• Les Africains sont peu endettés

    Mieux même : leurs dettes ont changé de nature, elles dynamisent aujourd'hui la croissance du continent !

     

    Qu'il est loin le temps des éléphants blancs ! Dans les années 1970-1980, l'Occident raillait les nouveaux Etats indépendants d'Afrique auxquels il imposait des "cures d'amaigrissement" pour sécuriser soi-disant les prêts qu'il lui accordait, toujours sous conditions. Aujourd'hui, c'est l'Afrique qui peut se gausser de la mauvaise gouvernance d'un Occident qui croule sous les dettes et dont la survie économique ne tient qu'aux planches à billet de ses banques centrales : globalement, le continent doit un tout petit peu plus que 20% de son Revenu intérieur brut aux pays étrangers, dette dont il pourrait se défaire avec seulement les 3/4 d'une année d'exportation au prix de 2013, donc une année complète au prix de 2016 (voir tableau 1) Même l'Allemagne n'arrive pas à une telle performance : sa seule dette publique dépasse toujours les 2 000 milliards € face à un PIB de l'ordre de 3400 milliards € et des exportations totalisant 1400 milliards € : sa dette publique représente donc plus de 60% de son PIB et presque deux années d'exportations. Comme la dette privée allemande est supérieure à sa dette publique, on voit que le présumé champion de l'économie européenne est en posture financière nettement moins avantageuse que l'ensemble de l'Afrique.

    Bien entendu, dans le détail africain il y a un peu de tout. Si vous regardez d'abord le tableau 3, vous voyez comment le FMI, organisme sous la coupe des Américains, classe les risques-pays du continent. En fait, il suffit de regarder le tableau 2 pour avoir une idée plus juste et plus précise de ces risques : parmi les grands pays, ce sont effectivement le Zimbabwe et le Soudan qui paraissent en plus mauvaise posture. A noter toutefois que Harare vient de finir de rembourser la totalité de sa dette au FMI qui le considérait comme extrêmement risqué... Et en tête des moins risqués, vous trouvez normalement les pays pétroliers qui n'ont guère besoin d'emprunter pour investir. L'Angola a même refusé il y a deux mois les offres du FMI, trouvant sur le marché normal des propositions plus alléchantes, sans conditions à la clé et à des taux bien meilleurs, afin de pouvoir continuer ses investissements en dépit de la baisse des prix pétroliers : une partie très importante de l'Afrique n'a plus besoin ni du FMI, ni de la Banque mondiale, CQFD !

    Ce, car ils peuvent faire aujourd'hui appel à toutes les sources de financement. A commencer par l'émission de bons et obligations du Trésor auprès de leurs populations. On ne dispose pour l'instant que de données partielles qui montrent, par exemple, que la dette intérieure du Nigeria, négociable en naira, a plus que quadruplé entre 2003 et 2013, couvrant aujourd'hui plus de 80% des besoins publics. Et celle d'un petit pays comme la Zambie a plus que sextuplé au cours de la même période (60% des besoins) ! Au Kenya, autre exemple, les bons du Trésor (longue durée) représentaient plus de la moitié des émissions publiques. Ce sont aujourd'hui de simples obligations d'Etat qui couvrent 60% des besoins de financement public et interne du pays, soit plus de la moitié des besoins totaux de l'Etat !

    Pour qui se souvient des fameuses années 1970-1980, un phénomène était assez fréquent en Afrique francophone : l'aide d'urgence de la Coopération française en fin de mois. Soit de l'argent prêté en urgence et à court terme. Les besoins de fin de mois existent toujours, certes, dans plusieurs Etats, mais le recours coûteux (car à la fois à taux élevés et à fortes conditionnalités) aux services de l'ancienne puissance coloniale a disparu. Et, globalement, la part de la dette extérieure africaine à court terme a fondu tandis que celle du long terme a crû. En Afrique du sud par exemple, le court terme est passé de 33% en 2006-2009 à 19% en 2011-2013 et le long terme, de 29% à 38% : cela signifie que l'Afrique s'endette aujourd'hui pour alimenter la croissance et non plus pour éviter le défaut de paiement. Par comparaison, on notera que la dette publique française est à 7 ans 1/2 en moyenne, dont la plus grande partie à court terme !

    Le phénomène africain est général et bien plus important qu'en Afrique du sud. En Angola par exemple, il n'y a pratiquement plus de dette publique à court terme (0,8% en 2013 !), de même qu'en Ethiopie (1,3%) ou en Ouganda (3,8%) Pour plus de détails à ce sujet, voir le tableau complet dans le Rapport 2016 de la CNUCED sur le développement économique de l'Afrique (pages 42 et 43) Tout cela a entraîné bien entendu une décrue du nombre de crédits extérieurs conditionnels : dans le même rapport, on voit que presque tous les pays l'ont enregistré, parfois très fortement (Botswana et Maurice notamment) Et seuls le Nigeria (par ailleurs peu endetté à l'extérieur), le Niger, l'Ouganda, Sao Tomé & Principe, le Cameroun, le Libéria, le Soudan et la Zambie ont connu une évolution contraire. Dans un contexte toutefois de forte réduction de l'endettement extérieur. Globalement, les pays africains très endettés (en haut du tableau 2) ont vu la dette concessionnelle baisser de 80% à 70% de 2005 à 2013 tandis que les pays moins endettés (en bas du tableau) ont vu cette même dette concessionnelle tomber à un peu plus du tiers en 2013 avec une forte hausse concomitante des obligations d'Etat. Depuis 2009, ce sont ainsi une vingtaine de pays qui ont émis plus de 16 milliards de dollars de ces obligations, Côte d'Ivoire et Nigeria en tête (mais le Nigeria, surtout auprès de ses concitoyens)...

    Que montrent in fine ces données ? Tout bêtement que l'emprunt aujourd'hui en Afrique est un emprunt de développement. On sait que l'épargne privée à crû énormément, jusqu'à atteindre les taux de l'Occident durant les fameuses "30 Glorieuses" On sait aussi que le continent abrite le plus fort taux d'entreprenariat par habitant que la Terre ait jamais connu. On voit enfin que les Etats africains, qui se sont fortement désendettés, n'empruntent quasiment plus qu'à long terme, pour donc des projets d'investissements (infrastructures notamment) : de toute évidence, le continent est entré dans un cercle vertueux de croissance économique, ce qui explique pourquoi, en fin de compte, la baisse du prix des matières premières de ces deux dernières années ne l'a affecté qu'à la marge.

    Encadré

    L'exception de l'Afrique du nord

    Dans cette partie du continent, la politique a joué et a obligé, malheureusement, les Etats à privilégier le court terme à de trop nombreuses reprises. Et c'est ainsi que dans ces seuls pays, la part de l'endettement public à court terme a augmenté entre 2006-2009 et 2011-2013 : de 15,6% à 22,1% pour l'Algérie, de 7 à 10,5% pour l'Egypte, de 8,9 à 12,9% pour le Maroc et de 19,7 à 24% pour la Tunisie. Le reste des données est meilleur, ces pays étant eux aussi entrés dans un cercle vertueux de développement. Certes, elles se sont peut-être dégradées depuis en Egypte et en Tunisie et pour les mêmes raisons politiques. Mais on voit qu'au début, la déstabilisation des "Printemps arabes" n'avaient affecté qu'à la marge, celle du déficit public, les économies concernées. Les échecs à l'origine de l'éviction des Islamistes étaient bien dus à une mauvaise gouvernance...

     

    Le problème du manque de devises

    On voit bien dans le tableau 2 que le seul hiatus dans la dette africaine est l'insuffisance des exportations par rapport à la croissance interne : cette croissance nécessite fatalement des importations coûteuses en biens d'équipement, le continent n'en produisant pratiquement pas. Et hors les pays pétroliers rémunérés en dollars, les sources de devises internationales sont insuffisantes, même au Nigeria où la très forte croissance excède les capacités en devises de la balance des paiements. Deux solutions existent à court terme : contrôler les importations pour privilégier les machines-outils sur les grosses voitures d'abord. Mais la mondialisation s'y oppose. N'acheter alors qu'aux pays acceptant de réinvestir sur place une partie des paiements -donc en monnaie locale. Mais c'est contraire aussi aux règles de la mondialisation. Des gouvernants un peu malins doivent pouvoir jouer secrètement sur les deux tableaux : qu'ils se souviennent de Poitiers et d'Edith Cresson...

     

    1-      La dette extérieure africaine à fin 2013 (en millions de dollars)

    Source : Banque mondiale, statistiques 2015

    Pays

    Stock de la dette 2011-2013

    % RNB

    % des exports

    Afrique du sud

    133612

    36

    110

    Algérie

    5590

    3

    7

    Angola

    21136

    21

    30

    Bénin

    2096

    27

    105

    Botswana

    2438

    17

    34

    Burkina Faso

    2458

    23

    76

    Burundi

    651

    26

    272

    Cameroun

    3928

    15

    50

    Cap Vert

    1257

    70

    153

    Comores

    225

    37

    269

    Congo  Brazzaville

    2973

    27

    nc

    Congo Kinshasa

    5734

    23

    56

    Côte d'Ivoire

    10930

    43

    89

    Djibouti

    805

    nc

    167

    Egypte

    39859

    16

    78

    Erythrée

    998

    34

    nc

    Ethiopie

    10541

    26

    161

    Gabon

    3328

    20

    nc

    Gambie

    504

    57

    149

    Ghana

    13227

    32

    82

    Guinée

    1811

    37

    106

    Guinée Bissau

    280

    32

    137

    Guinée Equatoriale

    0

    0

    0

    Kenya

    11776

    30

    110

    Lesotho

    848

    30

    51

    Libéria

    492

    31

    55

    Libye

    nc

    nc

    nc

    Madagascar

    2838

    29

    141

    Malawi

    1360

    33

    84

    Mali

    3137

    31

    55

    Maroc

    34326

    35

    104

    Maurice

    10238

    88

    133

    Mauritanie

    3263

    84

    109

    Mozambique

    5286

    37

    108

    Namibie

    nc

    nc

    nc

    Niger

    2404

    35

    157

    Nigeria

    10938

    3

    11

    Ouganda

    3800

    21

    78

    RCA

    558

    29

    nc

    Rwanda

    1354

    20

    127

    Sao Tome & Principe

    216

    80

    597

    Sénégal

    4817

    34

    110

    Seychelles

    2172

    201

    218

    Sierra Leone

    1190

    33

    113

    Somalie

    3054

    nc

    nc

    Soudan

    21785

    40

    298

    Soudan du Sud

    nc

    nc

    nc

    Swaziland

    533

    14

    23

    Tanzanie

    11515

    41

    138

    Tchad

    2182

    18

    nc

    Togo

    762

    22

    30

    Tunisie

    24577

    55

    108

    Zambie

    5308

    27

    53

    Zimbabwe

    8052

    73

    nc

    Total Afrique

    443165

    22

    71

     

     

    2-      Classement des pays africains les plus endettés (en % du Revenu National Brut)

    Source : déclinaison du tableau 1

    Pays

    % RNB

    % des exports

    Seychelles

    201

    218

    Maurice

    88

    133

    Mauritanie

    84

    109

    Sao Tome & Principe

    80

    597

    Zimbabwe

    73

    nc

    Cap Vert

    70

    153

    Gambie

    57

    149

    Tunisie

    55

    108

    Côte d'Ivoire

    43

    89

    Tanzanie

    41

    138

    Soudan

    40

    298

    Comores

    37

    269

    Guinée

    37

    106

    Mozambique

    37

    108

    Afrique du sud

    36

    110

    Maroc

    35

    104

    Niger

    35

    157

    Erythrée

    34

    nc

    Sénégal

    34

    110

    Malawi

    33

    84

    Sierra Leone

    33

    113

    Ghana

    32

    82

    Guinée Bissau

    32

    137

    Libéria

    31

    55

    Mali

    31

    55

    Kenya

    30

    110

    Lesotho

    30

    51

    Madagascar

    29

    141

    RCA

    29

    nc

    Bénin

    27

    105

    Congo  Brazzaville

    27

    nc

    Zambie

    27

    53

    Burundi

    26

    272

    Ethiopie

    26

    161

    Burkina Faso

    23

    76

    Congo Kinshasa

    23

    56

    Togo

    22

    30

    Angola

    21

    30

    Ouganda

    21

    78

    Gabon

    20

    nc

    Rwanda

    20

    127

    Tchad

    18

    nc

    Botswana

    17

    34

    Egypte

    16

    78

    Cameroun

    15

    50

    Swaziland

    14

    23

    Algérie

    3

    7

    Nigeria

    3

    11

    Guinée Equatoriale

    0

    0

    Total Afrique

    22

    71

     

    3-      Les pays africains à risque selon le Fonds monétaire international (2015)

    Risque faible

    Risque modéré

    Risque élevé

    Surendettement

    Bénin

    Angola

    Burundi

    Soudan

    Ethiopie

    Burkina Faso

    Djibouti

    Zimbabwe

    Kenya

    Cap Vert

    Ghana

     

    Liberia

    Cameroun

    Mauritanie

     

    Madagascar

    Comores

    RCA

     

    Nigeria

    Congo

    Sao Tome & Principe

     

    Ouganda

    Côte d'Ivoire

    Tchad

     

    Rwanda

    Gambie

       

    Sénégal

    Guinée

       

    Tanzanie

    Guinée Bissau

       
     

    Lesotho

       
     

    Malawi

       
     

    Mali

       
     

    Mozambique

       
     

    Niger

       
     

    Congo Kinshasa

       
     

    Sierre Leone

       
     

    Soudan du sud

       
     

    Togo

       
     

    Zambie

       

     


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  • Ci-après un texte d'Agora (conseils boursiers en ligne) sur les nouvelles armes contre les microbes, sachant que les bactéries les plus méchantes deviennent résistantes aux principaux antibiotiques. Eux voient le marché, donc les investissements. Voyez surtout ce que nos laboratoires recherchent, avec une mention spéciale pour feux les Soviétiques qui ont légué aux Russes leurs recherches sur les virus bactériophages...
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    Allo ? Je ne vous entends plus... Une nouvelle arme contre la résistance bactérienne
    Cécile Chevré
     
    Si vous êtes un lecteur régulier de la Quotidienne, vous savez déjà que parmi les grands risques qui menacent notre survie (oui, rien que cela !), il y a les bactéries. Ou plutôt celles qui développent une résistance à ce qui était jusqu'à présent notre principale arme contre elles : les antibiotiques.
     
    Quelques chiffres pour vous remettre en tête les enjeux : d'ici 2050, la résistance grandissante des bactéries à ces traitements devrait causer 10 millions de morts. Ce qui fera des bactéries un tueur en série plus dangereux que le cancer.
     
    L'alerte (mondiale) a été lancée à plusieurs reprises, par des Etats comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni, mais aussi par l'OMS ou l'ONU.
     
    Face à la menace, bien réelle, faut-il encore le rappeler, plusieurs voies sont explorées. Première d'entre elles, la découverte de nouveaux antibiotiques. Encouragés par les Etats, les laboratoires pharmaceutiques, après des années de déshérence, ont enfin repris le chemin de la recherche et des essais cliniques.
     
    Pour quels effets ? Une des valeurs recommandées par Ray Blanco dans NewTech Insider attend avec impatience la décision de la FDA, l'agence américaine chargée de l'autorisation des médicaments, quant à un nouvel antibiotique. Cette décision est prévue pour début novembre 2016. Si ce nouvel antibiotique est autorisé, nous disposerons d'un nouveau traitement de réserve contre certaines formes extrêmement résistantes de pneumonie.
    [NDLR : Vous avez jusqu'à fin octobre pour acheter la biotech qui détient ce si prometteur antibiotique. Si la FDA donne son accord, son cours va s'envoler. Et vous pourriez en profiter ! Alors rendez-vous dans NewTech Insider !]
     
    Une autre voie possible contre la résistance bactérienne est celle des virus bactériophages. La nourriture préférée de ces virus ? Les bactéries. Cette forme de thérapie s'est développée dans les pays de l'ex-bloc soviétique mais a encore du mal à convaincre en Occident. Dommage car ces virus sont extrêmement prometteurs. Heureusement, comme je vous le disais dans une précédente Quotidienne, des chercheurs s'intéressent de nouveau à cette thérapie venue de l'Est. Un essai clinique est en cours en Europe, mené par le projet Phagoburn.
     
    Tout récemment, en écoutant un documentaire de France Culture consacré à la microbiologiste française Pascale Cossart (je vous le conseille vraiment !), j'ai découvert une autre arme possible contre les bactéries : le brouillage de leur communication.
     
    Des bactéries extrêmement bavardes
    Oui, cher lecteur, les bactéries communiquent. Etonné ? C'est normal car le phénomène, appelé quorum sensing, n'a été découvert que dans les années 2000 et réserve manifestement encore beaucoup de surprises.
     
    Les bactéries sont donc "bavardes" et, tout comme nous, utilisent plusieurs moyens de communication. Le plus ancien – et le mieux connu – est le recours à de petites molécules chimiques, appelées auto-inducteurs. Ces auto-inducteurs sont souvent comparés aux phéromones échangées par les animaux (dont nous faisons partie). Ces messages peuvent aussi bien être échangés entre bactéries de la même espèce qu'avec des bactéries d'une autre espèce.
     
    Une autre forme de communication a été découverte en 2015 par des biologistes de l'université de San-Diego en Californie (la découverte a été publiée dans Nature) : les bactéries sont capables, comme nos neurones, de communiquer via impulsions électriques.
     
    Autre voie de communication possible au niveau bactérien : la création de tuyaux. En 2011, des chercheurs de l'université hébraïque de Jérusalem ont découvert que certaines bactéries créaient un minuscule réseau organique (des tuyaux) entre elles, ce qui leur permettait de communiquer plus directement.
     
    Pourquoi communiquer ?
    Mais au fait, pourquoi les bactéries communiquent-elles ? A quoi ce "don" leur sert-il ?
     
    Tout d'abord à se repérer entre elles. Les auto-inducteurs servent, en quelque sorte, de bannière de rassemblement. Et c'est très important en ce qui nous concerne, j'y reviens dans un instant. La communication leur sert aussi à s'adapter à leur environnement en activant ou désactivant certains gènes. Enfin, les bactéries peuvent échanger entre elles des bouts d'ADN, une forme d'apprentissage.
     
    La découverte de ces moyens de communications nous en apprend plus sur le fonctionnement des bactéries mais aussi comment les combattre – et c'est ce qui nous intéresse dans la lutte contre la résistance bactérienne aux antibiotiques.
     
    Nouvelles pistes contre les bactéries et leur résistance
    Je vous disais que les bactéries communiquaient pour se repérer entre elles. C'est extrêmement important car la plupart des bactéries ne deviennent pathogènes – et donc dangereuses pour nous – que quand elles sont suffisamment nombreuses.
     
    Pour résumer, un soldat-bactérie n'a aucune chance contre notre système immunitaire ; la bactérie sera impitoyablement détruite. Par contre, une armée de millions voire de milliards de bactéries pourra, elle, déclencher une attaque de grande ampleur et qui aura des chances de réussir en débordant les capacités de notre système immunitaire.
     
    C'est une première piste contre les infections bactériennes. En bloquant soit les émetteurs d'auto-inducteurs soit les récepteurs situés à la surface des bactéries, nous pourrions empêcher les bactéries de passer leurs rangs en revue, et de passer à l'attaque.
     
    Mettre un terme à ce bavardage bactérien pourrait aussi être une solution contre la création de biofilms. Certaines espèces de bactéries sont capables de sécréter un "ciment" qui les lie entre elles, et les protègent non seulement de la réaction immunitaire de leur hôte mais aussi des antibiotiques. Là encore, les bactéries ne sécrètent ce "film", dit matrice, que quand elles sont en nombre suffisant. Et là encore, bloquer les mécanismes du quorum sensing pourrait empêcher le développement de biofilms et améliorer notre chance de lutte contre les bactéries pathogènes.
     
    Mais les espoirs de la recherche ne s'arrêtent pas là. Les bactéries ne font pas que se repérer entre elles : elles échangent d'autres informations ainsi que des bouts d'ADN. Les chercheurs ont découvert que ces échanges étaient un des piliers du développement de la résistance bactérienne aux antibiotiques. Les bactéries qui vivent en communauté développent en effet plus rapidement des capacités de résistance. D'où l'importance de bloquer ces échanges.
     
    Qu'est-ce que cela signifie pour vous ?
    Nouveau champ d'exploration et de recherche, la communication bactérienne est encore très loin d'être parfaitement comprise... mais suscite un intérêt grandissant au sein de la communauté scientifique. Cela se comprend : en bloquant le quorum sensing, nous pourrions empêcher les bactéries de devenir virulentes mais aussi de limiter la résistance aux antibiotiques.
     
    Reste que les recherches sur le sujet sont encore cantonnées au domaine préclinique : aucun traitement reposant sur l'inhibition du quorum sensing ne sera donc autorisé avant plusieurs années.
     
    A suivre donc (dans la Quotidienne et dans NewTech Insider) car c'est une nouvelle arme contre la résistance bactérienne qui est maintenant à notre portée.

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  • Un Monde qui change totalement

     

    Que vous soyez jeunes ou vieux, vous vivez une période de bouleversements dont peu de gens ont conscience. Imaginez par exemple que la voiture, emblème du monde moderne, est à peine centenaire. En un tout petit peu plus d'un siècle, nous avons vu sa généralisation et la féminisation de sa conduite (le dernier bastion du mâle dominant en la matière est l'Arabie Saoudite) Nous avons vu l'avènement de l'informatique et de la télématique, la révolutions des télécommunication, l'explosion des transports rapides de masse, la découverte du système solaire...

    Dans le domaine politique, nous avons vu l'avènement de deux superpuissances, la défaite de l'URSS, la montée en puissance de la Chine puis des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), le début de l'effondrement occidental. Nous avons vu la montée du socialisme, y compris en Occident (l'Etat Providence) puis son reflux derrière la contre offensive ultra libérale ouvrant la voie à la mondialisation. Puis son reflux actuels, en cours, du fait de ses conséquences culturelles et sociales terriblement appauvrissantes...

    Dans le domaine culturel, nous avons vu l'arrivée de la radio puis de la télévision, puis des "bouquets" de programme, puis des chaînes spécialisées, puis des fournisseurs de musique et d'images. Nous avons vu le reflux terrible de la presse écrite puis des grandes messes télévisées au profit d'un nouveau venu, Internet, bien moins contrôlable. Nous avons vu la mort du roman d'auteur face aux romans policiers et aux romans de gare, l'intrusion du commercial jusque dans les plus petits interstices de l'écriture, de la photo, de la caméra. Le "buzz" a succédé au talent, le tout fric s'est confortablement installé sur les tentacules de la "société de consommation"...

    Dans le domaine enfin des libertés publiques, nous avons vu l'envol de la démocratie, les dirigeants politiques malmenés par les scandales, le bipartisme s'installer durablement. Et puis certains d'entre nous ont compris qu'insidieusement, les multinationales et les banques s'emparaient du vrai pouvoir au travers des médias dont elles prenaient le contrôle, des lobbys de plus en plus puissants, jusqu'à conseiller directement les politiques sur la politique à suivre. Et finalement, nous avons vu la plus terrible des ploutocraties s'instaurer sur la totalité de la planète.

    Tout cela entre le début du 20e siècle et aujourd'hui, 120 années au plus. Pour pouvoir comparer avec le passé, il faut se souvenir qu'il fallut des millions d'années avant de voir l'homme singe devenir homo sapiens puis se fixer en cultivateur. Il fallut encore des centaines de milliers d'années pour le voir utiliser des outils en fer puis rationaliser la production avec des techniques comme la sélection des semences ou l'irrigation. La rareté des produits créait les différenciations sociales et les inégalités. Un monde ancien qui vola en éclat en moins de deux siècles...

    Et bien cette révolution est elle-même en voie d'exploser devant une nouvelle et bien plus importante révolution, ses codes vont disparaître encore plus vite qu'on disparu les codes des "anciens régimes" Le premier point a venir n'est pas technologique mais sociologique : ce qu'apporte en fait l'abondance, c'est l'inanité des richesses. Pourquoi vouloir accumuler de l'argent dans un monde où tout le monde peut avoir tout ?! Bien sûr, nous n'en sommes pas encore là et le rêve de devenir milliardaire est encore prégnant partout. Il n'a cependant qu'un intérêt réel limité, celui d'accroître plus que sensiblement la sécurité économique des impétrants. Mais, diront certains, le monde entier ne connaît pas l'abondance et au sein même des pays riches, il y a des gens très pauvres. Je renvois ces sceptiques d'une part au différentiel actuel de croissance entre les pays riches et les pays pauvres, ces derniers nous rattrapant à une vitesse que nos parents mêmes croyaient impossible dans les années 1950. Et d'autre part, aux réflexions actuelles sur le revenu universel, réflexions menées non à gauche mais à droite de l'échiquier politique occidental : les capitalistes ne savent plus comment pérenniser leur système et envisagent une petite gratuité pour maintenir les différenciations sociales.

    Ils n'y arriveront pas car se profile la robotisation intelligente, le robot plus l'intelligence artificielle. La progression des deux techniques couplées est vertigineuse : on parlait d'intelligence artificielle dans les revues scientifiques spécialisées il y a à peine 10 ans. Et aujourd'hui sont commercialisées les premières applications, dans le domaine militaire d'abord et comme d'habitude (les missiles dits "de croisière" en premier lieu) Puis dans le domaine civil avec l'avènement très prochain des véhicules automobiles sans conducteur. Et sans doute des avions : les compagnies réfléchissent très sérieusement à la question compte tenu et du fait que les pilotes coûtent cher, et que les accidents sont majoritairement des défaillances humaines. Il ne faut pas se voiler la face, le robot intelligent va déferler sur nos économies. Et en révolutionner les ressorts : dans un premier temps, les besoins des entreprises vont se tourner vers la programmation . Puis les robots sauront se programmer eux-mêmes... Il faut lire Isaac Asimov ou d'autres grands auteurs de science-fiction pour imaginer la suite, elle est à la fois terrifiante (voir le cas du Japon, vieillissant et se robotisant à toute allure) et exaltante : l'homme délivré du travail !

    Et ne touchant donc plus de salaire à une échéance assez rapide, la fin du 21e siècle peut-être ? Toutes les théories économiques en vogue s'effondrent, le socialisme revient en force, ne peut que revenir en force. Ce que nous avons connu en 120 ans n'est rien par rapport à ce que nous allons connaître dans les décennies à venir. Auparavant, nous verrons toutefois la poursuite des grandes tendances actuelles, à commencer par l'effondrement de l'empire occidentale. Il va s'effondrer parce qu'il n'a pas prévu les changements auxquels il n'a répondu que par les armes et l'enrichissement des plus riches. Songez qu'en remplaçant les augmentations de salaire par le crédit pour maintenir un haut niveau de consommation interne, il a perdu ce qui faisait sa force : un haut niveau d'épargne des ménages permettant, sans endettement, le recyclage de cet argent en prêts à long terme aux entreprises. Aujourd'hui cohabitent monstrueusement un endettement colossal tant public que privé, des taux d'intérêt nuls voir négatifs pour empêcher l'effondrement des marchés intérieurs et des investissements atones. Ca ne peut que s'effondrer d'autant que les banques se sont lancées dans des activités spéculatives au delà du raisonnable : l'argent fourni par les banques centrales aux banques pour leur éviter la chute est allée prioritairement et en prêts de cavalerie aux Etats surendettés (ce qui équivaut à des actifs pourris), et à la spéculation. La Deutsche Bank à ainsi accumulé plus d'actifs spéculatifs (donc dangereux) que le PIB du pays ! La seule Deutsche Bank...

    J'ai déjà écrit un scénario sur la suite de l'effondrement aussi n'y reviens-je pas : montée puis descente de la Chine (à cause de sa bombe démographique, l'interdiction du 2e enfant des décennies durant), la montée de l'Inde puis de l'Afrique... Ce qu'il faut voir en sus est que l'Amérique n'aura finalement régné seule qu'une trentaine d'année. Elle n'est déjà plus toute puissante militairement, Russes et Chinois ayant rattrapé finalement très vite leur retard en ce domaine. Ce, parce que les Occidentaux ont investi pour enrichir les lobbys industriels militaires alors que Russes et Chinois investissaient pour rattraper la puissance militaire américaine. Ils disposent aujourd'hui de troupes et d'équipements au top alors que les Occidentaux ont des gadgets très sophistiqués : des drones, des bombes "intelligentes", des robots démineurs, etc. Compte tenu de l'argent investi de part et d'autre, on peut dire assurément que les Occidentaux se sont fait escroquer par leurs fournisseurs ! Ou alors qu'ils ont eu les généraux les plus mauvais de leur histoire...

    Révolution stratégique donc qui ne pourra qu'amener une plus grande concertation dans le Monde. Hier, les Occidentaux dictaient leur loi. Aujourd'hui, leurs désidératas sont de moins en moins pris en considération. Le franc CFA par exemple n'a plus qu'une ou deux décennies au plus a vivre alors qu'hier seulement, la France apportait le chaos en Libye pour le protéger contre les vues de Kadhafi. De même la CPI, cette cour de Justice internationale des Occidentaux, vit-elle probablement et également ses dernières décennies. . La Banque Mondiale ne sert plus à grand chose, le FMI s'est vu obligé d'inclure le yuan dans le panier de devises de ses DTS (droits de tirage spéciaux) Qui eux-mêmes vont progressivement remplacer le dollar comme monnaie internationale. Etc., le reflux des "Blancs" est total, ouvrant la porte à de vraies négociations entre partenaires nettement moins impérialistes. C'est à cet égard qu'on peut considérer le conflit du Moyen Orient comme chant du signe impérialiste des Occidentaux : ils y menaient un jeu schizophrénique, soutenant une rébellion sunnite qu'ils avaient créée tout en la combattant. Ils organisaient en fait le chaos en espérant pouvoir ainsi prolonger militairement leur empire vaincu économiquement. Puis les Russes sont arrivés... Leur crispation actuelle montre bien l'enjeu de ce conflit, dépassant très largement l'opposition religieuses locale même attisée par les impérialismes régionaux (Turquie, qui a jeté l'éponge contre la fin d'un pays kurde à ses frontière ; Arabie Saoudite et Iran)

    D'autres éléments vont bouleverser nos vies. Les écologistes diront que le réchauffement planétaire va détruire l'humanité. Je ne le crois pas : dès que nous saurons qu'il vaut mieux nous adapter que combattre ce réchauffement contre lequel nous ne pouvons pas grand chose (nous sortons quand même d'une longue période glaciaire, l'homme de Neandertal, c'était hier), nous le ferons. Les cris d'orfraie des écologistes nous empêchent seulement de réfléchir sainement et scientifiquement. Ils n'aiment pas les humains en fait et bon nombre d'entre eux aimeraient une belle et grande catastrophe permettant d'en réduire drastiquement le nombre. Ils sont en définitive plus nuisibles qu'utiles à l'adaptation des hommes aux nouvelles donnes environnementales. Et je gage que, demain, l'écologie dite politique, disparaîtra de ces donnes : comme je l'écrivais dès les années 1980, l'écologie est une chose trop sérieuse pour être confiée à des écologistes ! Il faut des données scientifiques sures et prouvées pour agir intelligemment et non par simple réaction à la vue d'un documentaire catastrophe. Il faut mobiliser des fonds, donc convaincre autrement les financiers et les contribuables. Et, partout, ce sont de vrais politiciens, dont c'est le boulot, qui le font...

    Ce qui me fait penser que nous ne sommes malheureusement pas encore sorti de l'ère de la communication complètement folle que nous vivons aujourd'hui. Et donc pas de cette démocratie en trompe l'œil que les riches ont inventé pour imposer leur mondialisation destructrice de cultures et de valeurs. Les multinationales et les banques continueront, de plus en plus robotisées, à mener leur barque sur nos vies. Mais de moins en moins occidentales : celles de demain seront de plus en plus basanées. Auront-elles la même absence de vraies valeurs, la même idée fixe vis-à-vis de l'argent ? Nos arrières petits enfants verront peut-être leur transformation finale en simples unités robotisées au service de l'homme débarrassé du travail ?

    Peut-être. Mais il faudra alors une évolution assez phénoménale du dit homme pour éviter sa disparition au sein de sociétés mourantes démographiquement et culturellement. Pour l'instant, nos médias ne bruissent que d'immortalité individuelle alors que personne ne se pose la question de la mortalité des sociétés. L'homme est encore un animal social et il disparaîtrait sans société vivante. Personne ne s'intéresse plus à la mortalité des empires et à leurs causes. Sait-on encore que la civilisation romaine fut vaincue par l'esclavage, le dédain des élites pour le travail : qui voulut défendre l'empire contre les Barbares ? Sait-on que Byzance fut plus vaincue par son élitisme agraire, aucun paysan ne venant grossir les rangs de ses troupes contre l'Islam, que par les guerriers de cet Islam? Les civilisations détruites ont emporté avec elles jusqu'au dernier des individus qui les faisaient vivre...

    Le vrai défi des hommes de demain sera donc de continuer à vouloir vivre en société. Certes, la télématique moderne les relie bien au delà des frontières naturelles de jadis. Mais elle les habitue aussi à vivre en dehors de leur environnement. Lequel sera peuplé aussi d'androïdes : ce pourquoi de grands savant comme Hawkins redoutent la robotisation à intelligence artificielle. Relisez ou lisez les grands auteurs de science-fiction, ils ont su mieux que quiconque alerter sur les dangers de la "science sans conscience" Qui n'est plus ici la science sans morale, sans esthétisme, mais la technologie sans humanité...

     

     


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  • Massification

     

    Aristote, Averroès, Galilée, Newton, Pasteur, Edison... L'histoire de la science est peuplée d'individus surdoués dont les découvertes ont révolutionné le monde par à-coups. Mais aujourd'hui ? Qui a révolutionné les télécommunications ? Steve Jobs avec son I phone vous diront les Américains. En oubliant qu'avant le smartphone exista en France le "Be bop" et qu'avant Internet exista, toujours en France, le Minitel. Alors l'ordinateur ? Et les Américains avanceront encore l'un des leurs, mais une entreprise cette fois-ci, IBM. En omettant les Allemands qui utilisèrent des machines à crypter pendant la guerre ou les Chinois dont les bouliers sont à l'origine du langage binaire de la programmation informatique. Et là, il n'y a plus un individu génial mais des populations. Alors les robots qui s'apprêtent à bouleverser et nos économies et nos modes de vie ? Mais qui se souvient de l'inventeur d'un tout premier robot ? Dès le 17e siècle des hommes mirent au point des "hommes machines" capables de sidérer leurs contemporains. Et ils n'étaient que mécaniques... Souvenez-vous qu'ici, ce sont les japonais qui firent baisser les prix des robots industriels et permirent aux industriels, notamment automobiles, de vider leurs usines de leurs ouvriers. A présent que l'humanité progresse en matière d'intelligence artificielle, l'ère des androïdes si chère à nos science-fictionnistes approche à grand pas. Mais, là encore, pouvez-vous citer le nom du premier scientifique qui débroussailla le champ de l'intelligence des machines ?

    Non, bien sur et on voit bien que les progrès technologiques sont aujourd'hui non plus le fait d'individus mais celui d'équipes de chercheurs tandis que jamais l'argent n'a joué un aussi grand rôle dans le résultat de leurs recherches. Un exemple permet de voir le rôle et du nombre, et de l'argent, dans la recherche moderne : il y a une vingtaine d'année, les Américains se lancèrent dans le déchiffrement du génome humain, étape indispensable à la mise au point de thérapies dites "géniques".  Ils dépensèrent une somme globale de 10 milliards de dollars confiés à quelques instituts chargés d'alimenter un énorme ordinateur. Pendant ce temps, en France, une petite association de parents d'enfants frappés de maladies dites "orphelines" (en trop petit nombre pour intéresser les laboratoires), L'Association française contre les myopathies (AFM), organisa des téléthons annuels, sorte de quêtes nationales ou locales, dans le but avoué de déchiffrer le dit génome humain. L'équipe financée par l'AFM eut l'idée de relier entre eux de multiples ordinateurs individuels de façon à multiplier les centres de recherches. Et cela fonctionna : avec moins de 2 milliards de dollars, ce système mettant de très nombreux chercheurs en relation, déchiffra le génome humain bien avant les Américains. L'AFM divulgua gratuitement la découverte des chercheurs afin d'accélérer les découvertes en matière de thérapies géniques et donc d'espoir de guérison de ses membres. Les laboratoires se jetèrent sur ces enseignements gratuits comme des bêtes mais ne sortirent de remèdes aux maladies orphelines qu'au compte gouttes. On voit donc que notre avenir est à la fois dessiné par le nombre et les moyens financiers mais freiné par les mêmes moyens financiers : il faut de l'argent pour trouver mais l'argent peut empêcher et empêche de fait de trouver.

    Autre exemple, celui de l'Education nationale française, terriblement élitiste : les diplômes et eux seuls formatent l'avenir des petits Français. C'était valable quand il n'y avait que quelques petites centaines de milliers de candidats au baccalauréat et quelques dizaines de milliers d'élèves dans les cycles supérieurs. Le gros de la population était encore d'essence rurale et les grandes écoles françaises étaient considérées comme excellentes. Puis le nombre d'enfants arrivant au baccalauréat s'est accru de façon considérable. Les écoles secondaires et les universités se sont remplies au delà de leur capacité d'absorption. Le système a explosé. Dès les années 1990, l'Etat a dû abaisser en urgence le niveau des concours pour éviter de lâcher dans la nature des centaines de milliers de jeunes sans diplôme (ce sont les fameux 80% de réussite au bac de Jospin) Et rien n'a été fait depuis pour redresser la situation : l'aide aux élèves en difficulté ? Trop cher. L'Etat a cherché, cherché, multiplié les réformes sans que cela produise d'effet notable. On a presque tout tenté, la réduction des programmes (mais très mal), l'allongement de la durée de travail (retour du mercredi travaillé, une semaine de grandes vacances en moins), plus de liberté donné aux établissements d'enseignement (dans les universités), encore plus de facilité dans les examens (c'est la réforme actuelle)... Rien n'y a fait et rien n'y fera, le système continue à fabriquer en nombre croissant des exclus qui deviennent vite des ennemis de la société quand ils ne sombrent pas dans la drogue.  

    C'est qu'il est archaïque le système, encore et toujours fondé sur le repérage des élites. Or notre monde moderne est beaucoup trop peuplé pour se contenter de quelques élites. C'est la masse qui doit monter pour répondre "massivement" à ses propres besoins. On l'a vu avec la science, mais c'est le même phénomène en politique où l'incompétence des individus, aussi doués soient-ils, est aujourd'hui plus que manifeste. C'est le même phénomène en économie où l'arrogance de quelques PDG médiatiques se parant du travail de milliers de "collaborateurs" pour voler une part dingue de la masse salariale devient insupportable. C'est le même phénomène dans les médias où les diktats de "vedettes" n'arrivent absolument pas à remplacer le travail des centaines de petites mains dégraissées pour cause d'effondrement des ventes et des audiences. Partout les élites ont mis les leurs en pensant que ça irait mieux, partout ça continue à craquer.

    Aucune élite ne pense d'ailleurs qu'en ramenant sa propre rémunération à un niveau raisonnable, cela permettrait de recruter quelques unes des petites mains perdues pour relancer et la production, et la consommation. Non, on voit plutôt des actes fous comme le rapprochement du cimentier Lafarge avec le cimentier Hatocim pour faire croire aux actionnaires que les deux groupes, qui tous les deux perdent d'énormes parts de marché un peu partout, seront tout à coup régénérés par leur regroupement. On voit Apple, tellement attaqué par les Coréens et les Chinois que ses dirigeants sont hagards, dépenser des milliards en communication plutôt que de recruter, là encore, plus de chercheurs pour trouver de réelles innovations et non ses minables séries croissantes que la concurrence finit même par ignorer ! Plus généralement et face à l'offensive économique chinoise, fondée sur d'énormes séries et des prix très bas, on voit l'économie occidentale, particulièrement européenne, se spécialiser dans le "haut de gamme".

    Or ce haut de gamme n'a pas d'avenir. Déjà ma grand-mère s'étonnait, voici 50 ans, que "même les concierges ont une voiture" Aujourd'hui, les smicards ont un smartphone et un ordinateur ! Dès aujourd'hui, avoir beaucoup d'argent n'a plus d'intérêt sinon de pouvoir crâner avec une plus grosse maison, une plus grosse bagnole, des voyages plus nombreux et en 1ère classe... La masse occidentale a accès à tous -et je dis bien à "tous"- les biens de consommation. Sous les Romains, seuls certains pouvaient monter à cheval, séparation sociale reproduite au Moyen Age. Tous ne mangeait pas la même chose, ne s'habillait pas de la même façon. Mais nous ne sommes plus au Moyen Age et l'argent n'est roi que parce que nous le voulons bien. C'est le mythe du milliardaire qui sommeille en nous.

    Et qui nous empêche de penser le monde "massivement", de la pointe d'Armorique à la frontière ouest de l'Allemagne et de Nice à Lille en passant par les pôles. Contre notre volonté, c'est cette masse mondiale qui a décidé de nous rattraper. Et qui aujourd'hui, vit en dehors de nous tout en nous faisant vivre : la Chine n'a plus besoin de nous que comme client et encore : nos marchés sont des marchés de renouvellement, pas des marchés d'équipement. Nous sommes économiquement en train d'être viré d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine tandis que les "basanés" achètent de plus en plus nos usines et nos terroirs. C'est ça le déclin de l'Occident, bien réel et ultra rapide. Caché, certes, par la puissance de nos armes mais pour combien de temps encore ? Car nous avons de moins en moins de quoi les financer : nos Etats sont tellement endettés qu'ils rognent partout et de plus en plus pour éviter la banqueroute. Ils ne vivent d'ailleurs déjà plus que de cavalerie, obligés d'emprunter pour rembourser...

    Que feront demain nos milliardaires quand, robotisées, les activités humaines ne généreront plus de salaires ? Que deviendront les grosses cylindrées, les avions privés, les grandes propriétés ? Que feront, au chômage, nos cadres supérieurs mondialisés d'aujourd'hui ? Regarderont-ils toujours avec dédain la "piétaille" s'organiser en émeutiers, venir demander la tête des élites qui les ont amenés jusqu'au tréfonds du déclin ?! Qui, face à l'émergence des milliards d'êtres dits sous-développés, ne surent que prôner l'hyper élitisme par l'argent.  Qui face à des défis économiques et sociaux ne surent que remplir les poches avides de leurs lobbys militaro industriels. Nous avons déjà suffisamment de recul pour appréhender leurs monumentales erreurs et de jugement, et d'avidité. L'ultra libéralisme mondialisé quand on est moins concurrentiel est stupide. La destruction de ses marchés intérieurs, par élitisme de l'argent, quand on perd ses marchés extérieurs, est crétin. La focalisation sur la confrontation par les armes quand on est en compétition économique est carrément con. Nous allons donc mourir et le devrons à nos élites.

    Elles ont même osé ringardiser le seul regard un peu moderne que nous avions sur le monde, celui de siècles de luttes sociales qui nous faisaient voir l'évolution sous un angle de rapports sociaux et non d'argent. Plus personne n'ose encore parler de socialisme alors que la robotisation pose un défi majeur que seule cette approche peut surmonter : imaginez ne serait-ce que les vélo lib et auto lib en nombre dans toutes nos villes. Voyez Ikea qui a d'ores et déjà envoyé quasiment à la poubelle le mobilier de luxe. Les antiquités ne valent plus rien dans ce domaine tandis que tout le monde peut avoir aujourd'hui un canapé, un lit, une table basse, un téléviseur, des machines domestiques en tous genres. Le socialisme avance masqué sous les dorures des grandes entreprises. Qui tomberont quand l'heure des robots sera venue : il ne restera alors que le socialisme...

     

    Et un socialisme sans élite, le contraire du communisme stalinien. Mais pour cela, il faut tout repenser, de la manière de répartir les fruits de la production robotisée à nos organisations politiques nationales et locales. De la manière d'enseigner et du contenu de l'enseignement, probablement en continu de la maternelle à la mort. De nos objectifs de vie, de nos rapports au sacré, de nos rapport au cosmos... C'est vraiment un autre monde qui est déjà là et par rapport auquel notre élitisme fou est totalement dépassé. Nous n'avons pas le costume de ce monde...


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  • Le passeport africain unique : mythe ou réalité ?

     

    Les chefs d’Etat africains ont décidé de créer un passeport unique pour tous les Africains lors du dernier sommet de l’Union Africaine en juillet dernier à Kigali. Dans un premier temps, ce passeport ne serait que diplomatique, c’est-à-dire réservé aux dirigeants des Etats africains ainsi qu’à leurs représentants diplomatiques. L’unité du continent africain, vieux rêve de ses intellectuels, n’est-elle donc pas qu’une chimère et ses enfants ont-ils réellement une chance de la voir réalisée de leur vivant ? Car le corollaire d’un passeport unique pour tous les Africains est bien évidemment la suppression des frontières africaines pour les heureux possesseurs de ce passeport.

    Voyons donc si les conditions peuvent être réunies, rapidement ou non. Le premier point qui vient en tête est la division du continent en sous-ensembles historiques et linguistiques. Et sans doute la fameuse distinction coloniale entre Afrique anglophone, francophone et autres langues européennes (essentiellement le portugais et l’espagnol) n’a-t-elle plus aujourd’hui le même poids qu’hier. Certes, les anciens colonisateurs continuent à peser sur le devenir de leurs toujours féaux, au moins en Afrique francophone. La « France Afrique » n’est pas une vue de l’esprit de même que l’ingérence des Anglo-Saxons dans toute l’Afrique. Les Etats Unis ont ainsi beaucoup plus pesé sur la politique africaine au cours des dernières décennies que la France dans son « pré carré » Mais les Occidentaux ont laissé d’autres « crocodiles » se joindre à eux dans le marigot : la Chine, devenue ainsi le premier investisseur étranger sur le continent, mais aussi l’ensemble des pays du Sud avec lesquels l’Afrique commerce aujourd’hui plus qu’avec les pays du Nord. Cette présence économique amoindrit incontestablement la position des « Blancs » d’autant que leurs comptoirs emploient aujourd’hui plus de cadres locaux qu’expatriés : moins de présence physique, moins d’affaires, moins de connaissance du terrain, au point que de nombreux patrons de multinationales n’arrivent plus à percevoir leurs possibilités de gains dans un marché pourtant de plus d’un milliard d’habitants ! Et comme ils n’y arrivent pas, les pays du Sud vont continuer à prendre de l’importance jusqu’à réduire le poids des Occidentaux aux seules ventes d’armes et à quelques accords de défense. Qui sauteront eux-aussi quand les pays africains « vieilliront » et se stabiliseront : renforcement des Etats aujourd’hui déliquescents et renforcement de la force interafricaine qui a vu le jour pour combattre Boko Haram.

    Les vieilles Afriques des coloniaux ne viendront donc certainement pas contrarier la volonté de nombreux Africains de s’unir au niveau continental. Ce qui peut s’y opposer est à présent et surtout la redécouverte de leurs identités par les autochtones : Noirs contre Blancs, surtout d’Afrique du Nord (les Blancs d’Afrique australe ont été vaincus), et Sahéliens contre Forestiers, surtout Bantous (95% de la population dite forestière) Car le phénomène majeur des Indépendances a été l’alphabétisation très rapide du continent qui, liée à l’urbanisation croissante (50% en moyenne africaine aujourd’hui), a accouché de générations de jeunes avides de connaissances notamment historiques. Via les moyens modernes d’information, notamment Internet, ces nouvelles générations sont aujourd’hui beaucoup plus exigeantes, souvent vindicatives à l’égard de leurs dirigeants. J’ai connu les tensions de Casamance, elles ne sont rien actuellement par rapport aux situations de quasi guerre civile de la plupart des pays comportant, d’ouest en est et tout au long de la frontière entre Sahel et forêts, des « gens du Nord » et des « Forestiers » Les Pères de l’Indépendance avaient voulu éviter cela en déclarant d’abord définitives les frontières héritées de la colonisation. Puis en imposant un black out total sur l’histoire des différents peuples. Ils n’avaient même pas voulu que les Africains de tous bords sachent que les Maghrébins avaient razzié les Subsahariens des siècles durant et encore moins qu’ils avaient recruté des Sahéliens pour razzier les Bantous…

    Tous ces non dit reviennent aujourd’hui à la surface sans que les gouvernants prennent la mesure de leur toxicité. Là où il faudrait une catharsis, ils se murent dans le silence et continuent leurs politiques ethniques, alimentant les contestations futures. En Afrique de l’Ouest comme de l’Est, les germes de la discorde me paraissent bien plus forts que l’idée d’unité continentale. Tout juste l’Afrique du Sud a-t-elle connu un temps d’apaisement avec l’outil politique « Vérité et réconciliation » Mais les tensions remontent aujourd’hui du fait du pouvoir économique des Blancs, notamment en zones rurales. De plus, les Occidentaux n’ont rien fait pour calmer les esprits, bien au contraire. Rien n’a été réglé depuis leurs interventions soit directes, soit en aidant militairement une faction contre une autre, voir deux factions opposées l’une à la suite de l’autre comme en Centrafrique ! Sans compter l’afflux d’armes qu’ils ont favorisé, spécialement en aidant les rebelles Libyens contre Kadhafi (ces armes se sont retrouvées aux mains de Boko Haram) En fait, les oppositions n’ont jamais été aussi aigües, renforcées à présent et du fait de la montée en puissance de l’Islam radical dans le Monde, par des oppositions religieuses qui peuvent aller jusqu’à l’horreur comme au Nigeria. C’est l’intégrité des pays africains, surtout subsahariens, qui est ainsi menacée.

    Certes, les dirigeants africains ont correctement réagi, privilégiant, eux, la discussion et le compromis mais sachant aussi unir leur force quand le temps des armes ne pouvait être évité. Le pouvoir chancelant de Lagos sait pour l’instant et par exemple éviter la guerre de religion entre ses peuples tout en ayant fini par accepter l’union militaire avec ses voisins pour faire reculer, enfin !, les milices de Boko Haram. Et si, au Cameroun, les voix de la discorde se déchaînent sur Internet au fur et à mesure que se précise la retraite de Paul Bya, les populations encore disparates du pays font front commun contre les mêmes milices.

     Il n’empêche que, globalement, la stabilité de l’Afrique semble défaillir plutôt que s’installer comme on aurait pu le penser au lendemain des guerres des Congo. Ce, parce que beaucoup de pays dont les plus grands sont à présent touchés. Daech qui s’est introduit en Libye et en Egypte, menaçant les pays du Maghreb francophone ; le Mali fragilisé par l’irrédentisme touareg et la persistance du radicalisme islamique issu de l’effondrement libyen ; la Mauritanie de plus en plus fragilisée par la vindicte des populations « nègres » vis-à-vis des populations maures ; Côte d’Ivoire, Togo, Centrafrique, Burundi en proie à l’émergence d’une opposition ethnique (et non plus tribale) violente ; Ethiopie où démarre à présent une opposition générale contre les Tigréens…

    Et Afrique du Sud où s’épanouit, une première en Afrique, une xénophobie née sur l’existence d’une immigration énorme et incontrôlée en provenance de toute l’Afrique noire, en particulier du Zimbabwe voisin. Les pays arabes d’Afrique éprouvent de plus en plus un sentiment identique vis-à-vis des nombreux Subsahariens qui s’installent chez eux ou qui y transitent en attendant de partir pour l’Europe. C’est nouveau car auparavant, l’émigration interafricaine était un phénomène normal et pourtant massif. Les Nigérians qui contrôlent le commerce à Yaoundé, les Haoussas contrôlant le même commerce tout au long de la côte nord de l’Atlantique, les millions de Sahéliens venus chercher fortune au Nigeria, les Subsahariens venus chercher du travail en Egypte et en Libye, etc., etc., ont façonné la nouvelle Afrique tout au long du 20e siècle. Laissant penser que les tensions ethniques n’avaient pas véritablement d’avenir. Et alimentant même une théorie de développement économique dite « par diffusion » très à la mode en France dans les années 1970 à partir du modèle ivoirien. Alimentant aussi l’idée qu’un seul modèle suffisait à l’Afrique en dépit de sa complexité (idée largement répandue auprès des intellectuels africains) D’où, aussi, la naïveté tout de même des « unionistes » africains pensant que l’idée se suffisait presque à elle seule. L’apogée de leur espoir fut atteint quand Kadhafi réussit à changer « l’OUA » en « UA »…

    Leur espoir est donc très largement contrarié aujourd’hui et le moins qu’on puisse prédire est beaucoup de temps avant l’union au moins des pays subsahariens. Car s’ajoute aux faits précédents une réelle compétition économique entre les sous-régions du continent, voire même entre pays africains : l’exemple type est celui des bourses de valeurs, chaque pays voulant la sienne alors que les capitalisations possibles ne sont pas encore nombreuses. Il devait y avoir une seule bourse en Afrique centrale, il y en a deux, une au Gabon et une au Cameroun, sans compter les bourses nigérianes qui flirtent entre l’Afrique de l’ouest et l’Afrique centrale… Un phénomène identique existe avec les ports qui se concurrencent de plus en plus, tant à l’exportation (ports ghanéens et béninois à l’époque ou San Pedro n’était pas disponible) que, surtout, à l’importation, notamment à l’est du continent (concurrence du Kenya avec Djibouti) Et ces oppositions vont croître quand les ports d’Afrique centrale, Douala-Kribi et Pointe Noire, en concurrence entre eux, concurrenceront les ports sud-africains à l’ouest (les ports kenyans concurrencent déjà les ports sud-africains à l’est)

    Pour l’instant les concurrences ne sont pas féroces car les infrastructures sont loin d’être terminées aux niveaux routiers et ferroviaires. Les bateaux cherchent toujours à aller au plus près des destinations finales. Mais Mombasa au Kenya a déjà pris pas mal de fret au port orientaux d’Afrique du sud et Kribi au Cameroun devrait s’imposer rapidement en Afrique centrale, gênant cette fois-ci ses ports occidentaux.

    J’ai cité cet exemple portuaire car il est immédiat. Il y en a d’autres qui s’imposeront au fur et à mesure du développement du continent : qui fournira à qui les métaux nécessaires à la métallurgie ? Qui de l’Egypte ou du Nigeria s’imposera dans le ciment ? Quelles raffineries fourniront quelles régions ? Pour l’instant, c’est surtout l’alimentation et le textile qui sont en jeu dans les échanges interafricains. Plus l’essence aux frontières du Nigeria. Mais qu’en sera-t-il demain ? Ces futurs échanges forcément concurrentiels obligeront les Etats à réfléchir, leur interdissent déjà la naïveté…

    Et je crains donc que le passeport africain unique reste diplomatique longtemps encore. Si on en croit d’ailleurs la vie du passeport européen, remis fortement en question aujourd’hui, c’est l’immigration qui met cette vie le plus en cause. Dans l’état actuel de la situation des migrations en Afrique, je doute fort que l’Afrique du sud se rallie rapidement à l’idée d’unicité, surtout depuis les dernières élections municipales qui ont vu une baisse d’audience de l’ANC. De même que le Maroc ou la Tunisie, sans parler de la nécessité de combattre le terrorisme, donc de contrôler les frontières, dans pratiquement tout le Sahel. Peut-être alors les chefs d’Etat africains ont-ils voulu plus conjurer le sort à Kigali que démarrer une nouvelle étape de l’Union ?


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