• Côte d’Ivoire : l’agrobusiness, une affaire d’Etat ?

    Christian d’Alayer – 11/06/2017

     

    Le terme « agrobusiness » sent le souffre à Abidjan. Cette association de l’agriculture et des affaires est récente, même hors d’Afrique. Elle n’a de fait véritablement commencé qu’avec les « bio carburants » et les réserves foncières que de grandes entreprises ont commencé à réaliser un peu partout dans le monde au lendemain du choc pétrolier du 3e millénaire. Auparavant, certes, des banques avaient elles-aussi investi dans l’agriculture. Mais surtout dans le domaine de l’élevage.

    Là, il s’agit de toute autre chose : des multinationales se sont mises à l’agriculture. Des Chinois ont par exemple constitué des réserves foncières hors de chez eux et, notamment, en Afrique pour produire d’abord du riz puis toutes sortes d’autres denrées alimentaires. Des parfumeurs, des industries oléagineuses, des transformateurs de produits animaliers, etc., ont suivi, découvrant que l’agriculture intensive pouvait être extrêmement rentable, au grand dam des associations environnementales hurlant à la mort de la planète sous les millions de tonnes d’intrants nouveaux que ce type d’agriculture entraîne.

    Les Africains ne disposent pas encore de ce type de grandes sociétés capitalistiques et, par exemple, n’ont pas l’expérience des puissantes coopératives françaises œuvrant du champ à l’usine et au marketing de vente. Mais ils savent s’adapter : dès les années 2000, soit moins de 10 ans après les pays développés ou émergeants, ils ont constitué des sortes de start up à partir de souscriptions volontaires de citoyens aisés. Ce fut la naissance de l’agrobusiness en Afrique.

    Et, certes là encore, les promoteurs n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère, promettant des retours sur capital utra rapide, trop certainement compte tenu, tout de même, des temps normaux de réponse des travailleurs ruraux à qui ces sociétés apportaient tous les ingrédients d’une productivité à l’occidentale : machines, engrais, pesticides, semences sélectionnées… Les dites sociétés ont surtout loué des terres « occupées » et proposé en fait à des paysans de travailler leur terre différemment. On a vu au Mali que cette façon d’aborder le problème était nettement plus intelligente que de faire, à la Chinoise, venir des exploitants de l’étranger pour « montrer comment il faut faire » à des autochtones éberlués (les rendements des dits autochtones ayant parfaitement compris le système furent nettement plus élevés que ceux des expatriés ne connaissant rien du milieu ambiant. L’irrigation permit notamment aux femmes des autochtones de faire du maraichage extrêmement lucratif)

    Bref, il était normal qu’en Afrique francophone, l’agrobusiness face florès surtout en Côte d’Ivoire où la population entière sait que sa richesse vient de la terre. Une vingtaine de sociétés se mirent sur les rangs au cours des trois dernières années, soit une fois un peu stabilisé le champ politique du pays. Ce sont plus de 70000 actionnaires qui leur répondirent « présents », investissant ce qu’on sait aujourd’hui être nettement plus de 100 milliards de F CFA dans ce créneau. Beaucoup de cadres locaux, notamment administratifs, mais aussi beaucoup d’expatriés tant en Europe qu’en Amérique. Soit le « haut du panier » ivoirien.

    A qui, sans crier gare, une banque de la place s’époumona en leur affirmant un jour de décembre 2016 : « il n’y a pas de compte d’exploitation, c’est un système de Ponzi, une gigantesque arnaque ! » Imaginez la réaction des investisseurs ! On sut par exemple qu’un homme se crut ruiné, son épouse ayant englouti les économies du ménage dans cette affaire. Des préfets, d’autres hauts fonctionnaires, des policiers gradés mêmes imaginèrent leurs économies parties en fumées… Le gouvernement ne pouvait pas ne pas réagir. Le ministre des Finances puis Ouattara lui-même intervinrent. Les comptes de la vingtaine de sociétés d’agrobusiness ivoiriennes furent bloqués, leurs dirigeants emprisonnés. L’Etat promit d’indemniser toutes les « victimes »…

    Et puis… Et puis une petite voix se fit entendre, celle d’une association de défense des intérêts des actionnaires de la principale société, Monhevea.com, pilotée par la start up Agronomix. Son PDG, Christophe Yapi, avait échappé aux policiers ivoiriens en se réfugiant en France d’où il entreprit de défendre et son intégrité, et ses actionnaires. Il proposa d’entrée de rembourser lui-même les investisseurs jusqu’au dernier centime alors que les offres de remboursement étatique étaient « a minima » Ouattara en personne refusa, prétextant qu’un des cadres supérieurs d’Agronomix avait sur son compte personnel « une très grosse somme d’argent » En fait, un petit million de F CFA, soit 1500 € ! Les réponses par ailleurs de l’administration ivoirienne aux attaques de l’association furent proches de la nullité, dénuées d’arguments sérieux.

    C’est qu’au contraire d’un système de Ponzi, simple paiement des dividendes sur l’argent des nouveaux souscripteurs, Monhevea.com dispose bel et bien d’actifs. Que l’Etat ivoirien se mit à rechercher avec fébrilité. Des souscripteurs avaient pu voir près de chez eux les premières réalisations de leur société, des champs cultivés de manière moderne, des entrepôts, des tracteurs…  Les actionnaires ne veulent donc pas être mal remboursés par l’Etat, ils veulent que ce dernier laisse leur société continuer sa vie normalement et leur verser les dividendes tout aussi normalement.

    La petite voix de l’association devient donc un cri gênant pour Ouattara lui-même, accusé par le gratin de la société ivoirienne de vouloir prendre l’argent de l’agrobusiness, « son argent », pour honorer ses promesses aux mutins de mai. C’est que les caisses de l’Etat sont vides en dépit des chiffres pharamineux de croissance annoncés. Tandis que le ministre des Finances a missionné les banques elles-mêmes pour trouver les actifs des sociétés de l’agrobusiness : elles sont payées pour dépouiller leurs clients !

    Lesquels n’allaient évidemment pas ouvrir joyeusement leurs livres aux inspecteurs publics et on les comprend. Les actifs de telles sociétés sont de fait complexes : ils mêlent des achats et des locations, du matériel et des produits chimiques achetés ou en voie d’achat, face à des promesses de récolte pré-vendues pour une part, à vendre pour une autre, des filières d’achat et de vente (donc des actifs immatériels), etc. En faire l’inventaire est quasiment impossible pour des enquêteurs étatiques dont tout le monde se méfie. Mais les banques, ces mêmes banques qui ont hurlé au Ponzi, conservent les traces informatiques de toutes les transactions bancaires des sociétés. Ne leur échappent que les transactions non scripturales.

    Et c’est le fait de confier aux banques la recherche d’actifs qui prouve in fine que l’Etat n’est pas clair dans ce dossier. Et que le banquier qui a crié au Ponzi l’est encore moins : il n’existe pas dans l’histoire économique mondiale de système de Ponzi mis en œuvre par 20 sociétés en même temps. Un système de Ponzi avec des actifs en plus ! Bref et alors que tout le monde sans exception, médias ivoiriens et français inclus, crut à une gigantesque arnaque en décembre et janvier dernier, aujourd’hui le soufflé remonte… mais contre l’administration Ouattara. Une administration déjà bien affaiblie et par une élection présidentielle catastrophique (le vrai chiffre de l’abstention ayant été monstrueux), et par des mutineries à répétition.

    Dernier rebondissement et non des moindres, Guillaume Soro, le « challenger » aujourd’hui presque officiel de Ouattara, a proposé son intermédiation. Que le président n’a pas pu refuser : il va donc devoir accueillir des représentants de Monhevea.com, sans doute composée d’avocats et de comptables aguerris, à qui il va devoir expliquer le curieux rôle du gouvernement dans cette affaire.

    Laquelle, dans l’état actuel du dossier, ressemble plus à celle de promesses très certainement « hâtives » en manière de dividendes et qui ont sans doute obligé les promoteurs à, effectivement, se servir un peu de l’argent des nouveaux souscripteurs pour honorer leurs engagements. Mais l’intervention et du banquier initial, et la réaction du gouvernement, ressemblent, elles, à une tentative de mainmise sur un pactole privé dans une conjoncture difficile. Elles sont en tous les cas et totalement disproportionnées…

     

     


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  • Côte d’Ivoire : l’agrobusiness, une affaire d’Etat ?

    Christian d’Alayer – 11/06/2017

     

    Le terme « agrobusiness » sent le souffre à Abidjan. Cette association de l’agriculture et des affaires est récente, même hors d’Afrique. Elle n’a de fait véritablement commencé qu’avec les « bio carburants » et les réserves foncières que de grandes entreprises ont commencé à réaliser un peu partout dans le monde au lendemain du choc pétrolier du 3e millénaire. Auparavant, certes, des banques avaient elles-aussi investi dans l’agriculture. Mais surtout dans le domaine de l’élevage.

    Là, il s’agit de toute autre chose : des multinationales se sont mises à l’agriculture. Des Chinois ont par exemple constitué des réserves foncières hors de chez eux et, notamment, en Afrique pour produire d’abord du riz puis toutes sortes d’autres denrées alimentaires. Des parfumeurs, des industries oléagineuses, des transformateurs de produits animaliers, etc., ont suivi, découvrant que l’agriculture intensive pouvait être extrêmement rentable, au grand dam des associations environnementales hurlant à la mort de la planète sous les millions de tonnes d’intrants nouveaux que ce type d’agriculture entraîne.

    Les Africains ne disposent pas encore de ce type de grandes sociétés capitalistiques et, par exemple, n’ont pas l’expérience des puissantes coopératives françaises œuvrant du champ à l’usine et au marketing de vente. Mais ils savent s’adapter : dès les années 2000, soit moins de 10 ans après les pays développés ou émergeants, ils ont constitué des sortes de start up à partir de souscriptions volontaires de citoyens aisés. Ce fut la naissance de l’agrobusiness en Afrique.

    Et, certes là encore, les promoteurs n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère, promettant des retours sur capital utra rapide, trop certainement compte tenu, tout de même, des temps normaux de réponse des travailleurs ruraux à qui ces sociétés apportaient tous les ingrédients d’une productivité à l’occidentale : machines, engrais, pesticides, semences sélectionnées… Les dites sociétés ont surtout loué des terres « occupées » et proposé en fait à des paysans de travailler leur terre différemment. On a vu au Mali que cette façon d’aborder le problème était nettement plus intelligente que de faire, à la Chinoise, venir des exploitants de l’étranger pour « montrer comment il faut faire » à des autochtones éberlués (les rendements des dits autochtones ayant parfaitement compris le système furent nettement plus élevés que ceux des expatriés ne connaissant rien du milieu ambiant. L’irrigation permit notamment aux femmes des autochtones de faire du maraichage extrêmement lucratif)

    Bref, il était normal qu’en Afrique francophone, l’agrobusiness face florès surtout en Côte d’Ivoire où la population entière sait que sa richesse vient de la terre. Une vingtaine de sociétés se mirent sur les rangs au cours des trois dernières années, soit une fois un peu stabilisé le champ politique du pays. Ce sont plus de 70000 actionnaires qui leur répondirent « présents », investissant ce qu’on sait aujourd’hui être nettement plus de 100 milliards de F CFA dans ce créneau. Beaucoup de cadres locaux, notamment administratifs, mais aussi beaucoup d’expatriés tant en Europe qu’en Amérique. Soit le « haut du panier » ivoirien.

    A qui, sans crier gare, une banque de la place s’époumona en leur affirmant un jour de décembre 2016 : « il n’y a pas de compte d’exploitation, c’est un système de Ponzi, une gigantesque arnaque ! » Imaginez la réaction des investisseurs ! On sut par exemple qu’un homme se crut ruiné, son épouse ayant englouti les économies du ménage dans cette affaire. Des préfets, d’autres hauts fonctionnaires, des policiers gradés mêmes imaginèrent leurs économies parties en fumées… Le gouvernement ne pouvait pas ne pas réagir. Le ministre des Finances puis Ouattara lui-même intervinrent. Les comptes de la vingtaine de sociétés d’agrobusiness ivoiriennes furent bloqués, leurs dirigeants emprisonnés. L’Etat promit d’indemniser toutes les « victimes »…

    Et puis… Et puis une petite voix se fit entendre, celle d’une association de défense des intérêts des actionnaires de la principale société, Monhevea.com, pilotée par la start up Agronomix. Son PDG, Christophe Yapi, avait échappé aux policiers ivoiriens en se réfugiant en France d’où il entreprit de défendre et son intégrité, et ses actionnaires. Il proposa d’entrée de rembourser lui-même les investisseurs jusqu’au dernier centime alors que les offres de remboursement étatique étaient « a minima » Ouattara en personne refusa, prétextant qu’un des cadres supérieurs d’Agronomix avait sur son compte personnel « une très grosse somme d’argent » En fait, un petit million de F CFA, soit 1500 € ! Les réponses par ailleurs de l’administration ivoirienne aux attaques de l’association furent proches de la nullité, dénuées d’arguments sérieux.

    C’est qu’au contraire d’un système de Ponzi, simple paiement des dividendes sur l’argent des nouveaux souscripteurs, Monhevea.com dispose bel et bien d’actifs. Que l’Etat ivoirien se mit à rechercher avec fébrilité. Des souscripteurs avaient pu voir près de chez eux les premières réalisations de leur société, des champs cultivés de manière moderne, des entrepôts, des tracteurs…  Les actionnaires ne veulent donc pas être mal remboursés par l’Etat, ils veulent que ce dernier laisse leur société continuer sa vie normalement et leur verser les dividendes tout aussi normalement.

    La petite voix de l’association devient donc un cri gênant pour Ouattara lui-même, accusé par le gratin de la société ivoirienne de vouloir prendre l’argent de l’agrobusiness, « son argent », pour honorer ses promesses aux mutins de mai. C’est que les caisses de l’Etat sont vides en dépit des chiffres pharamineux de croissance annoncés. Tandis que le ministre des Finances a missionné les banques elles-mêmes pour trouver les actifs des sociétés de l’agrobusiness : elles sont payées pour dépouiller leurs clients !

    Lesquels n’allaient évidemment pas ouvrir joyeusement leurs livres aux inspecteurs publics et on les comprend. Les actifs de telles sociétés sont de fait complexes : ils mêlent des achats et des locations, du matériel et des produits chimiques achetés ou en voie d’achat, face à des promesses de récolte pré-vendues pour une part, à vendre pour une autre, des filières d’achat et de vente (donc des actifs immatériels), etc. En faire l’inventaire est quasiment impossible pour des enquêteurs étatiques dont tout le monde se méfie. Mais les banques, ces mêmes banques qui ont hurlé au Ponzi, conservent les traces informatiques de toutes les transactions bancaires des sociétés. Ne leur échappent que les transactions non scripturales.

    Et c’est le fait de confier aux banques la recherche d’actifs qui prouve in fine que l’Etat n’est pas clair dans ce dossier. Et que le banquier qui a crié au Ponzi l’est encore moins : il n’existe pas dans l’histoire économique mondiale de système de Ponzi mis en œuvre par 20 sociétés en même temps. Un système de Ponzi avec des actifs en plus ! Bref et alors que tout le monde sans exception, médias ivoiriens et français inclus, crut à une gigantesque arnaque en décembre et janvier dernier, aujourd’hui le soufflé remonte… mais contre l’administration Ouattara. Une administration déjà bien affaiblie et par une élection présidentielle catastrophique (le vrai chiffre de l’abstention ayant été monstrueux), et par des mutineries à répétition.

    Dernier rebondissement et non des moindres, Guillaume Soro, le « challenger » aujourd’hui presque officiel de Ouattara, a proposé son intermédiation. Que le président n’a pas pu refuser : il va donc devoir accueillir des représentants de Monhevea.com, sans doute composée d’avocats et de comptables aguerris, à qui il va devoir expliquer le curieux rôle du gouvernement dans cette affaire.

    Laquelle, dans l’état actuel du dossier, ressemble plus à celle de promesses très certainement « hâtives » en manière de dividendes et qui ont sans doute obligé les promoteurs à, effectivement, se servir un peu de l’argent des nouveaux souscripteurs pour honorer leurs engagements. Mais l’intervention et du banquier initial, et la réaction du gouvernement, ressemblent, elles, à une tentative de mainmise sur un pactole privé dans une conjoncture difficile. Elles sont en tous les cas et totalement disproportionnées…

     

     


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  • Le CFA est-il nuisible à la croissance de l'Afrique francophone ?

    Christian d'Alayer - mai 2017

    "L'Africanosphère" bruisse de plus en plus d'attaques contre le franc CFA. Des chefs d'Etat de la Francophonie sont entrés dans la partie tels ceux du Tchad et du Mali et, dernièrement, François Hollande lui-même a concédé que la question était du ressort des pays concernés plus que de la France. Essayons donc de voir cette question avec lucidité.

    Et d'abord, que reprochent les Africains francophones à leur monnaie commune ? Chez les non économistes et sur le Net, la critique la plus répandue est le fait que le "CFA" est du néocolonialisme car il interdit aux pays membres de la zone de jouer de l'arme monétaire dans leur politique économique intérieure. Le fait est indiscutable : les taux d'intérêt sont décidé non par les Etats mais par la banque centrale de leur zone : BCEAO pour l'Afrique de l'ouest et BEAC pour l'Afrique centrale. Ces banques centrales sous-régionales disposent d'un comité de politique monétaire qui décide donc de l'évolution des taux d'intérêt. Et que ces comités soient plus ou moins sous influence française (la Banque de France a un représentant de droit dans les deux comités), il n'en demeure pas moins que les Etats membres ne sont pas libres de décider par eux-mêmes de l'arme principale des politiques monétaires modernes (les taux directeurs) La même critique est d'ailleurs adressée en Europe à la BCE par les souverainistes et, dans tout l'Occident, à l'indépendance des banques centrales par les antilibéraux.

    Des Africains plus avertis reprochent aussi à la Banque de France de stocker les réserves de change de leurs banques centrales communes. C'est aussi vrai mais plus compliqué : les Etats de la zone franc déposent leurs réserves de change auprès de leur banque centrale, BCEAO et BEAC. Qui, statutairement, doivent en déposer aujourd'hui la moitié (65% hier) sur un compte spécial de la Banque de France. Laquelle dispose bien de 50% des réserves de la zone. Pour l'or, c'est différent (près de 90 milliards de F CFA pour la BCEAO et près de 120 milliards pour la BEAC) : là encore les Etats déposent leur or à leur banque centrale. Mais seule la BCEAO conserve cet or dans les caves de la Banque de France. La BEAC a choisi deux établissements londoniens pour stocker son métal jaune. Dernier point : les comptes des banques centrales de la zone à la banque de France sont rémunérés. Mais à des taux "européens" : un type de compte à 0,30% et un autre à...0,05%. Ce, alors que les taux d'inflation respectifs d'Europe et d'Afrique francophone ne sont pas du tout les mêmes ! En Europe, un taux de 0,30% n'est pas négligeable au niveau d'une banque centrale (pas celui de 0,05% !) Mais en Afrique où les taux d'inflation tournent autour de 10%, c'est une dépréciation importante des réserves dans le cas, de plus en plus important, du commerce interafricain. Le système, reposant sur la garantie de change offerte par la France, n'est évidemment plus viable.

    Deux autres critiques plus économistes émergent du Net : la première est le fait que la gestion monétaire africaine sous férule de la France (et c'est le cas) empêche les Africains francophones d'apprendre à maîtriser l'arme monétaire. Ca n'est qu'à moitié vrai puisque, tout de même, les employés et dirigeants des banques centrales de la zone finissent par maîtriser au moins l'orthodoxie monétaire ultra libérale en vogue en Occident. Soit la maîtrise prioritaire de l'inflation par la monnaie. Mais ils ne peuvent pas sérieusement penser à d'autres utilisations, dont celle de la dévaluation, puisque celles-ci leur sont interdites...

    La deuxième est plus difficile à démontrer car peu d'études chiffrées existent sur le sujet. C'est la compétitivité trop faible des pays de la zone CFA du fait de son ancrage à l'euro, monnaie trop forte pour des économies africaines. Surtout que les pays francophones tant de l'ouest que du centre ont comme voisin un Nigeria qui pratique depuis des lustres et avec brio (à deux décimale près si nécessaire) la dévaluation compétitive (la Mauritanie aussi d'ailleurs) Une étude a été réalisée au Cameroun après le passage du franc à l'euro et, effectivement, le solde des opérations extérieures s'est alors détérioré. Les mathématiciens ont un peu noyé le poisson pour limiter l'impact de leur étude mais la partie sur la détérioration, même en prenant les "TCR" (taux de change réel), était nettement plus compréhensible que la partie suivante qui voulait diminuer sa portée...

    Il faut un peu de réflexion ici : les exportations de matières premières organiques ou minérales peuvent évidemment souffrir des taux de change. Elles s'expriment  en monnaie étrangère, dollars et livres sterling (pour le café et le coton), et les exportateurs sont payés dans cette monnaie. Leur souci est donc principalement que ces monnaies ne se déprécient pas trop vis-à-vis de la monnaie locale. A cet égard, l'ancrage du CFA à l'euro a été fatalement négatif puisque, dans un premier temps (long !), l'euro s'est apprécié jusqu'à 30% par rapport au dollars (la livre, dans le même temps, s'appréciait par rapport à l'euro) D'où en fait une valeur des exportations en baisse par rapport à la monnaie locale. Sans doute les comptes se sont-ils redressés ces dernières années, depuis que le dollars est remonté (dans le même temps, la livre tombait)?

    L'impact est également évident en matière de commerce interafricain car, longtemps, le CFA fut l'une des seules monnaies subsahariennes convertibles avec le rand sud africain. Ce qui fit le bonheur de pays comme le Bénin ou le Togo où les cambistes se comptaient par centaines ! L'Afrique francophone achetait donc aux autres Etas africains d'autant moins cher que sa monnaie était à la fois stable et convertible. Mais le naira nigérian devint lui aussi convertible...

    Dès lors, la trop grande stabilité du CFA, qui plus est surévalué par rapport aux autres monnaies de réserve, n'était plus un atout mais un élément de plus en matière de non compétitivité avec un pays disposant d'un marché intérieur bien plus considérable. Certes, les importations deviennent d'autant moins coûteuses. Mais les exportations sont rédhibitoirement trop chères et la Francophonie subsaharienne ne peut déployer ses PME au même niveau que les Afriques non francophones, jusqu'au point de pouvoir vendre aux pays voisins hors zone CFA. Le tableau 1 montre clairement à cet égard que ces derniers pays se sont développés nettement plus vite que ceux de cette zone.  Il faut se souvenir à cet égard que le décollage subsaharien ne vient pas de l'investissement des multinationales étrangères mais de la croissance interne des PME locales. Un Dangote par exemple, aujourd'hui numéro un africain du ciment, fut d'abord un petit importateur de ce matériau. Et si l'envolée du Mozambique tient beaucoup à l'investissement des multinationales sud africaines, celle de l'Ethiopie tient essentiellement à la multiplication de ses PME, notamment dans le domaine du textile (mais pas seulement) Les Africains francophones ne sont pas moins entreprenant que leurs homologues anglophones, lusitaniens, amhariques ou tigréens. Mais ils n'ont pas toute l'Afrique comme marché.

    "C'est de la faute des Français" a déclaré voici trois ans le même Dangote mentionné en supra : il voulait alors s'attaquer au marché francophone et rencontrait des difficultés majeures face au lobbying de l'alors français Lafarge, son concurrent et jadis fournisseur. On sort ici du problème monétaire pour entrer dans celui de la France-Afrique aussi ne vais-je pas creuser cette question. Je note simplement que trois années plus tard, Dangote vient d'annoncer qu'il allait doubler les capacités de son usine camerounaise et devenir ainsi le numéro un au pays de Biya devant...Lafarge-Holcim (Cimencam) !

    Que peut-on conclure de tout cela ? De toute évidence, il existe un vrai problème du franc CFA : problème d'indépendance évident et problème de compétitivité, surtout depuis l'ancrage à l'euro. Et ces problèmes ne pourront que s'accentuer avec le temps. François Hollande, indécis comme d'habitude (il s'en va aussi peut-on le dire sans crainte), ne pouvait donc que renvoyer la balle aux chefs d'Etat concernés : " à vous de voir !" Mais voir quoi ? Conserver une monnaie commune mais sans ancrage à l'une des monnaies de réserve ?  C'est prendre le risque de voir refuser les paiements à l'étranger dans cette monnaie et je rappelle ici que pour pouvoir devenir le point de rencontre commercial indiscutable de sa sous-région (englobant l'Ethiopie !), la toute petite république de Djibouti dut déposer 500 millions de dollars (de l'époque) à la Citibank de New York en garantie de convertibilité du franc djiboutien.

    Et que la nouvelle monnaie africaine francophone soit commune ou propre à chacun des pays, il faut donc penser à sa convertibilité réelle (donc à ce qu'en pensent les étrangers) C'est le principal problème auquel se heurtent les anti-CFA sérieux. Peut-être une solution serait-elle d'être plus maître des décisions et de pouvoir, par exemple, décider de dévaluer. Une autre décision, envisagée en France même, serait d'avoir deux monnaies, une monnaie "mondiale" et une monnaie africaine ? Toujours est-il qu'il faudra avoir la solution au moment de couper le cordon ombilical...

    1- Taux de croissance comparés des principaux pays d'Afrique subsaharienne francophone et non francophone

    (Source : moyennes annuelles, statistiques en ligne de la CNUCED)

    Pays

    1992-1995

    1995-2000

    2000-2005

    2005-2010

    2010-2015

    1992-2015*

    Mali

    2,7

    5,5

    7

    10,4

    8,3

    6,8

    Sénégal

    1,9

    4,9

    4,6

    3,6

    4,1

    3,8

    Cameroun

    0,2

    4,7

    3,8

    2,8

    5,2

    3,3

    Côte d'Ivoire

    2,8

    3,6

    -0,2

    2,3

    7,4

    3,2

    Madagascar

    1,1

    3,9

    2

    3

    2,7

    2,5

     

     

     

     

     

     

     

    Congo Kinshasa

    -5,6

    -3,8

    4,2

    5,4

    7,9

    2,4

     

     

     

     

     

     

     

    Mozambique

    5,7

    11,2

    8,5

    7,3

    7,1

    8

    Ethiopie

    7,2

    3,4

    5,6

    10,7

    10,3

    7,4

    Ouganda

    9,2

    6,7

    7,2

    8,3

    4,7

    7,2

    Tanzanie

    3,6

    4,2

    7,1

    6,1

    6,8

    5,6

    Ghana

    4

    4,4

    5,2

    6,2

    7,4

    5,4

    Nigeria

    1,4

    2,8

    11,3

    6,7

    4,9

    5,4

    Angola

    -3,4

    5,7

    9,1

    8,4

    5,1

    5,1

    Kenya

    2,5

    2,1

    3,5

    4,4

    5,4

    3,6

    Afrique du sud

    2,6

    2,5

    3,8

    2,9

    2,1

    2,8

    Zimbabwe

    3

    -0,3

    -4,7

    9,5

    6,2

    2,7

    * Moyenne arithmétique

     

     


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  • L'investissement agricole en Côte d'Ivoire dans la tourmente

    Christian d'Alayer - 27 mai 2017

     

    Les Africains parlent "d'agrobusiness", un concept né en Amérique au début des années 1990 et dénoncé dès le début par les associations environnementales et de consommateurs : car avec l'entrée de grandes sociétés privés dans l'agriculture, c'est tout leur effort de réduction des intrants qui saute. Mais il faut bien nourrir aujourd'hui 7 milliards d'habitants et, demain, au moins 12 avant que la réduction naturelle de la natalité en milieu urbain fasse son effet aussi dans les pays en développement. L'augmentation des rendements est donc une nécessité absolue alors qu'on observe depuis quelques années et tout au contraire un tassement des dits rendements. Du moins dans les pays occidentaux. Les réserves de productivité se trouvent donc surtout dans les pays pauvres et, notamment, en Afrique où, de plus, la densité de population reste la plus faible du monde : les sociétés de l'agrobusiness, notamment chinoises, y constituent donc des réserves foncières de plus en plus importantes.

    Il n'est donc pas malsain, dans ce contexte d'invasion étrangère, que les Africains se lancent eux-mêmes dans l'agriculture industrielle en utilisant des engrais, des pesticides et du matériel moderne d'exploitation. En l'absence de grandes entreprises préexistantes telles que les puissantes coopératives françaises couvrant tous les aspects de l'agro-industrie du champ à l'usine, force leur fut de les créer de toutes pièces au travers de souscriptions d'actions : de véritables start up en fait, qui suivirent très vite l'arrivée des multinationales sur le marché de l'agriculture : dès 1999 par exemple, le Burkina Faso se dota de telles sociétés d'agrobusiness à capitaux africains. Mais c'est en Côte d'Ivoire que la souscription a atteint des sommets, par dizaines de milliards de F CFA (par dizaines de millions d'euros pour ceux qui  ne connaissent pas le CFA)

    On ne sait pas vraiment combien d'argent le public aisé de Côte d'Ivoire a mis au pot. Un premier rapport parlait de 22 milliards (soit une quarantaine de millions d'euros) Puis le chiffre de 100 milliards est sorti (plus de 180 millions d'euros tout de même), puis ce chiffre pour la seule plus importante des plus de 20 sociétés qui se sont lancées sur ce créneau dans le pays. Soit  Monhevea.com du groupe Agronomix, créé en 2014.

    C'est d'elle qu'est partie la foudre, sous la forme d'une alerte lancée par l'une des banques du groupes : elle voyait, a-t-elle dit, entrer les souscriptions des actionnaires mais ne voyait pas fonctionner le compte d'opérations. "C'est un système de Ponzi" hurlait le banquier : un système dans lequel l'opérateur paye les dividendes des premiers souscripteurs avec l'argent des derniers arrivants. "Christophe Yapi -le patron d'Agronomix- est notre Madoff -du nom d'un des plus grands escrocs de la bourse de New York" surenchérirent Ouattara et ses ministres concernés.

    Le gouvernement gela donc les comptes de l'ensemble des sociétés d'agrobusiness et entama une procédure de remboursement des actionnaires a minima. Peut-être pensait-il pouvoir ainsi grappiller au passage les millions des mutins (les comptes publics ivoiriens sont à sec) ?! Car tandis qu'il se lançait dans ces remboursements au compte goutte, il recherchait les actifs des sociétés. Ce qui n'est pas aisé sans l'accord des dites sociétés : où sont les parcelles, sont-elles achetées ou louées, le matériel appartient-il aux sociétés ou est-il acquis en leasing, où sont parties les récoltes, les entrepôts appartiennent-ils aux sociétés d'agrobusiness ? Etc., etc.

    Trop compliqué pour une administration qui doit en plus se confronter à la colère des souscripteurs dont beaucoup n'ont pas perdu confiance en leur placement. Des associations se sont créées, la plus importante étant bien entendu celle des souscripteurs d'Hevea.com. Et elles communiquent, râlent, font un bruit d'enfer. Christophe Yapi ne se laisse pas faire non plus, il a porté plainte contre l'Etat. Qui, de fait, a largement outrepassé et son rôle, et ses pouvoirs : il aurait dû lancer une enquête avant de bloquer les sociétés d'agrobusiness, voir si les accusations assez fantaisistes de Ponzi  tenaient la route. Car ces sociétés ont commencé à travailler, il y a des actifs que l'Etat recherche par ailleurs. Et on voit mal comment 22 sociétés auraient lancé la même arnaque en même temps, c'est inimaginable. D'autant que la principale, Agronomix, annonce 500 employés : à ne rien faire ? Les souscripteurs locaux ont pu visiter des champs cultivés près de chez eux et comme ils sont près de 70000 en tout, on voit mal autant de monde se faire avoir. En moins de trois ans en plus : comment demander à de toute jeunes entreprises des comptes de résultats de multinationales aguerries en si peu de temps ?!

    Bref, s'il y a entourloupe, elle n'est pas forcément là où on peut l'attendre. Je n'ai pas pu avoir accès aux actifs de Monhevea.com et pour cause : les dirigeants de la société ne vont pas fournir à un journaliste, aux fins de publications, les moyens de se faire plumer par l'Etat ivoirien ! Et je n'ai donc aucune certitude. Sauf une : tout a été bâclé dans ce dossier, aussi bien par l'Etat ivoirien (dont l'attitude laisse présager en plus des arrières pensées malsaines) que par les médias, y compris français : Ils se sont contentés de rapporter la thèse gouvernementale sans vérification et sans réflexion. Et aujourd'hui par les banques ivoiriennes : n'arrivant ni à rembourser les actionnaires, ni a mettre la main sur les actifs, l'Etat a missionné les banques pour ce faire : il demande aux banques, qui ont accepté, de dépouiller leurs clients ! Des banques qui savent très bien ce qu'il en est des investissements réalisés par les sociétés ivoiriennes d'agrobusiness et qui laissent ainsi penser qu'elles sont de mèche avec l'Etat pour se faire du gras sur le dos des dites sociétés et sur leurs actionnaires. L'alerte a-t-elle été seulement honnête ?

    Je ne crois guère a 22 Ponzi en même temps d'autant qu'il y a des actifs. Madoff n'en avait guère laissé. Je sais que les médias d'aujourd'hui, tant ivoiriens que français, ne savent plus enquêter et ne réfléchissent même plus. Mais les banques de la place et l'Etat jouant ensemble un rôle pour le moins étonnant, cela au moins aurait dû les interpeller. C'est cela qui m'a poussé à mettre les pieds dans le plat alors que j'attendais des informations sur les actifs qui ne sont pas venues. Et je ne sais pas ce que donnera l'avenir. Christophe Yapi a proposé début mai de rembourser lui-même ses actionnaires. Ouattara a refusé avec un prétexte nul : 1 million CFA (1500 €) se serait retrouvé sur le compte personnel d'un dirigeant d'Agronomix ! C'est laisser penser ainsi que l'Etat ivoirien soutient un autre objectif, inavouable, dans le cassage de l'agrobusiness de son pays

     

     


    3 commentaires
  • En Côte d'Ivoire, tout va se jouer entre Nordistes

     

    Depuis la dernière élection présidentielle remportée par Ouattara mais avec un taux phénoménal d'abstention (les Nordistes, sûrs de gagner, ne se sont pas mobilisés tandis que l'électorat de Gbagbo et une grande partie de celui de Bédié ont boudé massivement les urnes), le pouvoir mis en place par les Français en Côte d'Ivoire ne peut plus tenir le pays.

    Il faut en effet, surtout en Afrique, que les gens respectent le dit pouvoir à défaut de l'admirer. Or cet énorme taux d'abstention a marqué Ouattara au fer rouge du discrédit. L'administration n'a plus peur, elle sait que ce pouvoir est chancelant. On a vu ainsi des juges relaxer Simonne, l'épouse de Gbagbo, mettant la CPI en portafaux total. Et, depuis l'élection, l'armée se rebelle à tour de bras. Sitôt une rébellion éteinte, une autre se soulève. Jusqu'à aujourd'hui où l'on peut dire que les rebelles tiennent plus de pays que l'armée régulière, obligée de battre en retraite à Bouaké, seconde ville du pays. On y a vu de fait des soldats rebelles munis de lance-roquettes dernier cri contre lesquels les engins blindés des soldats fidèles ne peuvent rien.

    Ouattara est en très mauvaise posture d'autant plus que son ami Sarkozy n'existe plus politiquement en France. Obama ne peut plus rien pour lui, la CIA ayant d'abord à tenter de survivre face à Trump avant de s'inquiéter de la "perle de l'Afrique"  L'ONU a changé de secrétaire général et les Russes ne laisseront plus les Occidentaux intervenir en Côte d'Ivoire avec l'aval de la "communauté internationale" Enfin, le nouveau président français ne peut pas se permettre, alors qu'il n'a pas encore de majorité, de marquer son arrivée par une intervention militaire en Afrique de l'ouest (ce serait contre des radicaux islamistes, ce serait autre chose) : l'armée française s'est contentée de prendre position autour des possession de Bolloré au port de San Pedro.

    Les rebelles le savent, d'où leur détermination. Car, militairement, le ramassis de "guérilléros"  qui constituaient les forces rebelles avant le débarquement de Gbagbo par la France, ne valait pas grand chose. Sans l'aide des Français et des forces de l'ONU, l'armée loyaliste ivoirienne aurait gagné la guerre civile : ce sont les hélicoptères français ainsi que les renseignements satellitaires qui ont inversé le cours de cette guerre, pas la détermination et la valeur guerrière des rebelles ! Il fallait d'ailleurs voir le "repli" des soldats de Ouattara à Bouaké pour comprendre que jamais cette armée ne sera capable de reprendre le pays aux rebelles. Avec lesquels il va falloir donc parler. Or ils viennent de signifier son renvoi à Ouattara : pas question de négocier !

    Dans l'état actuel des forces politiques, c'est le président de l'Assemblée nationale, Guillaume Soro, qui est le mieux placé pour emporter la mise. Bien que le domicile de son chef de cabinet ait été mis à sac (pour y piquer un stock d'armes !) il reste un chef de guerre craint par les soldats. Donc respecté... Et il fut le 1er ministre de Gbagbo qui ne s'entendit pas si mal que ça avec lui, de son propre aveu et bien que cette primature nordiste à lui imposée par Chirac (les accords de Marcoussis) l'ait obligé à composer avec des rebelles qu'il avait commencé à vaincre sur le terrain. Ce, tandis que les opposants, les "Forestiers" ou les Bantous, restent divisés. Certes, Bédié n'est plus suivi que par un quart au plus de ses électeurs, l'abstention l'a prouvé. Mais il existe toujours et appellera toujours à voter pour les Nordistes. Il ne peut faire autrement car, sinon, il n'existe plus.  Et les partisans de Gbagbo n'ont toujours pas de chef charismatique du niveau de leur leader naturel. Dans l'état actuel de l'opposition, on voit donc qu'elle n'est pas prête à reprendre le pouvoir. On comprend d'ailleurs pourquoi la CPI se ridiculise de plus en plus en gardant férocement un homme qui n'a rien d'un criminel de guerre ni d'un criminel contre l'humanité : les Français préfèrent tuer cette justice internationale qui  ne réunit ni les Etats Unis, ni les Russes, plutôt que de perdre la Côte d'Ivoire en le relâchant (car, lui, gagnerait une élection présidentielle ivoirienne haut la main)

    Voilà l'état des choses. Soro est rentré précipitamment à Abidjan car il a compris que c'était son heure. Tout réside maintenant dans sa capacité à faire partir ou non Ouattara. Avec l'aide évidente des rebelles ! "Ca aide", comme on peut le dire vulgairement... Si Ouattara démissionne, Soro sera son successeur à la fois institutionnel et légitime aux yeux des Nordistes. Si les Français interviennent quand même, alors ils se seront mis aussi les Nordistes à dos et le temps du pré carré sera compté. Gageons que, cette fois-ci, ils soutiendront Soro : eux aussi l'aideront !

    Bref, Ouattara a probablement vécu sa dernière année de règne puisque il est le descendant d'un roi : un roi défait par la remontée des Ashantis, remontée stoppée seulement par la colonisation : déjà, les Européens aidaient des Sahéliens contre les Bantous...

     

    Christian d'Alayer - 16 mai 2017


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