• Sortir de l'Europe

     

    Pouvons-nous nous passer de l’Union Européenne

     

    1-    L’article de Ménard sur son site « Boulevard Voltaire »

    Et si on larguait les amarres européennes

    Nous ne réduirons pas notre déficit public à 3 % cette année, pas plus que l’année prochaine. François Hollande nous a raconté des bobards. Et le pire, c’est qu’il le savait. Du coup, qui peut croire en ses promesses de contenir, voire de faire reculer le chômage ?

    Le président socialiste serait démasqué. À droite, on pavoise sur le thème « On vous l’avait bien dit. » L’opposition a tort de se réjouir. D’abord parce qu’elle nous a menti, dans le passé, avec le même aplomb, le même culot, le même cynisme. Elle n’a, sur ce registre, aucune leçon à donner. Ensuite, parce qu’il s’agit de l’avenir de notre pays. Qui va mal, très mal. Un chômeur, apprend-on, touche en moyenne 980 euros bruts par mois. Ils sont 2,7 millions. Et on ne parle là que des demandeurs d’emploi« indemnisables ». Les autres…

    La gauche ne porte pas, seule, la responsabilité de ce gâchis, de ces drames. Elle ne fait, au fond, que poursuivre une politique qui, quoi qu’en disent ceux qui étaient hier encore aux affaires, n’a guère changé. Et sur ce point, on ne peut que donner raison à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Reste à savoir si les« ruptures » proposées par ces derniers changeraient la donne. Ils pourront toujours nous répondre – et ne s’en privent pas – que les résultats obtenus à ce jour plaident, a contrario, en leur faveur.

    Alors ? Faut-il rompre avec l’Europe et ses contraintes ? Sortir de l’Euro ? Envoyer balader Mme Merkel ? Faire cavalier seul ? Si le Front national traduit les sentiments d’une majorité de Français quand il parle de l’immigration, du droit de vote aux étrangers et, même, de la préférence nationale, il inquiète dès qu’il propose de larguer les amarres européennes. Même chose pour le Front de gauche qui, en outre, n’ose pas dire à voix haute ce que bon nombre de ses militants ou sympathisants pensent concernant l’accueil de toujours plus d’immigrés sur le sol national.

    J’avoue ma perplexité. Oui, les eurocrates m’exaspèrent quand ils se mêlent de tout, jusqu’à la qualité de nos fromages et la forme des prises électriques. Oui, je les juge d’une arrogance insupportable quand, à l’abri de leurs statuts et sûrs de leurs privilèges, ils imposent des potions jamais magiques et toujours douloureuses pour les plus pauvres, les plus faibles.

    Mais il est tellement commode d’en faire des boucs-émissaires, tellement facile de les rendre responsables de politiques décidées en réalité par nos élus, toujours amnésiques quand il s’agit d’en assumer les conséquences !

    Que fait-on ? On essaie autre chose ? On tente une autre aventure ? Chiche !

    Robert Ménard, le 23 février 2013

     

    2-    Ma réponse

    Dans la question, il y a deux volets : l'Europe est-elle un échec ?

    Et en sortir est-il à la fois possible, politiquement et économiquement, et intéressant ?

     

    L'Europe est-elle un échec ? Elle fut construite au lendemain de la 2e guerre mondiale pour éviter une 3e guerre civile européenne. Mais l'accord de défense qui précédait le traité de Rome, purement économique, lui, fut renvoyé aux calendes grecques, notamment par la France. Ne resta donc que la partie économique, fondée elle et d'abord sur une entente franco-allemande (le traité sur le charbon et l'acier) Le Benelux et l'Italie vinrent se joindre aux deux premiers (l’Europe des 6 du Traité de Rome) Puis et progressivement, le reste de l'Europe occidentale arriva, dont l'Angleterre qui, quasiment d'entrée de jeu, posa des problèmes à l'intégration européenne. Pompidou, un banquier, n'avait vu que l'élargissement du marché commun en acceptant l'Angleterre, pas la différence fondamentale de conception de l'Union. Dès lors, c'est l'ultralibéralisme qui l'emporta à Bruxelles, la position de l'Angleterre étant renforcée par l'arrivée de nombreux pays de l'est tout juste sortis du communisme et donc ultra libéraux à leur tour. Ce, tandis que l'entente franco-allemande poursuivait son bonhomme de chemin avec une monnaie commune lancée sans rapprochement préalable des politiques budgétaires et fiscales. Cette Europe là est donc vouée à l'échec, d'autant que Mme Merkel la pousse à la récession pour des raisons électorales intérieures. Je ne vois pas comment concilier les points de vue des libéraux modérés et ultra d'une part, sinon par la reddition des modérés (cas de la France actuelle) devant les intransigeances allemande et britannique. Nous aurions eu une chance, une seule, de surmonter cela, si Hollande avait été un vrai chef d'Etat, menaçant de sortir de l'Europe, et non un chef de parti cherchant le compromis à tous prix. La menace aurait renvoyé Merkel dans ses foyers tant le marché français est important pour l'industrie allemande... Mais même si Hollande avait eu plus de caractère, reste la dette publique : pratiquement aucun des grands états européens n'a les moyens de sortir de l'enfer de la cavalerie, soit l'emprunt pour rembourser les emprunts. Une cavalerie qui, quelle que soit la politique économique intérieure des pays en question, fait que les dettes publiques augmentent naturellement chaque année : on en est à 130 milliards d'euros de plus pour la France en 2012 ! Avec une perspective, en cas de poursuite de l'austérité, aussi dure que sans l'austérité : car, avec l'austérité, il y a la récession (l'Europe est aujourd'hui en récession et si vous croyez les chiffres officiels, c'est que vous ne connaissez pas la soumission des organismes statistiques aux politiques) Et avec la récession, il y a moins de recettes fiscales que prévues, donc la nécessité d'accroître soit la pression fiscale, soit la contraction des dépenses, soit un peu des deux. Avec, donc, une récession accrue : le FMI avait "calculé" que 1% de contraction budgétaire n'entraînait que 0,50% de croissance en moins (ou de récession en plus) Il vient de faire mea culpa : après révision des calculs, il s'avère qu'un point de budget en moins entraîne un point et demi de croissance en moins (ou de récession en plus) Bref et pour conclure, il n'y a pas de sortie de crise possible avec des réponses libérales. Et l'Europe actuelle est bel et bien un échec, CQFD !

     

    Peut-on donc en sortir : politiquement, oui. Il suffit de le faire, soit par référendum, soit à la majorité des 2/3 au Congrès (Chambre des députés + Sénat) Car il s’agit de traités internationaux successifs que la France a confirmé, sauf un, au cours de plusieurs référendums et une simple loi serait cassée par le Conseil Constitutionnel. Mais je pense qu'une majorité de Français voterait pour la sortie une fois les conséquences expliquées autrement que par les piètres litanies des partisans de l’Europe à tous prix. Notez que la majorité des 2/3 au Congrès serait plus difficile à obtenir tant l’élite politique française et contaminée par l’européanisme…  Et quelles seraient les conséquences d’une sortie, sinon et forcément un repli temporaire sur ses frontières : il serait nécessaire, en revenant au franc, d'établir en urgence un stricte contrôle des changes et la soumission des sorties importantes d'argent à autorisation administrative préalable. Ce, afin d'éviter une catastrophe monétaire d'entrée de jeu. Il serait également indispensable d'instaurer un strict contrôle du commerce extérieur. Pour éviter les difficultés et comme nous disposons en interne de chiffres mensuels, nous pourrions instaurer une parité en valeur par pays : nous achetons exactement le montant qu'ils nous vendent, pas plus. L'équilibre de notre commerce extérieur serait rétabli en un trimestre. Avec d'importants changements de partenaires : nous commercerions ainsi beaucoup plus avec les Américains et nettement moins avec les Allemands (qui, eux, connaîtraient d'énormes difficultés mais nous ne nous en soucierions plus) Et des "manques" apparaîtraient très vite avec la nécessité de leurs substituer rapidement des productions internes : l'Etat ne pourrait pas ne pas se mêler très vite de production de biens et services, à la manière du feu Colbertisme. Nous sortirions donc du libéralisme pour retrouver une économie bien plus dirigiste, le temps au moins de rétablir notre industrie. Bien entendu, il y aurait des tensions en matière d'emploi (le chômage diminuerait considérablement) et, donc, de salaire. Et nous devrions préparer la réouverture de nos frontières par une importante dévaluation.

     

    Car auparavant, il ne faudrait pas dévaluer : 1 € = 1 F; Ce, afin de faire racheter par la Banque centrale à un coût non renchéri la totalité des dettes de l'Etat, afin de les rééchelonner. Aujourd'hui, les 1800 milliards € de dette publique française sont échelonnés à 7 ans et demi en moyenne (une très grosse majorité à moins de 3 ans !), soit un montant irremboursable de 240 milliards/an en moyenne. Il faudrait rééchelonner ces dettes sur 30 ans pour arriver à sortir de l'impasse de la cavalerie : on arriverait alors à 60 milliards/an à taux zéro (autre mesure à imposer à la banque centrale), somme acceptable si l'on accepte aussi et en plus un taux d'inflation tournant autour de 4 à 5%/an. Et l'on ne pourrait rouvrir nos frontières qu'en dévaluant préalablement d'au moins 40% (ça se prépare pour éviter trop de casse intérieure) Auparavant, toute dévaluation nous serait préjudiciable du fait de la parité en valeur de nos échanges pays par pays...

     

    Il restera des cas difficiles, comme ceux des multinationales ou de l'énergie. Dans le premier cas, il faudra négocier entreprise par entreprise pour autoriser ou non l'exportation libre des bien ou services produits ainsi que le transfert plus ou moins contrôlé d'argent entre sociétés du même groupe ; dans le second, il faudra accepter plus d'entrée que de sortie, l'Arabie Saoudite ou le Niger, par exemple, ne pouvant de toute évidence nous acheter autant que nous leur achetons de matière première. Et nous devrons donc dégager quelques excédents ailleurs pour financer ces déficits : nous devrons orienter ainsi une partie de notre commerce extérieur vers les pays émergeant en visant les transferts de technologie (seule façon de leur faire accepter un excédent d'achat)

     

    Voilà pour la faisabilité. Voyons à présent l’intérêt. Sur le plan des conflits avec d’autres pays européens (conflits armés) il n’y a guère de risque aujourd’hui. D’abord parce que les intérêts vitaux des uns et des autres ne seraient pas en cause avec notre retrait (nos partenaires perdraient des parts de marché européen, certes, et s’en trouveraient en difficulté économique mais on ne déclenche plus une guerre pour forcer un pays à vous acheter des biens et services) Ensuite parce que la France possède une arme « de dissuasion massive » propre à calmer d’éventuelles ardeurs européanistes. Ca me navre, moi qui suis favorable à la démilitarisation de notre pays, mais nous devrions garder et entretenir notre arsenal jusqu’à la réouverture de nos frontières.

    L’Europe devait ensuite élargir le marché de nos entreprises. Et nous lui devons, certes, la création de multinationales importantes (le fameux « CAC  40 ») Mais ces multinationales n’ont plus rien de français aujourd’hui, délocalisant à tour de bras pour se rapprocher des marchés émergeants où se situent leurs plus grosses marges de progression. Ce, tandis que leur capital s’est internationalisé, des fonds de placement arabes détenant par exemple des parts non négligeables de l’industrie automobile européenne. En résumé rapide, oui, l’Europe a aidé à la constitution de grands groupes européens ; mais ça nous fait de belles jambes ! Si ces groupes quittent l’hexagone parce que celui-ci ne veut plus faire partie de l’Union, et bien alors il faudra leur substituer une autre production, le savoir et l’appareil de production étant dans l’hexagone, CQFD… Ce qui est prévu dans le cas d’une sortie de l’Europe. Autrement dit, nous ne souffririons pas plus demain qu’aujourd’hui, la création de ces mastodontes n’étant bonne actuellement que pour leurs actionnaires.

    Elle devait ensuite nous protéger, cette Europe, contre les autres grandes puissances économiques, Etats Unis et Chine en tête. Malheureusement, sa dérive ultra libérale l’a conduite tout au contraire à exposer nos industries bien plus qu’au sein des autres puissances économiques qui, elles, savent se protéger. Ainsi et par exemple, la société Bic a pu prouver que les briquets jetables chinois faisaient l’objet d’un dumping assez important. Nonobstant, Bruxelles a levé les droits de douanes anti-dumping contre les dits briquets. Pourquoi ? Mystère… Il en a été de même pour pratiquement tous les biens et services dont la protection avait été demandée aux eurocrates. Qui ont donc fait plus de mal que de bien à nos économies. Dans ces conditions, pourquoi rester au sein d’une Union qui fait le jeu de nos concurrents ?!

    L’Europe était aussi censée rapprocher les points de vue en matière sanitaires et environnementales. La France a été à cet égard et plutôt mal lotie par Bruxelles qui a voulu mettre un terme à ses fromages au lait crû, qui n’a pas légiféré en faveur de moins de pollution automobile et qui, de plus, n’a rien fait pour empêcher schématiquement de la viande de cheval se mêler à des préparations « pur bœuf » Une Europe qui vient de permettre à nouveau l’utilisation des farines animales dans l’alimentation des poissons d’élevage et qui donne nos quotas de pêche aux Espagnols. C’est du grand n’importe quoi dirigé en fait par des lobbies ayant affaire à des fonctionnaires irresponsables quand non corrompus. C’est pire qu’aux Etats Unis où, tout de même, des élections fréquentes empêchent les élus de faire totalement n’importe quoi. Rester dans ce merdier est plus nuisible qu’utile, surtout que, dans leurs délires, les fonctionnaires de Bruxelles rentrent dans les plus petits détails, apportant aux petites structures économiques plus de freins que d’encouragement à l’activité économique. En résumé, l’Europe actuelle dit « oui » aux magouilles monstrueuses des laboratoires pharmaceutiques mais un « non » définitif aux préparations d’officines pharmaceutiques. De la merde, oui, mais industrialisée s’il vous plait !

    Devrais-je ajouter que cette Europe là coûte cher, très cher même et qu’une bonne partie de ses fonds servent à payer ses fonctionnaires, ses députés et ses nombreuses structures ? Peu importe puisqu’en fait, nous ne bénéficions que de la fameuse « PAC », Politique agricole commune dont un montant de 47 milliards d’euro nous reviendrait encore selon les cocoricos du gouvernement socialiste. En fait, il ne s’agit que d’une garantie d’achat plafonnée à 47 milliards au cas où les cours mondiaux seraient inférieurs aux coûts de production. Une garantie qui joue quasi essentiellement en faveur des grands céréaliers français qui font la pluie et le beau temps au sein de la FNSEA. Une garantie qui ne jouera pas en 2013 puisque les cours des produits alimentaires mondiaux sont au plus haut depuis la crise des bourses mondiales et qu’il y a peu de chances que ceux des céréales baissent cette année : tout l’Occident ainsi que la Russie et l’Argentine ont eu de mauvaises récoltes en 2012 et la production mondiale n’a été sauvée que par…la Chine qui, là aussi, fait sa loi sur les marchés. Et on a vu pour bien d’autres matières premières que sa logique n’était pas celle des Occidentaux, soit la baisse. Occidentaux qui en outre se sont privés du pouvoir d’intervenir sur les marchés : ce sont les spéculateurs qui s’en donnent à cœur joie, toujours et encore les saloperies de traders en tête !

    Bon, d’accord me direz vous, mais demain ? Demain, vous me dites « demain » ? Comme c’est bizarre… Car c’est bien vous qui vous désolez des qualités plutôt médiocre de votre nourriture pas chère et qui soutenez les Verts sur ce plan : faut que vos gosses arrêtent de bouffer des saloperies ! Ce, en revenant à une agriculture à la fois plus saine et plus respectueuse de l’environnement. Vous êtes majoritairement opposés à l’utilisation des OGM, vous voulez moins de pesticides, moins de nitrates, etc. Il faut donc une agriculture de fermiers, presque de jardin, et non ces grands champs de blé, de maïs et de colza à perte de vue. Dans lesquels, en plus, l’abattage des haies et des bois a ouvert en grand les portes à l’érosion des sols… La sortie de l’Europe nous obligera à y revenir à ce type d’agriculture « raisonnée », faite par des hommes et des femmes et non par des banquiers préoccupés par les bénéfices des grands groupes alimentaires. En fait et à cet égard, le seul qui paraisse positif dans cette Europe de folie, nous avons aussi intérêt à quitter cette dernière. Les seuls qui n’y aient pas intérêt sont peu nombreux et nuisibles…

    En guise de conclusion, laissez-moi-vous dire pourquoi le programme du FN ne colle pas. Car il est libéral tandis que la sortie de l'Europe exige une politique extrêmement dirigiste. Fermer les frontières sans contrôle des changes et des transferts d'argent entraînerait une méga crise monétaire. Vouloir réindustrialiser le pays sans forte intervention de l'Etat est illusoire chez nous où les entrepreneurs dépensent le moins au monde en recherche et développement. Vouloir faire tout cela sans faire racheter la dette publique par la Banque de France laisserait l'Etat sans aucun pouvoir. Enfin, dévaluer tout de suite sans avoir préalablement réindustrialisé le pays serait une catastrophe : nous paierions nos importations plus chères sans pour autant exporter plus. La sortie de l'Europe ne peut pas passer par le libéralisme et "la main de Dieu du marché libre et non faussé" Hollande a choisi l'Europe de l'échec. Mais le contraire est forcément le retour à l'Etat et, j'ajouterai, à un Etat beaucoup plus puissant qu'il l'était même du temps de l'Etat Providence. L'UMPS ne s'y résoudra jamais car il est dirigé par des énarques tous européanistes béats. Le FN est libéral et ne se résoudrait qu'à un Etat fort en matière judiciaire et policière. Reste le Front de Gauche qui, pour l'instant, ne prône que la désobéissance européenne et la révision de la dette publique au cas par cas (soit l'extinction pure et simple d'une partie notable de cette dette) Ce qui nous fermerait toutes les portes dans le monde : non, il faut racheter la dette le moins cher possible (donc sans dévaluer) et, pour cela, quitter l'Europe. Ou accepter cette dernière et aller dans le mur "une rose à la main"


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