés à la surface des bactéries, nous pourrions empêcher les bactéries de passer leurs rangs en revue, et de passer à l'attaque.
     
    Mettre un terme à ce bavardage bactérien pourrait aussi être une solution contre la création de biofilms. Certaines espèces de bactéries sont capables de sécréter un "ciment" qui les lie entre elles, et les protègent non seulement de la réaction immunitaire de leur hôte mais aussi des antibiotiques. Là encore, les bactéries ne sécrètent ce "film", dit matrice, que quand elles sont en nombre suffisant. Et là encore, bloquer les mécanismes du quorum sensing pourrait empêcher le développement de biofilms et améliorer notre chance de lutte contre les bactéries pathogènes.
     
    Mais les espoirs de la recherche ne s'arrêtent pas là. Les bactéries ne font pas que se repérer entre elles : elles échangent d'autres informations ainsi que des bouts d'ADN. Les chercheurs ont découvert que ces échanges étaient un des piliers du développement de la résistance bactérienne aux antibiotiques. Les bactéries qui vivent en communauté développent en effet plus rapidement des capacités de résistance. D'où l'importance de bloquer ces échanges.
     
    Qu'est-ce que cela signifie pour vous ?
    Nouveau champ d'exploration et de recherche, la communication bactérienne est encore très loin d'être parfaitement comprise... mais suscite un intérêt grandissant au sein de la communauté scientifique. Cela se comprend : en bloquant le quorum sensing, nous pourrions empêcher les bactéries de devenir virulentes mais aussi de limiter la résistance aux antibiotiques.
     
    Reste que les recherches sur le sujet sont encore cantonnées au domaine préclinique : aucun traitement reposant sur l'inhibition du quorum sensing ne sera donc autorisé avant plusieurs années.
     
    A suivre donc (dans la Quotidienne et dans NewTech Insider) car c'est une nouvelle arme contre la résistance bactérienne qui est maintenant à notre portée.

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