• Le réveil du tourisme africain

    Christian d’Alayer – mai 2019

     

    Qui aurait pu croire que deux touristes français imprudents allaient presque faire du Bénin une plaque tournante du terrorisme ?! Ce petit pays de 11 millions d’habitants est situé totalement à l’ouest du continent, loin des terrains habituels aux rescapés de Daech et de l’armée de Kadhafi. Certes, Boko Haram, aujourd’hui terrassé, a laissé sans doute des traces tandis que l’enlèvement d’étrangers dans les pays dits aujourd’hui « émergeant » reste une activité extrêmement lucrative en dépit de ses dangers. Il n’empêche que cet incident sans doute plus crapuleux que terroriste est de nature à freiner un tourisme ouest africain jusque-là en pleine essor : voyez le tableau 4 sur le tourisme en Afrique, il montre clairement que l’Afrique de l’ouest commençait à regagner le terrain longtemps abandonné, au sud du Sahara, aux Safaris d’Afrique australe et de l’est. Nigeria, Ghana et Côte d’Ivoire enregistraient de fait des progressions plus qu’importantes au cours de ces dernières années. Les chiffres des arrivées ne sont pas toujours disponibles mais ceux des revenus du tourisme sont sans équivoque à cet égard…

    L’avenir dira si cet enlèvement suivi d’une intervention sanglante des troupes de la marine française stoppera ou non cet envol du tourisme ouest-africain. Gageons qu’il ne ternira pas celui de l’Afrique en général : songez qu’en 2017, même l’Afrique du nord a connu une progression par rapport aux années précédentes, profondément marquées par une politique intérieure peu propre à attirer les étrangers. Même le tourisme en Tunisie est reparti à la hausse, les Européens ayant été remplacés par les Maghrébins, notamment d’Algérie, attirés par les prix bas offerts là-bas. Plus généralement, les responsables africains du secteur s’émerveillaient hier encore, en mars 2019, devant l’expansion de leurs affaires : réunis au Zimbabwe lors du congrès de l’Africa Travel Association, ils prirent connaissance de nombreux rapports démontrant que leur continent commençait à devenir à la mode. Notamment le dernier rapport annuel de l’Organisation mondiale du tourisme dont les chiffres montre que le record de croissance du tourisme mondial en 2017 est en partie dû aux performances africaines.

    Il ne faut toutefois pas se leurrer. L’Afrique va connaître inévitablement une forte croissance de son tourisme pour deux raisons principales : d’abord, elle part de très bas, environ 5% du tourisme mondial tant en arrivées qu’en recettes. Si vous regardez les tableaux 1et 2, vous voyez que les grands acteurs de ce secteur sont l’Europe, l’Asie et l’Amérique. En Europe, 5 pays concourent à la primauté de leur sous-continent : Espagne, France, Royaume Uni, Italie et Allemagne en termes de recettes touristiques, la France précédent l’Espagne en termes d’arrivées. En Asie, c’est surtout la Thaïlande qui domine de loin en termes de recettes, dépassée toutefois par la Chine en termes d’arrivée. En Amérique enfin, ce sont les Etats Unis qui règnent en maître, tant en matière de recettes touristiques qu’en matière d’arrivées d’étrangers en situation régulière. Au fur et à mesure de son développement, le continent africain ne peut pas connaître autre chose qu’une croissance de ses touristes, premier point.

    Le deuxième est que le décollage du tourisme africain provient surtout aujourd’hui du tourisme des Africains. On l’a vu pour la Tunisie mais ce fut aussi vrai hier pour l’Egypte où les séjours étaient vendus à des prix défiant toute concurrence. Les Européens ont commencé à revenir dès 2016, malgré des attentats toujours perpétrés par les radicaux islamiques. En fait, note l’OMT, le tourisme en Afrique bénéficie de la création, à partir des années 2000, d’une classe moyenne comptant aujourd’hui près de 200 millions d’Africains. Qui veulent retrouver leurs origines et visitent ainsi l’Afrique bien plus intelligemment que nos occidentaux balnéaires. On voit ainsi que le Zimbabwe, pourtant toujours montré du doigt par l’Occident, est l’une des plus importantes destinations au sud du Sahara : c’est le pays originaire de la civilisation bantoue. D’autres destinations tel le Sénégal et son île de Gorée ont aussi profité de cet engouement historique. L’Afrique du sud règne bien entendu en maître car elle dispose, elle, d’infrastructures touristiques qui s’additionnent à celles, encore plus impressionnantes, qui attirent les hommes d’affaires. On trouve ensuite et normalement Kenya et Tanzanie avec leurs fameux safaris réputés de longue date.

    En Afrique du nord, le Maroc était devenu la première destination africaine après les problèmes égyptiens. Mais le pays des Pharaons reprend du poil de la bête avec un score inespéré de plus de 8 millions d’arrivées touristiques en 2017, dont un retour des Européens. Même la Tunisie est plus heureuse à présent, ayant presque retrouvé son niveau d’avant les événements.

    Globalement donc, le tourisme est devenu sans doute l’un des tout premiers secteurs d’investissements tant africains qu’étrangers du continent. Hôtels, plages, tour-opérateurs, restauration, transports, guides emploient déjà une trentaine de millions d’Africains aujourd’hui. Avec une croissance de 7% en 2018 (68 millions de visiteurs), cela signifie que ce chiffre des emplois du secteur pourrait doubler d’ici 2025. C’est même pratiquement une certitude. Mais les opérateurs vont devoir recycler leurs connaissances : il paraît qu’une nouvelle génération d’Africains cherche aujourd’hui à aller sur les traces de ses idoles, stars du show business ou du sport…

    Encadré

    Finies les discussions sur les méfaits du tourisme ?

    Dans les années 1990, de nombreux intellectuels africains, surtout au sein des populations émigrées, s’élevèrent contre le risque que le tourisme occidental faisait courir à leurs civilisations. Thèses reprises par d’également nombreux « africanistes » occidentaux, à l’époque très à gauche de la Gauche. On n’en entend plus beaucoup parler aujourd’hui : peut-être que les rentrées touristiques, actuellement de quelques 40 milliards de dollars en Afrique, ont-elles calmé les opposants du cru ? Mais les politiques africaines restent sur la lancée de ces années : le Gabon, par exemple et craignant pour la santé de la civilisation Fang, avait opté pour un tourisme « haut de gamme » qui ne fonctionna jamais. Les petits éléphants de ses forêts sont nettement plus difficiles à tuer que ceux des plaines centrafricaines et mille fois plus dangereux ! Le Sénégal, autre exemple, aurait pu franchement émerger touristiquement à l’ouest. C’est la Côte d’Ivoire qui tira les marrons du feu. Quant aux pays de l’est du continent, on remarquera que la Tanzanie n’a toujours pas rattrapé son grand rival kenyan malgré des atouts bien plus nombreux sur ce plan. Les « anti-touristes » ne disent donc plus rien aujourd’hui mais les choix des Etats africains sont encore imprégnés de leurs combats idéologiques. A long terme, ils sont donc vaincus. Seule « chance » pour eux, le recul de pays très touristiques sur leur politique d’ouverture. Notamment l’Italie qui a commencé a jeter un regard critique sur de trop grandes réussites comme celle de Venise.

     

     

    1-      Revenus touristiques par continent en 2017

     

    2-      Arrivées touristiques par continent en 2017

     

    3-        Revenus touristiques en 2017 dans le monde par sous régions (en millier de milliards de dollars) (Source : World Tourism Organization)

    Régions

    2016

    2017

    Monde

    1,2

    1,3

    Pays développés

    0,8

    0,9

    Pays émergeants

    0,4

    0,4

    Europe

    0,5

    0,5

    Europe du nord

    0,08

    0,09

    Europe de l'ouest

    0,2

    0,2

    Europe centrale

    0,05

    0,06

    Europe du sud

    0,2

    0,2

    Union européenne

    0,4

    0,4

    Asie & Pacifique

    0,4

    0,4

    Asie du Nord-est

    0,2

    0,2

    Asie du Sud-est

    0,1

    0,1

    Océanie

    0,04

    0,06

    Asie du sud

    0,03

    0,04

    Amérique

    0,3

    0,3

    Amérique du nord

    0,2

    0,3

    Caraibes

    0,03

    0,03

    Amérique centrale

    0,01

    0,01

    Amérique du sud

    0,3

    0,3

    Afrique

    0,03

    0,04

    Afrique du nord

    0,009

    0,009

    Afrique subsaharienne

    0,2

    0,3

    Moyen Orient

    0,06

    0,07

     

     

    4-      Le tourisme en Afrique de 2010 à 2017

    (Source : World tourism organization)

     

    Arrivées touristiques (millions)

    Revenus touristiques ($ milliards)

    Pays

    2010

    2016

    2017

    2017%

    2010

    2016

    2017

    2017%

    Afrique

    50,4

    57,7

    62,7

    100

    30,9

    33

    37,4

    100

    Afrique du nord

    19,7

    18,9

    21,7

    34,6

    9,7

    9

    10

    26,8

    Algérie

    2

    2

    2,5

    3,9

    0,2

    0,2

    nc

    nc

    Maroc

    9,3

    10,3

    11,3

    18,1

    6,7

    6,5

    7,4

    19,9

    Soudan

    0,5

    0,8

    nc

    nc

    0,09

    1

    1

    2,8

    Tunisie

    7,8

    5,7

    7

    11,2

    2,6

    1,2

    1,3

    3,5

    Afrique subsaharienne

    30,7

    38,8

    41

    65,4

    21,2

    24

    27,3

    73,2

    Angola

    0,4

    0,4

    nc

    nc

    0,7

    0,6

    nc

    nc

    Afrique du sud

    8,1

    10

    10,3

    16,4

    9,1

    8

    8,8

    23,6

    Bénin

    0,2

    0,3

    nc

    nc

    0,1

    0,1

    nc

    nc

    Botswana

    2

    nc

    nc

    nc

    0,5

    0,6

    0,7

    1,9

    Burkina Faso

    0,3

    0,2

    0,1

    0,2

    0,07

    0,1

    nc

    nc

    Burundi

    0,1

    0,2

    nc

    nc

    0

    0

    nc

    nc

    Cameroun

    0,6

    nc

    nc

    nc

    0,2

    0,5

    nc

    nc

    Cap Vert

    0,3

    0,6

    0,7

    1,1

    0,3

    0,4

    0,5

    1,2

    Centrafrique

    0,05

    nc

    nc

    nc

    nc

    nc

    nc

    nc

    Comores

    0,01

    0,03

    0,03

    0

    0,03

    nc

    nc

    nc

    Congo Brazzaville

    0,2

    0,2

    nc

    nc

    0,3

    nc

    nc

    nc

    Congo kinshasa

    0,08

    0,4

    nc

    nc

    0,01

    0,04

    nc

    nc

    Côte d'Ivoire

    0,2

    1,6

    1,8

    13,7

    0,2

    0,4

    nc

    nc

    Djibouti

    0,05

    nc

    nc

    nc

    0,02

    0,03

    nc

    nc

    Erythrée

    0,08

    0,1

    nc

    nc

    nc

    0,04

    nc

    nc

    Ethiopie

    0,5

    0,9

    nc

    nc

    0,5

    0,3

    0,4

    1,2

    Gabon

    nc

    nc

    nc

    nc

    nc

    nc

    nc

    nc

    Gambie

    0,09

    0,2

    nc

    nc

    0,07

    0,1

    nc

    nc

    Ghana

    0,9

    nc

    nc

    nc

    0 ,6

    0,8

    0,8

    2,3

    Guinée

    0,01

    0,06

    nc

    nc

    0,02

    0,02

    nc

    nc

    Guinée Bissau

    0,02

    nc

    nc

    nc

    0,01

    0,02

    nc

    nc

    Guinée équatoriale

    nc

     nc

    nc

    nc

    nc

    nc

    nc

    nc

    Kenya

    1,5

    1,3

    1,4

    2,2

    0,8

    0,8

    0,9

    2,5

    Lesotho

    0,4

    nc

    nc

    nc

    0,02

    0,05

    0,02

    0,1

    Liberia

    nc

    nc

    nc

    nc

    0,01

    nc

    nc

    nc

    Madagascar

    0,2

    0,3

    0,3

    0,4

    0,3

    0,8

    nc

    nc

    Malawi

    0,7

    0,8

    nc

    nc

    0,03

    0,03

    0,3

    0,1

    Maurice (Ile)

    0,9

    1,3

    1,3

    2,1

    1,3

    1,6

    1,7

    4,7

    Mauritanie

    nc

    nc

    nc

    nc

    nc

    0,03

    0,02

    0,1

    Mozambique

    1,7

    1,6

    nc

    nc

    0,1

    0,1

    0,2

    0,4

    Namibie

    1

    1,5

    nc

    nc

    0,4

    0,3

    0,2

    0,5

    Niger

    0,07

    0,2

    nc

    nc

    0,1

    0,08

    nc

    nc

    Nigeria

    1,6

    1,9

    nc

    nc

    0,6

    1

    2,6

    6,8

    Ouganda

    0,9

    1,3

    nc

    nc

    0,8

    1

    0,9

    2,5

    Réunion (Ile de la)

    0,4

    0,5

    0,5

    0,8

    0,4

    0,4

    0,4

    1,1

    Sao Tome & Principe

    0

    0,03

    nc

    nc

    0,01

    0,07

    0,07

    0,2

    Sénégal

    0,9

    nc

    nc

    nc

    0,5

    nc

    nc

    nc

    Seychelles

    0,2

    0,3

    1

    0,6

    0,3

    0,4

    0,5

    1,3

    Sierra Leone

    0,04

    0,05

    nc

    nc

    0,03

    0,04

    nc

    nc

    Somalie

    nc

    nc

    nc

    nc

    nc

    nc

    nc

    nc

    Swaziland

    0,9

    1

    0,9

    1,5

    0,05

    0,01

    nc

    nc

    Tanzanie

    0,8

    1,2

    nc

    nc

    1,3

    2,1

    2,3

    6,3

    Tchad

    0,07

    nc

    nc

    nc

    nc

    nc

    nc

    nc

    Togo

    0,2

    0,3

    0,5

    0,8

    0,07

    nc

    nc

    nc

    Zambie

    0,8

    1

    nc

    nc

    0,5

    0,7

    0,7

    1,7

    Zimbabwe

    2,2

    2,2

    2,4

    3,9

    0,6

    0,9

    nc

    nc

     


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  • Que risque l'Afrique dans un nouveau séisme financier mondial ?

    Christian d'Alayer - fin avril 2019

     

    Le microcosme financier bruisse à nouveau du vent apocalyptique de la crise "systémique", affectant le cœur du moteur financier mondial. Ce, alors que la légère remontée des taux d'intérêt de fin 2017 à fin 2018 a pourtant eu les effets escomptés : 11500 milliards tout de même de la sur-financiarisation mondiale sont partis en fumée dans les principales bourses de valeurs de notre planète l'an dernier plus 6000 milliards depuis janvier dernier (calcul de Bloomberg) Les bourses africaines ont été particulièrement affectées du fait de la panique de leurs "investisseurs" devant en fait une politique concertée entre les grandes banques mondiales et les grandes banques centrales : grosso modo, quand les taux d'intérêt remontent, les actions deviennent moins intéressantes -car plus risquées aussi- que les obligations qui ne sont que des emprunts cotés en bourse. Comme le phénomène a été particulièrement bien contrôlé, les banques étant en fait maîtresses des fonds communs de placements en obligations (les assurances-vie en fait), ces fonds n'ont pas vraiment monté -donc pas attaqué directement les actions- tandis que seules les entreprises "high tech" subissaient le poids de cette politique volontariste et maîtrisée. Qui a cessé au début de cette nouvelle année, la "FED", la banque centrale des Etats Unis, décidant de rabaisser ses taux d'intérêt devant le risque de ralentissement de l'activité économique mondiale.

    J'ai résumé très rapidement un phénomène en fait plus complexe car la majorité des retraités américains parie sur les actions tandis que la majorité des retraités européens parie sur les obligations : le maniement des taux d'intérêt dans ce contexte n'est pas des plus aisés ! S'ajoute à ce premier bémol le fait que l'économie mondiale se "démondialise" sous les doubles coups d'une Amérique "trumpienne" qui revient à une politique protectionniste et étatiste et d'une Chine qui s'intéresse aujourd'hui plus à son marché intérieur qu'à ses exportations, la Chine étant devenue plus importante pour l'économie mondiale que les Etats Unis d'Amérique. Dont, fatalement, la monnaie est attaquée...

    Devant cette complexité et face à l'endettement privé et public fabuleux des pays développés, un nombre croissant d'experts, dont le FMI, commencent à paniquer. Que se passerait-il en effet si de très grandes banques occidentales venaient à faire faillite ? Elles sont bien entendu fragilisées par les taux d'intérêt bas, ne pouvant pas vraiment gagner d'argent en en prêtant. Toutes se sont lancées dans la spéculation mais on vient de voir que, là aussi, les gains n'ont pas été au rendez-vous l'an dernier. Or les Etats occidentaux ne peuvent plus venir à leur secours, leur endettement ne le permet plus. En Europe, la banque centrale de la zone euro a, certes, débloqué des sommes importantes à taux zéro pour les banques. Ce, à plusieurs reprises. Tandis que les banques américaines ont accepté des dépôts que leurs réglementations leur interdisaient tout en gagnant tout de même plus que leurs homologues européennes sur le cœur de leur métier, le prêt bancaire, du fait de l'importance de leurs marchés. Mais les experts doutent que ces politiques puissent tenir le coup si, en sus, s'ajoute une panique.

    Admettons donc, pour la démonstration, que, demain, des grandes banques italiennes coulent, entraînant dans leur chute des banques françaises et allemandes qui détiennent un peu trop d'effets italiens. Le sauvetage tarde et la panique s'installe. Face aux demandes de vente d'un trop grand nombre d'assurances vie en Italie, en France et en Allemagne, les Etats utilisent les armes qu'ils ont fait voter et bloquent ces capitaux. Nous avons un exemple de ce qui peut alors se passer, c'est celui de Chypre en 2012-2013, la population descendant dans la rue pour empêcher le vol de ses économies par le gouvernement chypriote. Qui sauta immédiatement, une politique alternative étant alors mise en place par...la Russie ! On peut parier que la Chine ne manquerait pas une telle opportunité si cela se passait dans trois des principaux pays européens, soit la possibilité de contrôler -et le mot est faible- les économies de clients si puissants !

    Ce, pour l'Union européenne. Mais quid de l'Afrique dans ce cas d'une nouvelle crise mondiale ? Les pays africains sont peu endettés aujourd'hui (voir tableau 1) Mais leurs devises viennent de l'exportation ultra majoritaire de matières premières non transformées, or noir en tête. Si l'Occident rentre à nouveau en crise, nous avons là aussi l'exemple de 2008 pour en prévoir les conséquences : entre 2000 et 2008, les prix des matières premières furent multipliées par 7,5. Après la crise des "Subprimes", elles ne furent plus multipliées que par 4,5 : 300% en moins (750% baissant à 450%) Les prix ont certes un peu remonté depuis mais il est probable qu'une nouvelle baisse de la consommation occidentale ferait perdre beaucoup d'argent aux Africains : leurs Etats seraient encore plus miséreux qu'aujourd'hui ...

    Mais on sait que la croissance africaine est déconnectée totalement de sa gestion gouvernementale. Les Etats africains ont été tués dans l'œuf dès leur naissance par le FMI, la Banque mondiale et les deux clubs de créancier (Paris pour les prêts publics, Londres pour les prêts privés) Sans doute la baisse des recettes d'exportation entraînera-t-elle une ou deux années de récession dans la plupart des Etats producteurs de matières premières. Mais au delà et la croissance africaine étant fondée sur le développement du marché intérieur, celle-ci reprendra son envol.

    D'autant que la demande des pays développés ne devrait que faiblir, pas s'effondrer tandis que celle des pays émergeants ne devrait connaitre qu'un freinage de sa croissance. On ne devrait donc pas assister à un effondrement des prix des matières premières sur long terme, sans doute une crise d'un ou deux ans. Certes, le pétrole est aujourd'hui attaqué par la recherche européenne d'autres sources énergétiques et, la crise aidant, les pays pétroliers souffriront peut-être plus que les autres. Le Nigeria, l'Algérie, l'Angola, pour ne citer que les principaux (la Lybie étant un cas à part) Mais l'Ethiopie se développe selon un autre schéma, de même que l'Afrique du sud : la première s'industrialise et la seconde exporte en Afrique, pour résumer grossièrement.

    Mettons qu'un an après le déclenchement d'une nouvelle crise financière occidentale, l'Afrique connaisse une petite récession globale une fois les pays pétroliers évacués des statistiques. Mais la reprise de la croissance pourrait se faire sentir dès l'année suivante et s'accélérer par la suite. Car, maintenant, les entreprises africaines travaillant pour leur marché intérieur ont plus de poids que celles qui travaillent pour ravitailler les étrangers. Et ces entreprises à objectif interne achèteront leurs intrants à des prix moins élevés.

    En définitive, l'Afrique, comme après 2008, devrait rebondir assez vite d'une nouvelle crise financière mondiale. Laquelle devrait plutôt sonner le glas de l'ex-puissance européenne qui, tant vis-à-vis du nouveau protectionnisme américain que vis-à-vis de son exposition en matière de dette publique, apparaît comme le maillon le plus faible de l'Occident. Et l'on comprend pourquoi les grandes banques et les banques centrales surveillent cette cuisine économique de très, très près.

     

    Encadré 1

    L'Afrique peu endettée

    On voit, dans le tableau 1, que les dettes publiques africaines ne sont plus du tout problématiques. Sauf, peut-être, en matière d'investissements publics. Car et par exemple, si le Congo-Kinshasa n'a pratiquement pas de dette, c'est parce qu'il ne trouve pas de créancier. D'autre pays comme l'Algérie ou le Nigéria n'ont pas eu besoin de recourir à l'emprunt pour faire face à leurs dépenses. Lesquelles sont nécessaires, notamment au niveau des infrastructures. Et, en fait, le niveau d'endettement des pays africains paraît même insuffisant quand on sait que la dépense publique contribue substantiellement à leur essor économique.

    On ne dispose pas de statistiques globales en matière de dettes privées mais on sait qu'elles sont encore plus faibles en Afrique que les dettes publiques : la bancarisation est encore d'une faiblesse insigne sur le continent qui compte essentiellement sur l'autofinancement pour se développer. Le fameux "bas de laine" des Européens du 19e siècle ! Là encore, le niveau est insuffisant, l'endettement privé jouant un rôle encore plus grand en économie que les dépenses publiques. Songez notamment à l'immobilier qui, en Afrique, ne croît qu'en fonction des rentrées financières des acheteurs : la construction serait bien plus vigoureuse avec des crédits à long terme comme en Occident...

     

    Encadré 2

    Les chiffres qui font peur

    C'est le FMI qui, le premier, a sonné l'alarme : l'endettement global mondial a dépassé les 180 000 milliards de dollars fin 2017, soit 225% du PIB mondial à cette époque. Depuis, les dettes se sont encore envolées, les derniers chiffres faisant étant d'un encours de 247 000 milliards $, soit 318% du PIB mondial ! Plus d'un tiers de hausse en un tout petit plus d'un an ! Et ce sont les pays développés qui hébergent le gros de ces dettes pharaoniques.

    Il faut se souvenir qu'en Occident, les salaires ont subi un énorme coup de rabot depuis une trentaine d'année. Et afin de maintenir tout de même une demande importante, ce sont les crédits aux particuliers qui se sont envolés. Aujourd'hui, les emprunts immobiliers courent sur 20 ans et plus tandis que l'immense majorité des véhicules automobiles est distribuée en leasing, y compris les véhicules d'occasion. Quant à l'épargne des ménages, jadis au cœur de la croissance occidentale via le recyclage bancaire, elle s'est évanouie pour ne représenter qu'autour de 10 à 14% du PIB contre, par exemple, plus de 30% en Chine et près de 25% en Afrique.

    C'est un peu la fuite en avant : car si le crédit est resserré avec des taux plus élevés, la demande chute et la croissance avec. Tandis que relâcher la pression sur les salaires dans une économie ouverte entraînerait ipso facto une détérioration des balances commerciales. Ne restent donc que le protectionnisme, politique adoptée avec l'arrivée de Trump à la Maison Blanche ainsi qu'une meilleure répartition des richesses, politique difficilement acceptable par les élites occidentales, toutes ultra libérales aujourd'hui.

     

    1- Etat de la dette publique africaine en % du PIB à fin décembre 2017

    Source : https://fr.tradingeconomics.com/country-list/government-debt-to-gdp

    Cap Vert

    125,3

    Congo Brazzaville

    117,7

    Egypte

    101,2

    Djibouti

    90,7

    Mozambique

    88,2

    Sao-tomé&Principe

    87,5

    Zimbabwe

    77,6

    Mauritanie

    77,3

    Ghana

    70,5

    Tunisie

    69,2

    Gabon

    66,5

    Gambie

    65,6

    Angola

    65,1

    Ile Maurice

    64,9

    Maroc

    63

    Seychelles

    62

    Sierra Leone

    60,3

    Kenya

    57,1

    Zambie

    55,6

    Malawi

    54,7

    Guinée Equatoriale

    53,8

    Soudan

    53,5

    Afrique du sud

    53,1

    Tchad

    47,6

    Lesotho

    46,3

    Namibie

    45,1

    Madagascar

    41,9

    Rwanda

    40,2

    RCA

    38,8

    Ouganda

    38,6

    Tanzanie

    37,4

    Sénégal

    37,1

    Cameroun

    35,7

    Ethiopie

    33,5

    Niger

    29,7

    Liberia

    28,8

    Guinée Bissau

    28,1

    Comores

    27,6

    Côte d'Ivoire*

    24,5*

    Burkina Faso

    24,4

    Botswana

    22,3

    Bénin

    22,1

    Nigeria

    21,3

    Erythrée

    20,1

    Togo

    19,6

    Guinée

    18,66

    Algérie

    17,7

    Congo Kinshasa

    17

    Libye

    16,5

    Burundi

    14,4

    Swaziland

    9,95

    * avant emprunt 2,5 milliards $ en 2018

     

    2- La dette mondiale (publique et privée) depuis 1950


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  • L'Afrique est-elle rentable ?

    Christian d'Alayer - mars 2019

    Voici des indices que l'Afrique devrait passer sous silence : ceux de ses marchés boursiers : à voir les chiffres et hors quelques rares pays, y investir revient à perdre ses sous !  Notamment à la bourse d'Abidjan qui a vu fondre plus de la moitié de sa capitalisation en 4 ans ! Sur 10 ans et plus toutefois, l'investisseur reste gagnant dans 5 pays : le Zimbabwe largement en tête (quelle surprise pour ce pays attaqué financièrement par les Anglo-Saxons !), la Namibie, l'Ile Maurice, le Kenya, l'Afrique du sud et l'Ouganda.

    Il ne faut toutefois pas crier au loup ! en dehors de l'Afrique du sud, qui a multiplié par 3 ses investissements boursiers en 4 ans, les autres places boursières africaines sont pratiquement toutes débutantes. Le gros des actions cotées concerne les matières premières, les opérateurs téléphoniques et les banques tandis que leur capitalisation totale est très éloignée de celles des pays développés : le New York Stock Exchange totalise 30923 milliards de dollars, et les deux grandes bourses européennes, Londres (3767 milliards de dollars) et Euronext (3927 milliards de dollars) pourraient faire rêver même les Sud Africains !

    De plus, l'Afrique reste un continent largement rural et les fermes ne sont pas cotées en bourse, même en Occident. Les investisseurs -il y en a de plus en plus- s'associent en fait au sein de sociétés d'agro-business comme ils les appellent. De plus, ces dernières années, la baisse du prix des matières premières a bien entendu pesé sur la valeur des sociétés minières cotées, notamment en Afrique du sud où, en outre, le coût d'extraction des mines d'or s'est envolé (il faut aujourd'hui creuser jusqu'à 3000 mètres !)  Des économies rurales et la baisse du prix des matières premières explique donc en très grande partie les chiffres catastrophiques des bourses africaines ces dernières années. Avec en sus, la panique qui s'est emparée des "investisseurs" : les retraits en dollars ont été partout très importants, accélérant les chutes : la règle d'or des grands boursicoteurs ("on achète au son des canons et on vend au son des clairons") ne peut atteindre les oreilles de gens qui étaient ruraux à plus de 85% il y a un demi-siècle seulement.

    En Occident, la valeur des actions est liée aux faibles taux d'intérêt qui rendent peu attractives les obligations. De plus, les grandes banques sont maîtresses des actions qu'elles peuvent encourager ou décourager dans la composition de leurs fonds d'investissement (Sicav et assurances vie notamment) En liaison étroite avec les banques centrales d'importance, elles font tout pour éviter que n'éclate l'énorme bulle financière créée par la libéralisation du crédit. Exercice d'équilibre qui oblige les banques centrales à refinancer régulièrement les banques de dépôts vivotant plutôt que vivant du crédit à taux bas. Et qui sont donc plus que tentées par la spéculation...

    Ce n'est pas le cas en Afrique où, à l'exception de Johannesburg, les bourses vivent de la bonne ou mauvaise tenue de quelques dizaines au plus d'entreprises. Les pays africains étant de grands villages où tout se sait très vite, les conséquences d'une baisse de quelques points dans le prix des matières premières sont perçues très vite et, comme toujours, amplifiées par les rumeurs. Les banques centrales et les grandes banques locales n'y peuvent mais : cet effet village accroît paradoxalement la volatilité du capital boursier. En Occident, cette volatilité est plutôt bien vue, cela indique une circulation rapide des capitaux. Mais en Afrique, cela signifie plutôt une fragilité évidente des placements. Or il y a peu d'investisseurs institutionnels sur le continent, banques, compagnies d'assurance et fonds de placement. Si bien que la volatilité y est naturellement plus importante qu'ailleurs. A Johannesburg, on a par exemple plus de 75% des actionnaires qui sont des particuliers ! Et, ce, malgré l'existence de fonds de pension des salariés...

    C'est cette structure en fait balbutiante des marchés d'actions en Afrique qui freine leur développement. Car il y a de l'argent à placer, les taux de bancarisation sont toujours très bas malgré l'envol des PIB. Longtemps, les filiales de banques étrangères proposaient des produits de placement étrangers, complété par les fameuses valises de billets qui filaient en Suisse, à Londres et aux Etats Unis. Mais l'attractivité du marché africain d'une part et la lutte anti-corruption de l'autre ont modifié la donne. Aujourd'hui, les Africains investissent chez eux en priorité et, d'abord, sous forme d'auto-investissement. Ce qui entraîne, outre une envolée du bâtiment africain, une multiplication des PME qui, en grossissant, ne pourront plus se satisfaire de cet auto-investissement. Il leur faudra faire appel aux banques qui, aujourd'hui, sont plutôt réticentes face aux structures moyennes (c'est pire pour les petites !) et aux bourses de valeurs. Quand on voit à quelle vitesse se sont constituées les structures d'agro-business au Burkina Faso ou en Côte d'Ivoire, beaucoup avec l'argent des hauts fonctionnaires, on ne peut qu'être confiant dans l'avenir. Le tout est de rassurer une clientèle de possibles actionnaires plus méfiante en Francophonie qu'en Anglophonie, autre évidence montrée dans les deux tableaux. L'influence culturelle des ex colonisateurs sans doute mais on doit noter à cet égard que l'agro-business est né en Francophonie : les nouvelles générations d'Africains sont moins influencées...

    D'ailleurs, les nouveaux riches africains ne sont plus des proches du pouvoir ayant hérité ainsi de propriétés minières comme en Afrique du sud. Le plus riche, le Nigérian Aliko Dangote, a fait fortune dans le ciment et investit aujourd'hui dans l'agro-industrie. Son compatriote et ex n°2 africain sur ce plan, Mike Adenuga, a vu par contre sa fortune bâtie sur le pétrole fondre comme neige au Soleil. La famille égyptienne Sawiris a fait fortune dans les télécoms (Orascom) avant de passer à d'autres secteurs. Autre exemple de milliardaires issus de secteurs autres que pétroliers et miniers, l'Algérien Issad Rebrab, d'abord vendeurs d'appareils électroménagers avant de se lancer dans l'agroalimentaire et notamment les oléagineux. En Afrique du sud, le n°1 est bien dans les mines, Nicky Oppenheimer, mais son second est dans l'industrie du luxe (Johann Rupert) Le nouveau président de la République, Cyrille Ramaphosa, a lui-même fait fortune non dans les mines mais dans l'industrie, notamment téléphonique (MTN, premier opérateur africain de téléphonie mobile) Bref, l'Afrique bouge très vite aujourd'hui. En témoigne aussi la confection dans laquelle excellent de nombreuses créatrices et de nombreux créateurs qui exportent de plus en plus et qui ont eu recours à l'autofinancement, dont le financement familial. Ou bien encore la diversification agricole qui échappent totalement aux statistiques mais qui est bien réelle et qui alimente une grande partie du commerce interafricain.

    En définitive, on est tenté de dire que banques et bourses sont en retard sur leurs économies et non l'inverse. La croissance africaine leur échappe et le nouvel argent des Africains leur échappe. Faut-il attendre que la population décide de se bancariser et d'acheter des actions ou bien faut-il que les banquiers et responsables boursiers aillent d'abord à sa rencontre ? Et autrement qu'en envoyant une camionnette gardée par des vigiles pour recueillir les billets de banque sur les marchés !

     

    1- Capitalisation des bourses africaines fin 2018 en milliards de $

    (Source : le bourses mentionnées)

    Stock market

    Capitalisation

    Capitalisation 2014*

    Johannesburg

    1000

    330,287

    Casablanca

    60,7

    55,446

    Egypte

    43,6

    63,716

    Lagos

    30

    82,813

    Nairobi

    20,6

    22,675

    Ghana

    13,1

    6,085

    Tunis

    9,8

    7,77

    Zimbabwe

    8,5

    5,214

    Ile Maurice

    7

    7,248

    BRVM

    5,5

    11,203

    * Source : Socfin

    2- Performances des bourses africaines en 2018 en %

    (Source : www.investinginafrica.net, www.african-markets.com, own adjustments and stock ex websites)

    Stock market

    2018

    3 ans

    5 ans

    10 ans

    Zimbabwe Stock Exchange

    50,40%

    324,10%

    141%

    744,10%

    Malawi Stock Exchange

    22,20%

    47,60%

    19,90%

    nc

    Bourse de Tunis*

    14,75%

    nc

    nc

    nc

    Stock Exchange of Mauritius

    -0,30%

    28,30%

    -5,90%

    147,30%

    Rwanda Stock Exchange

    -5,30%

    -23,90%

    -56,40%

    nc

    S&P500

    -6,20%

    22,60%

    35,60%

    278,80%

    Ghana Sotck Exchange

    -6,90%

    0,30%

    -42,40%

    nc

    Namibian Stock Exchange

    -10,80%

    34,60%

    37,10%

    177%

    Egyptian Exchange

    -13,80%

    -18,70%

    nc

    nc

    Casablanca Stock Exchange*

    -11,30%

    nc

    nc

    nc

    Dar Es Salaam Stock Exchange

    -14,20%

    -15%

    -22%

    -2,80%

    Lusaka Stock Exchange

    -16,50%

    -15,70%

    -53,20%

    14,30%

    Nairobi Securities Exchange

    -16,80%

    -3,20%

    -13%

    140,40%

    Uganda Securities Exchange

    -17,80%

    -15,10%

    -25,50%

    57,50%

    Botswana Stock Exchange

    -18,30%

    -22,10%

    -29,40%

    -6,60%

    Nigerian Stock Exchange

    -18,60%

    -39,90%

    -66,50%

    -43,90%

    Johannesburg Stock Exchange

    -27,90%

    8%

    -21,70%

    90,10%

    BRVM

    -32,30%

    -40,30%

    -38,30%

    -4,30%

    * En monnaie locale


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  • Enfin un prix plancher pour le cacao !

    (Christian d’Alayer – juin 2019)

     

    A 31 ans d’intervalle, Nana Akufo-Addo, président du Ghana, et Alassane Ouattara, président de la Côte d’Ivoire, ont réussi ce qu’Houphouët Boigny avait échoué à obtenir en 1988 : obtenir un prix constant et suffisamment rémunérateur du cacao auprès des « majors » du secteur. Il faut toutefois relativiser l’exploit : au 20ème siècle, le « Père de l’Indépendance » avait, lui le premier, retenu les exportations de cacao au port de San Pedro pour tenter de faire monter les cours. Mais à l’époque seul l’Occident consommait vraiment tandis que les grands chocolatiers mondiaux élargissaient la production à l’Asie et l’Amérique latine tout en faisant réduire à quelques pourcentages le taux légal de cacao dans leurs produits pour qu’ils s’appellent quand même « chocolat » Houphouët dut lâcher son cacao en urgence (il sentait jusqu’à Abidjan) et à vil prix tout en devant se plier aux conditions des Occidentaux via le FMI : supprimer la fameuse « Caistab », Caisse de stabilisation des prix qui était l’intermédiaire obligé des acheteurs et libéraliser totalement les échanges entre producteurs, les petits paysans africains, et acheteurs, les gros négociants et les multinationales du chocolat.

    En juin 2019, les gouvernements du Ghana et de Côte d’Ivoire ont stoppé eux aussi les livraisons. Et les grands chocolatiers mondiaux (voir tableau 4) ont accepté de payer la fève de cacao sur une base minimale de 2600 $ la tonne. Ce qui va permettre aux deux gouvernements de garantir à leur paysans un revenu minimal suffisant au moins pour les inciter à continuer à produire (compte tenu de la surproduction de 2016-2017, les prix s’étaient effondrés -tableau 1- et les paysans avaient alors décidé de moins produire) Les prix minimaux aux paysans devraient être décidés en juillet mais on sait qu’en dessous de 1000 F CFA au kilo (1,52 €), les dits paysans continueront à diminuer les surfaces consacrées au cacao : c’est le prix en dessous duquel ils perdent de l’argent alors que le revenu du cacao leur procure à peine de quoi vivre, 0,78 $ par jour selon une étude du cabinet True Price pour la marque de commerce équitable Faitrade, parue au printemps 2018. Qui a calculé que les producteurs de base ne touchaient que 6% du prix du chocolat, 6 petits milliards de dollars sur les 100 milliards que génère le marché du cacao transformé.

    1000 $ la tonne refusés en 1988, 2500 $ acceptés en 2019, ça n’est pas le Pérou quand on sait qu’en moyenne et après la crise de 2008, les prix des matières premières ont été multipliés par 4,5 par rapport à 1999 : le paysan de base n’a pas vu venir le boom dans le cacao, c’est le moins qu’on puisse dire ! Il pleure tout autant misère qu’en 1988, au point de réduire sa production comme on peut le voir dans le tableau 3. Les « majors » (voir tableau 4) n’ont pas eu le choix : elles doivent faire face aujourd’hui à l’éveil des marchés en développement, leurs manœuvres de 1988 étant on ne peut plus insuffisantes face à la menace de non-livraison des deux principaux pays producteurs. Et, finalement et face à la baisse de production de ces deux principaux pays producteurs de fèves, elles ont accepté un prix qui n’est pas très éloigné de la réalité (les prix se sont redressés depuis janvier 2019) Elles n’avaient guère le choix, sachant qu’il n’existe pour l’instant pas de cacao de synthèse comme la vanilline a pu venir au secours des transformateurs de vanille (ce qui n’a pas empêché d’ailleurs l’envol du cours de la vraie vanille !) Félicitons toutefois les deux pays d’avoir réussi à obtenir un prix plancher fixe…

    Car l’ex Tiers monde s’éveille et se met à consommer aussi du chocolat, notamment celui de ces « majors » qui est à la portée de nombreuses bourses. Certes, l’Occident reste de loin le principal consommateur. Nous ne disposons que des statistiques américaines en dollars, aussi la seule source sérieuse est-elle européenne (Planétoscope d’après des chiffres de l’OCDE) Mais les Etats Unis sont de loin les premiers consommateurs mondiaux, essentiellement de chocolat au lait très sucré. Les Anglais les copient et les Suisses sont les producteurs les plus réputés de ce genre de chocolat avec les Belges. Les Français sont les rois du chocolat noir amère dont la consommation croît sensiblement dans les classes aisées du monde entier, notamment en Chine. On voit bien toutefois que l’essentiel du cacao mondial finit ses jours dans des préparations industrielles de type Mars ou Ferrero (le fameux Nutella) Et les crises des producteurs n’arrêtaient pas de succéder aux crises, le commerce « éthique » ne changeant strictement rien à la donne. Ce qu’ont obtenu les gouvernements ghanéen (à l’origine du refus de livrer) et ivoirien est simplement un prix plancher bas. Reste à le faire grimper tout en ristournant aux paysans une part suffisante pour les faire vivre dignement (il y a beaucoup de petites exploitations dans le cacao)

    L’affaire n’en est donc qu’à ses débuts, comme le marché : l’ex Tiers Monde consomme encore peu de chocolat et les perspectives sont donc énormes. S’assurer de ses approvisionnements dans ces conditions est un minimum, ce qui explique aisément l’accord très rapide des grands chocolatiers mondiaux sur un prix plancher. Qui leur permet de garder la main : car, tout de même, le gros des recettes du marché du chocolat va dans les poches des transformateurs. Dont font partie les pays producteurs de cacao qui exportent des produits non pas finis mais séparés : poudre et beurre notamment. Mais l’essentiel de la vraie transformation est américain et européen. Parce que la consommation est toujours majoritairement américaine et européenne. Les Africains fabriquent du chocolat mais n’en consomme que très peu : le marché intérieur est tout de même la base du transfert de technologie en matière alimentaire ! 

     

    1-      Prix mondial des fèves de cacao du 1er janvier 1995 au 1er janvier 2019 en dollars par tonne (sources officielles multiples)                          

     

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                    

    2 – Parts des intervenants dans le marché mondial du chocolat

    (Source : Make Chocolate Faire, 2015)

    https://fr.makechocolatefair.org/sites/makechocolatefair.org/files/resize/abb3-400x266.gif

    3-      Production mondiale de fèves de cacao, en milliers de tonnes

    (Source : Ecobank)

    Pays

    2015-2016

    2016-2017

    2017-2018

    Côte d’ivoire

    1581

    2020

    2000

    Ghana

    778

    970

    880

    Cameroun

    211

    246

    240

    Nigeria

    200

    245

    240

    Autres Pays africains

    153

    145

    130

    Total Afrique

    2923

    3626

    3490

    Equateur

    232

    270

    260

    Brésil

    141

    174

    170

    Autres pays américains

    305

    295

    318

    Total Amérique

    678

    739

    748

    Indonésie

    320

    290

    260

    Autres pays d’Asie /Océanie

    41

    49

    49

    Papouasie-Nelle Guinée

    36

    40

    40

    Total reste du monde

    397

    379

    349

    Total mondial

    3998

    4744

    4587

     

    4-      Les grands chocolatiers mondiaux (en milliards de $)

    (Source : TB Economie)

    Sociétés

    Chiffre d'affaires 2018

    Mars Inc. (USA)

    16,8

    Mondeléz International (USA)

    15,48

    Grupo Bimbo (Mexique)

    14,095

    Nestlé (Suisse)

    12,808

    Hershey Foods corp (USA)

    6,46

    Ferrero (Italie)

    5,627

    Meiji co. Ltd (Japon)

    3,415

    Perfetti Van Melle (Pays-Bas)

    3,288

     

     

    5-      Les principaux consommateurs européens de chocolat (en milliers de tonnes)

    (Source : Planétoscope)

    Pays

    2016

    Allemagne

    2564,2

    Italie

    1448,57

    Pays Bas

    886,96

    Royaume Uni

    1117,8

    France

    955,74

    Espagne

    989,98

    Belgique

    658,46

    Pologne

    415

    Roumanie

    324,13

    Autriche

    239,26

     


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  • Que risque l'Afrique dans un nouveau séisme financier mondial ?

    Christian d'Alayer - fin avril 2019

     

    Le microcosme financier bruisse à nouveau du vent apocalyptique de la crise "systémique", affectant le cœur du moteur financier mondial. Ce, alors que la légère remontée des taux d'intérêt de fin 2017 à fin 2018 a pourtant eu les effets escomptés : 11500 milliards tout de même de la sur-financiarisation mondiale sont partis en fumée dans les principales bourses de valeurs de notre planète l'an dernier plus 6000 milliards depuis janvier dernier (calcul de Bloomberg) Les bourses africaines ont été particulièrement affectées du fait de la panique de leurs "investisseurs" devant en fait une politique concertée entre les grandes banques mondiales et les grandes banques centrales : grosso modo, quand les taux d'intérêt remontent, les actions deviennent moins intéressantes -car plus risquées aussi- que les obligations qui ne sont que des emprunts cotés en bourse. Comme le phénomène a été particulièrement bien contrôlé, les banques étant en fait maîtresses des fonds communs de placements en obligations (les assurances-vie en fait), ces fonds n'ont pas vraiment monté -donc pas attaqué directement les actions- tandis que seules les entreprises "high tech" subissaient le poids de cette politique volontariste et maîtrisée. Qui a cessé au début de cette nouvelle année, la "FED", la banque centrale des Etats Unis, décidant de rabaisser ses taux d'intérêt devant le risque de ralentissement de l'activité économique mondiale.

    J'ai résumé très rapidement un phénomène en fait plus complexe car la majorité des retraités américains parie sur les actions tandis que la majorité des retraités européens parie sur les obligations : le maniement des taux d'intérêt dans ce contexte n'est pas des plus aisés ! S'ajoute à ce premier bémol le fait que l'économie mondiale se "démondialise" sous les doubles coups d'une Amérique "trumpienne" qui revient à une politique protectionniste et étatiste et d'une Chine qui s'intéresse aujourd'hui plus à son marché intérieur qu'à ses exportations, la Chine étant devenue plus importante pour l'économie mondiale que les Etats Unis d'Amérique. Dont, fatalement, la monnaie est attaquée...

    Devant cette complexité et face à l'endettement privé et public fabuleux des pays développés, un nombre croissant d'experts, dont le FMI, commencent à paniquer. Que se passerait-il en effet si de très grandes banques occidentales venaient à faire faillite ? Elles sont bien entendu fragilisées par les taux d'intérêt bas, ne pouvant pas vraiment gagner d'argent en en prêtant. Toutes se sont lancées dans la spéculation mais on vient de voir que, là aussi, les gains n'ont pas été au rendez-vous l'an dernier. Or les Etats occidentaux ne peuvent plus venir à leur secours, leur endettement ne le permet plus. En Europe, la banque centrale de la zone euro a, certes, débloqué des sommes importantes à taux zéro pour les banques. Ce, à plusieurs reprises. Tandis que les banques américaines ont accepté des dépôts que leurs réglementations leur interdisaient tout en gagnant tout de même plus que leurs homologues européennes sur le cœur de leur métier, le prêt bancaire, du fait de l'importance de leurs marchés. Mais les experts doutent que ces politiques puissent tenir le coup si, en sus, s'ajoute une panique.

    Admettons donc, pour la démonstration, que, demain, des grandes banques italiennes coulent, entraînant dans leur chute des banques françaises et allemandes qui détiennent un peu trop d'effets italiens. Le sauvetage tarde et la panique s'installe. Face aux demandes de vente d'un trop grand nombre d'assurances vie en Italie, en France et en Allemagne, les Etats utilisent les armes qu'ils ont fait voter et bloquent ces capitaux. Nous avons un exemple de ce qui peut alors se passer, c'est celui de Chypre en 2012-2013, la population descendant dans la rue pour empêcher le vol de ses économies par le gouvernement chypriote. Qui sauta immédiatement, une politique alternative étant alors mise en place par...la Russie ! On peut parier que la Chine ne manquerait pas une telle opportunité si cela se passait dans trois des principaux pays européens, soit la possibilité de contrôler -et le mot est faible- les économies de clients si puissants !

    Ce, pour l'Union européenne. Mais quid de l'Afrique dans ce cas d'une nouvelle crise mondiale ? Les pays africains sont peu endettés aujourd'hui (voir tableau 1) Mais leurs devises viennent de l'exportation ultra majoritaire de matières premières non transformées, or noir en tête. Si l'Occident rentre à nouveau en crise, nous avons là aussi l'exemple de 2008 pour en prévoir les conséquences : entre 2000 et 2008, les prix des matières premières furent multipliées par 7,5. Après la crise des "Subprimes", elles ne furent plus multipliées que par 4,5 : 300% en moins (750% baissant à 450%) Les prix ont certes un peu remonté depuis mais il est probable qu'une nouvelle baisse de la consommation occidentale ferait perdre beaucoup d'argent aux Africains : leurs Etats seraient encore plus miséreux qu'aujourd'hui ...

    Mais on sait que la croissance africaine est déconnectée totalement de sa gestion gouvernementale. Les Etats africains ont été tués dans l'œuf dès leur naissance par le FMI, la Banque mondiale et les deux clubs de créancier (Paris pour les prêts publics, Londres pour les prêts privés) Sans doute la baisse des recettes d'exportation entraînera-t-elle une ou deux années de récession dans la plupart des Etats producteurs de matières premières. Mais au delà et la croissance africaine étant fondée sur le développement du marché intérieur, celle-ci reprendra son envol.

    D'autant que la demande des pays développés ne devrait que faiblir, pas s'effondrer tandis que celle des pays émergeants ne devrait connaitre qu'un freinage de sa croissance. On ne devrait donc pas assister à un effondrement des prix des matières premières sur long terme, sans doute une crise d'un ou deux ans. Certes, le pétrole est aujourd'hui attaqué par la recherche européenne d'autres sources énergétiques et, la crise aidant, les pays pétroliers souffriront peut-être plus que les autres. Le Nigeria, l'Algérie, l'Angola, pour ne citer que les principaux (la Lybie étant un cas à part) Mais l'Ethiopie se développe selon un autre schéma, de même que l'Afrique du sud : la première s'industrialise et la seconde exporte en Afrique, pour résumer grossièrement.

    Mettons qu'un an après le déclenchement d'une nouvelle crise financière occidentale, l'Afrique connaisse une petite récession globale une fois les pays pétroliers évacués des statistiques. Mais la reprise de la croissance pourrait se faire sentir dès l'année suivante et s'accélérer par la suite. Car, maintenant, les entreprises africaines travaillant pour leur marché intérieur ont plus de poids que celles qui travaillent pour ravitailler les étrangers. Et ces entreprises à objectif interne achèteront leurs intrants à des prix moins élevés.

    En définitive, l'Afrique, comme après 2008, devrait rebondir assez vite d'une nouvelle crise financière mondiale. Laquelle devrait plutôt sonner le glas de l'ex-puissance européenne qui, tant vis-à-vis du nouveau protectionnisme américain que vis-à-vis de son exposition en matière de dette publique, apparaît comme le maillon le plus faible de l'Occident. Et l'on comprend pourquoi les grandes banques et les banques centrales surveillent cette cuisine économique de très, très près.

     

    Encadré 1

    L'Afrique peu endettée

    On voit, dans le tableau 1, que les dettes publiques africaines ne sont plus du tout problématiques. Sauf, peut-être, en matière d'investissements publics. Car et par exemple, si le Congo-Kinshasa n'a pratiquement pas de dette, c'est parce qu'il ne trouve pas de créancier. D'autre pays comme l'Algérie ou le Nigéria n'ont pas eu besoin de recourir à l'emprunt pour faire face à leurs dépenses. Lesquelles sont nécessaires, notamment au niveau des infrastructures. Et, en fait, le niveau d'endettement des pays africains paraît même insuffisant quand on sait que la dépense publique contribue substantiellement à leur essor économique.

    On ne dispose pas de statistiques globales en matière de dettes privées mais on sait qu'elles sont encore plus faibles en Afrique que les dettes publiques : la bancarisation est encore d'une faiblesse insigne sur le continent qui compte essentiellement sur l'autofinancement pour se développer. Le fameux "bas de laine" des Européens du 19e siècle ! Là encore, le niveau est insuffisant, l'endettement privé jouant un rôle encore plus grand en économie que les dépenses publiques. Songez notamment à l'immobilier qui, en Afrique, ne croît qu'en fonction des rentrées financières des acheteurs : la construction serait bien plus vigoureuse avec des crédits à long terme comme en Occident...

     

    Encadré 2

    Les chiffres qui font peur

    C'est le FMI qui, le premier, a sonné l'alarme : l'endettement global mondial a dépassé les 180 000 milliards de dollars fin 2017, soit 225% du PIB mondial à cette époque. Depuis, les dettes se sont encore envolées, les derniers chiffres faisant étant d'un encours de 247 000 milliards $, soit 318% du PIB mondial ! Plus d'un tiers de hausse en un tout petit plus d'un an ! Et ce sont les pays développés qui hébergent le gros de ces dettes pharaoniques.

    Il faut se souvenir qu'en Occident, les salaires ont subi un énorme coup de rabot depuis une trentaine d'année. Et afin de maintenir tout de même une demande importante, ce sont les crédits aux particuliers qui se sont envolés. Aujourd'hui, les emprunts immobiliers courent sur 20 ans et plus tandis que l'immense majorité des véhicules automobiles est distribuée en leasing, y compris les véhicules d'occasion. Quant à l'épargne des ménages, jadis au cœur de la croissance occidentale via le recyclage bancaire, elle s'est évanouie pour ne représenter qu'autour de 10 à 14% du PIB contre, par exemple, plus de 30% en Chine et près de 25% en Afrique.

    C'est un peu la fuite en avant : car si le crédit est resserré avec des taux plus élevés, la demande chute et la croissance avec. Tandis que relâcher la pression sur les salaires dans une économie ouverte entraînerait ipso facto une détérioration des balances commerciales. Ne restent donc que le protectionnisme, politique adoptée avec l'arrivée de Trump à la Maison Blanche ainsi qu'une meilleure répartition des richesses, politique difficilement acceptable par les élites occidentales, toutes ultra libérales aujourd'hui.

     

    1- Etat de la dette publique africaine en % du PIB à fin décembre 2017

    Source : https://fr.tradingeconomics.com/country-list/government-debt-to-gdp

    Cap Vert

    125,3

    Congo Brazzaville

    117,7

    Egypte

    101,2

    Djibouti

    90,7

    Mozambique

    88,2

    Sao-tomé&Principe

    87,5

    Zimbabwe

    77,6

    Mauritanie

    77,3

    Ghana

    70,5

    Tunisie

    69,2

    Gabon

    66,5

    Gambie

    65,6

    Angola

    65,1

    Ile Maurice

    64,9

    Maroc

    63

    Seychelles

    62

    Sierra Leone

    60,3

    Kenya

    57,1

    Zambie

    55,6

    Malawi

    54,7

    Guinée Equatoriale

    53,8

    Soudan

    53,5

    Afrique du sud

    53,1

    Tchad

    47,6

    Lesotho

    46,3

    Namibie

    45,1

    Madagascar

    41,9

    Rwanda

    40,2

    RCA

    38,8

    Ouganda

    38,6

    Tanzanie

    37,4

    Sénégal

    37,1

    Cameroun

    35,7

    Ethiopie

    33,5

    Niger

    29,7

    Liberia

    28,8

    Guinée Bissau

    28,1

    Comores

    27,6

    Côte d'Ivoire*

    24,5*

    Burkina Faso

    24,4

    Botswana

    22,3

    Bénin

    22,1

    Nigeria

    21,3

    Erythrée

    20,1

    Togo

    19,6

    Guinée

    18,66

    Algérie

    17,7

    Congo Kinshasa

    17

    Libye

    16,5

    Burundi

    14,4

    Swaziland

    9,95

    * avant emprunt 2,5 milliards $ en 2018

     

    2- La dette mondiale (publique et privée) depuis 1950

    Taper sur le Net "Global debt database and authors'calculations" pour voir le graphique de la dette publique mondiale depuis 1950...


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