• Une brève histoire de l'économie mondiale

    Pour une renaissance de l’humanisme<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p>

    Article 37<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Une brève histoire des idées économiques<o:p></o:p>

    I : de la Préhistoire au Moyen Age<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    J’ai entendu, dans la nuit du 11 au 12 février 2008, le 1er secrétaire du PS, François Hollande, défendre sa position réformatrice sur BFM TV. En fait, il ne défendait rien puisque n’argumentant pas sa position autrement que par stratégie politicienne (risque d’éclatement du parti). C’est ce qui m’a donné l’idée d’écrire cet article.

    <o:p> </o:p>

    Car comment peut-on défendre une position sans en avoir étudié le contenu exact et la fiabilité de ce contenu face aux réalités du moment (mondialisation et financiarisation de l’économie, recul de l’Etat providence, renouveau des inégalités en Occident avec croissance d’une nouvelle pauvreté et précarisation des « prolétaires ») ?

    <o:p> </o:p>

    Calmement, reprenons donc notre histoire économique pour tenter d’y voir plus clair :

    <o:p> </o:p>

    1)      La Préhistoire<o:p></o:p>

    Pour ceux qui ne le savent pas, est préhistoire l’histoire des hommes avant l’écriture, donc sans trace des actions humaines de ces époques reculées. Grosso modo, de l’apparition de l’homme sur Terre (les premiers homo erectus dont on a trouvé trace datent d’il y a 3 millions d’années) à l’organisation de l’homo sapiens sapiens en sociétés complexes, il y a environ 6000 ans. Autant dire que, sur une échelle de temps universelle, l’homo economicus moderne (l’homme pense la société) a quelques siècles d’existence contre quelques milliers d’années pour l’homme antique et des millions d’années pour l’homme préhistorique. Vu comme ça, on se dit que ce que nous vivons actuellement pèse peu dans le destin de l’humanité. Mais vu « à l’envers », on peut tout aussi valablement dire que le dit destin s’accélère singulièrement…

    <o:p> </o:p>

    Revenons à nos moutons préhistoriques. On sait, par les vestiges paléontologiques retrouvés ici et là, que nos ancêtres vivaient beaucoup de chasse : c’est leur passage à une alimentation carnée qui leur a permis, avec la station debout et la nécessité d’éduquer les enfants, de développer leur cerveau. Ils suivaient donc en tribus complètes les troupeaux d’herbivores dont ils faisaient leur ordinaire. D’abord en se contentant, comme la plupart des autres prédateurs, des carcasses d’animaux morts, puis en s’attaquant aux animaux affaiblis, puis, enfin, en chassant n’importe quel animal du troupeau. Ce sont des temps d’abondance, dans le sens où l’homme n’a pas à produire sa nourriture mais à la prendre dans la nature. Les tribus ne s’échangent donc pas de biens. Il est par contre certain que, lors des rencontres, ils parlent abondamment des outils qu’ils ont créés et des techniques de chasse qu’ils emploient. Mais aussi des plantes dont ils se servent pour guérir leurs blessures et maladies, jusque sans doute et même des mérites comparés de tel ou tel type d’habitation nomade. Bref, l’homme préhistorique échange essentiellement de l’information.

    <o:p> </o:p>

    On sait, parce qu’on a retrouvé des sites de production, qu’il existait pourtant et déjà à ces époques reculées, des sortes de « centres » de production artisanaux. D’où sortaient sans nul doute de grandes quantités de pierres taillées, par exemple. On a retrouvé des centres aussi de poteries. Mais pas, à ma connaissance, de centres textiles ou métallurgiques (l’apparition de ces centres métallurgiques ou textiles sera le fait de l’Antiquité, bien plus tard). On peut donc imaginer que, dès la Préhistoire, des hommes décidèrent de vivre en fabriquant des outils pour le compte de tiers. Qui devaient bien payer leurs acquisitions en nourriture (il fallait bien que les artisans mangent !). Mais on peut aussi penser que les sites en question étaient visités régulièrement par les tribus qui souhaitaient  renouveler ou accroître leurs outils, dans un endroit bien approprié pour la production, ne serait-ce que du point de vue de la présence de matière première qualifiée et abondante. Ces centres auraient alors été plus des sortes de « maison d’hôtes » ouverte à tout le monde que de véritable centres manufacturiers organisés. Après tout, c’est le scénario qui est actuellement retenu pour les peintures dans les grottes : chaque tribu y laisse sa trace en passant et il n’y a pas d’habitant permanent…

    <o:p> </o:p>

    Quoiqu’il en soit, on voit bien que cette longue période, la plus longue de l’histoire de l’humanité, n’a pas de grande signification économico sociale. La Terre est vaste, les migrations de l’homme suivent celles des grands mammifères et les rencontres sont rares (d’où la lenteur des évolutions) car les densités de peuplement sont extrêmement faibles : au cours d’une vie normale (moins de 30 ans), l’homme n’a sans doute eu qu’une ou deux occasions au plus de rencontrer d’autres humains que ceux de sa tribus…

    <o:p> </o:p>

    Ca n’est que lorsque l’homme se fixe, d’abord au Moyen Orient, et qu’il commence à cultiver et à pratiquer l’élevage, que débute réellement son histoire économique. Car il doit se mettre à échanger très rapidement : les villages de sédentaires laissent beaucoup de temps à leurs habitants pour s’adonner à d’autres occupations que de trouver de la nourriture. De plus, les fibres textiles remplacent peu à peu les peaux de bêtes assemblées tandis que la poterie se sophistique. On imagine très bien ici les villageois céder ainsi leurs nattes, bien plus légères que les peaux de bêtes, à des chasseurs contre des animaux vivants ou morts. Et les chasseurs, pour acquérir ces nattes, se mettre à capturer aussi des animaux vivants. Les densités de population se sont en outre accrues en Mésopotamie et en Haute Egypte. Idem en Chine du nord et jamais les premières grandes cités ne seraient apparues dans ces toute premières contrées de civilisation humaine sans augmentation importante des échanges économiques : toutes ces grandes cités sont d’abord commerciales…

    <o:p> </o:p>

    <o:p> </o:p>

    2)      L’Antiquité<o:p></o:p>

    La suite appartient à l’histoire et, d’abord, à l’Antiquité. Nous connaissons peu cette période sous son angle économique. On sait seulement que les Grecs inventèrent l’esclavage en grand chez nous (1/3 des habitants d’Athènes étaient des esclaves) et que, donc, l’économie antique occidentale reposait sur le travail imposé à des captifs : la guerre était donc le corollaire de cette situation et on voit bien d’ailleurs, avec les Romains, que tout fonctionne à peu près bien tant que l’empire s’accroît (guerres de conquête). Ca commence à décliner quand il s’agit de défendre l’empire, donc avec des batailles qui rapportent peu de captifs et peu de butin. Le système tourne de plus en plus mal, avec même une interdiction des importations chinoises détruisant (déjà !) les productions romaines sous Néron. A noter que ces économies antiques sont largement rurales (même les productions manufacturières sont réalisées en grande partie à la campagne) et le BTP est assuré par l’Etat et des esclaves.

    <o:p> </o:p>

    L’interdiction des importations chinoises nous renseigne par ailleurs sur l’économie antique asiatique, beaucoup plus développée que l’économie occidentale. Probablement l’esclavage existe-t-il aussi en Asie : du moment qu’il y a conquête, il y a esclavage. Or on sait que les Chinois dominent le commerce d’Asie centrale jusqu’au 14e siècle de notre ère ! Ils sont partout, sur terre et sur mer, et ne seront « éteints » -pour très longtemps- qu’à partir des invasions turco-mongoles, lesquelles débutent à la fin du 1er millénaire après JC. Ces invasions seront très profondes puisque, avec l’aide de l’Islam, les Turco Mongols s’empareront de la quasi intégralité des commandes du commerce entre l’Asie et l’Europe (l’Europe n’en a jamais détenu que le verrou occidental, Byzance puis Venise). L’économie islamique est une économie « colbertiste », mêlant corporatisme, étatisme et libéralisme : le commerce est libre, les prix ne sont pas administrés mais contrôlés tandis que les corporations édictent des règlementations qui s’imposent à l’Etat… C’est très en avance sur ce que fait l’Occident à la même époque, un Occident qui, une fois l’empire romain abattu (empire très étatiste), laisse pratiquement aux corporations la maîtrise de l’économie. L’Etat n’intervient qu’au niveau de la monnaie et des stocks alimentaires. Il ne gère même plus le BTP, laissé à l’abandon quand non traité par les seigneurs ou moines locaux.

    <o:p> </o:p>

    L’Amérique économique est autarcique dans l’Antiquité, peuplée par des Asiatiques. Qui développeront mais tardivement (au cours du 1er millénaire après JC) quelques grandes sociétés organisées autour de l’esclavage, surtout au sud du continent. Tandis que l’Afrique est scindée en deux : le nord du Sahara est romanisé (économie fondée sur l’esclavage), le sud est inconnu. On sait aujourd’hui qu’une étonnante civilisation y s’est développé dès 1000 à 1500 ans avant notre ère, celle des Bantous, conglomérats de nations sans Etat, à structures très familiales et aux règles très arrêtées bien que non écrites : les affaires sont gérées tribalement, un peu comme nos corporations (sur lesquelles je vais revenir) mais avec une base familiale et non pas professionnelles. On est « passeur » parce qu’on appartient à telle tribu et non parce qu’on a rejoint la corporation des passeurs, en résumé. 

    <o:p> </o:p>

    Dans ces époques reculées enfin, peu de gens réfléchissent à l’économie sous l’angle de rapports spécifiques entre les humains. On ne fait pas de sous théories dans l’Antiquité, l’homme étant étudié par les érudits sous l’angle d’abord de ses rapports avec le Cosmos (les Dieux), donc de la morale : les Etats interviennent d’abord pour faire respecter des règles éthiques dans les rapports entre les gens. C’est finalement très pragmatique et si les états sont puissants, ils deviennent bâtisseurs : on trouve des vestiges archéologiques essentiellement là où les Etats étaient puissants et donc où ils pratiquaient forcément le dirigisme économique. Avec une politique fiscale qui leur permettait, justement, de bâtir, CQFD !

    <o:p> </o:p>

    3)      Le Moyen Age<o:p></o:p>

    Tout cela va bouger lentement pendant un millénaire et demi. Pour la commodité de l’analyse, prenons le début du Moyen Age en l’an 1000 de notre ère. En fait, l’empire romain d’Occident s’effondre jusqu’au 7e siècle après JC tandis que l’ère turco mongole débute à la fin du 8e siècle, mettant progressivement sa férule sur la courte ère arabe qui a débuté, elle, un siècle et demi plus tôt. Nous avons donc, pour résumer, en cette fin du 1er millénaire après JC, une Chine qui commence à sentir le poids du reste du monde sur ses affaires en Asie centrale (elle a perdu une partie de l’Inde ainsi que de nombreuses villes d’Asie centrales sous les assauts arabes), un Occident qui sort définitivement de sa gangue gréco-romaine originelle, une Afrique toujours scindée en deux mais qui est passée en grande partie et au nord sous tutelle arabe (Byzance restera toutefois puissante jusqu’au 11e siècle inclus. Après, son histoire n’est faite que de reculades jusqu’à sa conquête par Constantinople au 15e siècle) et, in fine, des empires asiatiques qui se créent au sud du continent américain. Mais en autarcie par rapport au reste du monde, comme reste coupée du monde la civilisation bantoue qui se développe, elle, au sud du Sahara. Les seules liens, à l’époque, des subsahariens avec le reste du monde sont assurés par les Arabes aux deux bords maritimes du Sahara (Soudan et Mauritanie) ainsi que par les Egyptiens et Arabes à Aden d’où ils prendront pieds sur les côtes africaines jusqu’en Tanzanie (Zanzibar)…

    <o:p> </o:p>

    Et c’est la Chine qui, en l’an 1000, domine le Monde : les Arabes ont, certes, écorné sa puissance. Mais ils n’ont pas la démographie suffisante pour s’imposer aux marchands chinois qui, plus que les guerriers « jaunes », ont assuré la domination chinoise pendant deux millénaires et demi. De cette domination marchande est née ce qu’on a appelé plus tard la « route de la soie ». En fait, « les » routes de la soie car il en existe plusieurs, selon les destinations. La plus prestigieuse est celle qui relie la Chine et l’Inde à l’Europe romaine. Elle est tellement « juteuse » économiquement que Constantin 1er bâtira Constantinople pour fixer la destination des caravanes asiatiques.

    <o:p> </o:p>

    Avant de continuer, quelques considérations d’importance sur cette route de la soie. Il faut savoir en effet que n’y transitent pas que des marchandises : les idées aussi, circulent, les marchands caravaniers ayant du temps, eux aussi, devant eux, pour s’adonner aux sciences comparées (à cette époque, des gens qui savent lire et écrire peuvent assez aisément maîtriser une très grande partie de ce que connaît l’humanité tant ces connaissances sont minimes) Si bien que les peuples peuvent ainsi échanger leur savoir. Les Indiens, par exemple, donneront la notion du zéro, essentielle en mathématique et donc, en sciences exactes, au reste du Monde via la route de la soie. Qui, également, permettra aux Arabes d’Espagne de sauvegarder les connaissances gréco romaines qui reviendront aux Européens à l’époque de la Renaissance via des traductions des écrits arabes en latin ! Sans la route de la soie, le développement scientifique et social de l’humanité aurait pris très certainement des millénaires supplémentaires : l’accélération relevée plus haut aurait été nettement moins importante. Vous noterez ici que les deux contrées les moins développées du Monde sont, justement, celles qui, par force, ont échappé à la route de la soie : l’Amérique latine et l’Afrique subsaharienne. Le rattrapage est rapide mais nous n’en voyons, pour de nombreuses raisons dont le racisme n’est pas absent, que les aspects négatifs…

    <o:p> </o:p>

    Revenons à la chose économique. Pour que vous ayez une idée du « rendement » des routes de la soie, examinez de près le cas de Byzance (Constantinople) : l’empire romain d’Orient règne en maître sur l’Europe orientale, une partie de l’Asie centrale et toute l’Afrique du nord jusqu’au 11e siècle après JC. Les Arabes ont, certes, conquis une grande partie de l’Afrique du nord mais Byzance fait mieux que se défendre tant en Europe orientale qu’aux frontières de la Perse et qu’en Egypte. Ce qui lui reste est considérable. On sait que son problème, jamais réglé, est son impossibilité de susciter l’adhésion des foules : car, à cette époque éminemment rurale, Byzance fonctionne en société romaine, avec des aristocrates qui possèdent l’essentiel des terres. Il n’y aura que deux ou trois « réformes agraires », toujours remises en question. Ce, tandis que les Arabes, eux, ont opté d’entrée pour une agriculture à la fois d’irrigation (meilleurs rendements) et « partagée » : il existe bien quelques grands domaines mais ils sont nettement moins prégnants que la petite propriété rurale. Si bien que la descente progressive aux enfers de Byzance est essentiellement due au manque de combativité de ses troupes, forcément mercenaires. Mais cet empire à bout de souffle va quand même tenir jusqu’au 13 e siècle et mettre deux siècles de plus à crever définitivement. Pourquoi ? Pourquoi, à la veille d’être conquise par Mehemet II au 15e siècle, Byzance est encore riche alors qu’elle n’a plus aucune terre hors de ses murs ? Pourquoi les Vénitiens puis les Génois ont-ils mis tant d’ardeur à défendre les dits murs ?

    <o:p> </o:p>

    Tout bêtement parce que Byzance est le plus important des terminaux de la route de la soie. Le transit des marchandises rapporte des fonds considérables qui permettront à la cour du Basileus de représenter la richesse absolue jusqu’à sa fin. Quelles sont donc ces marchandises si précieuses pour rapporter autant d’argent à une ville frontière ? Il faut quand même savoir que, des siècles durant, ce sont les esclaves qui forment la part la plus importante des dites marchandises. Les captifs sont redistribués ensuite et en Afrique du nord, et au Moyen Orient (très peu vont en Europe). Ils sont, pour la plupart, originaire d’Europe centrale (les fameux « Slaves ») et vont peu à peu phagocyter l’empire arabo-turco-mongol jusqu’à s’en emparer, cas assez fréquent dans l’histoire de l’Humanité (les Grecs, esclaves des Romains, leur impriment leur civilisation ; les Bamilékés, esclaves des Camerounais d’origine sahélienne, finissent, aujourd’hui, par diriger l’économie du pays…)

    <o:p> </o:p>

    Après l’esclavage, ce sont non la soie mais les épices qui pèsent le plus. A cette époque, la nourriture se conserve mal. Il n’y a pas de « chaîne du froid » et l’art culinaire est essentiellement un art de conservation : salaisons, confits, fumeries, etc. Dans cette cuisine, les épices ont un rôle considérable, à la fois antiseptique et gustatif (pour couvrir les fumets un peu forts des viandes « faisandées ») Si bien que sel et poivre sont consommés en grandes quantités dans toute l’Europe. Et valent très cher. Cannelle, clous de girofle, vanille, piments, curry, etc., tout cela vient des Indes, passe par Samarcande en Perse (aujourd’hui, en Ouzbékistan) d’où les marchandises sont ventilées entre l’Europe orientale, celle du nord et l’Europe méditerranéenne. De Byzance, elles vont ensuite soit dans les pays méditerranéens, soit en Europe occidentale via les navires d’abord de Venise puis de Gênes. De nouvelles caravanes les convoient ensuite par route ou transport fluvial jusqu’au cœur de l’Occident d’alors.

    <o:p> </o:p>

    C’est dire que beaucoup de gens vivent à cette époque de la route de la soie. Dont le textile est effectivement partie prenante puisqu’au Moyen Age, l’Occident ne sait pas produire la soie. Celle-ci vient de Chine, en même temps que de nombreux articles de luxe tels que les peignes en écailles de tortue ou les figurines en ivoire des jeux d’échec. Les caravanes sont d’ailleurs tellement convoitées qu’elles doivent être défendues par des gens d’arme. Elles sont donc considérables, forcément lentes et forcément pré financées : les premiers banquiers européens sont Italiens et Juifs parce que ces populations sont en contact avec l’Orient. C’est la route de la soie plus que les guerres qui incite à la financiarisation de l’économie (s’il ne s’était s’agi que de guerres, les grands financiers auraient été d’origine franque et non lombarde)…

    <o:p> </o:p>

    Un aparté ici : il y a eu, voici quelques années, une polémique sur le rôle des Juifs dans le commerce des esclaves. Polémique stérile : les Juifs n’étaient pas plus « esclavagistes » que les autres humains mais, du fait de leur réseau de relations dans tout l’Orient et dans tout l’Occident, les plus à même de gérer tous les aspects administratifs et financiers de la route de la soie tant du côté des acheteurs que de celui des vendeurs. Ce qu’ils ont fait mais en moindre part en réalité que les très chrétiens banquiers lombards. Car le financement de la plus importante des routes de la soie fut surtout assurée par les Italiens dont la bonne santé économique reposait à plus de 50% sur les échanges entre l’Orient et l’Occident : ça avait été voulu sous l’empire romain, quand même !

    <o:p> </o:p>

    On notera, avec cet aparté, que l’Occident, déjà, imprimait sa marque financière sur le monde économique. Car, sans les banquiers lombards, jamais la route de la soie n’aurait eu cette importance. Ils pré financèrent  probablement du tiers à la moitié des caravanes qui parcoururent les routes de la soie du 11e au 16e siècle. Attali, que j’ai critiqué dans mon blog, voit des villes dans l’évolution économique mondiale. C’est bien plus compliqué que cela : Venise et Gênes ne sont que les enfants des banquiers lombards. Et les banquiers juifs ne sont que leurs pâles élèves, simplement aidés par un extraordinaire réseau de relations internationales. Je n’ai pas enquêté –mais peut-être le ferai-je un jour ?- sur l’origine de cette manie bancaire lombarde. Il s’agit quand même de germains, des « barbares » Et ces barbares mis en contact avec l’Orient se lancent dans la finance, « huilant » ainsi les rouages du plus formidable mécanisme de progrès que les Humains aient connu depuis le début de leur ère.  On est loin du libéralisme et du marxisme, non ? C’est ça, la puissance des corporations au Moyen Age.

    <o:p> </o:p>

    D’autant plus qu’à cette époque toujours, les idées ne se préoccupent que d’éthique. Les Francs, par exemple, interdisent l’usure à leurs concitoyens et obligent les Juifs à les remplacer dans l’activité de banquiers de proximité (très différente évidemment de celle de banquiers d’affaires internationaux que pratiquent les Lombards) Tandis que les banquiers juifs orientaux traitent avec leurs homologues italiens, des artisans de haut niveau (car lettrés, l’enseignement de la lecture et de l’écriture étant déjà généralisé dans la diaspora juive) sont obligés qui, de délaisser la médecine, qui, d’abandonner la couture, qui, de renoncer à la bijouterie pour embrasser la carrière d’usurier. Ils n’ont pas le choix puisque, partout, il leur est interdit aussi de posséder de la terre. La division des juifs de la diaspora date de cette époque : les Ashkénazes européens devenant, pour simplifier vraiment au maximum, des « intellectuels » face aux Séfarades orientaux nettement plus portés sur le commerce et nettement plus extravertis. L’environnement culturel s’ajoute en outre à ces différences de traitement…

    <o:p> </o:p>

    Pour en revenir aux idées, l’Occident cherche surtout à créer des règles de comportement fondées sur le christianisme. Un Grégoire de Tours (évêque de Tours) va ainsi formaliser peu à peu le droit franc sur une base chrétienne. L’économie, pour lui, ne sera qu’une vague idée en annexe de ses considérations morales. Tout juste cherche-t-on à éviter que les guerres féodales ne fassent trop de dégâts : la « Trêve de Dieu » est instaurée tandis qu’inlassablement, les banquiers lombards surveillent la progression des caravanes qu’ils ont financées sur la route de la soie. C’est ça, l’économie occidentale au Moyen Age, un mélange d’extraordinaire ouverture internationale et de barbarie locale.

    <o:p> </o:p>

    La Chine, quant à elle, va disparaître progressivement du paysage mondial. D’abord, avons-nous déjà relevé, parce que d’autres civilisations impérialistes lui ont porté des coups décisifs en Asie centrale (les Arabes). Mais surtout parce qu’à partir du 9e siècle, les hordes turco-mongoles l’ont prise pour cible privilégiée avant même l’Europe : la richesses provenait forcément, pour les masses nomades d’Asie centrale, des vendeurs et non des acheteurs. Alors qu’on a vu que le financement de la route de la soie était essentiellement occidental, élément qui échappa forcément aux dites masses nomades d’Asie centrale. Qui laissèrent donc aux Européens largement le temps de se renforcer avant que de les attaquer frontalement. Les Européens résistèrent et finirent par conquérir le Monde, CQFD !

    <o:p> </o:p>

    Ca, c’est l’Histoire tout court. Qu’en est-il de l’histoire économique au travers de ces tribulations guerrières tout de même sacrément déstabilisatrices ? Je voudrais vous parler ici de Marco Polo dont les tribulations asiatiques nous renseignent quand même pas mal sur les mœurs de son temps. On sait qu’il resta, à la fin du 13e siècle,  près de vingt ans au service du dernier conquérant turco mongol de la Chine, Kubilaï Khan, petit fils de Gengis Khan. Auparavant, il était issu d’une famille de commerçants suffisamment introduite en Asie pour obtenir des messages des dirigeants turcos mongols à destination de la papauté. N’oubliez jamais que les hordes d’Asie centrales s’intéressèrent d’abord à la Chine. Même Tamerlan -17e siècle- commença son règne par d’épouvantables répressions en Asie avant que de tenter une conquête beaucoup trop tardive d’une Europe en passe de supplanter tous les autres peuples dans la gouvernance du Monde. L’histoire économique du Monde au Moyen Age ressemble donc beaucoup à des gens de Clochemerle au pays des grands espions : personne ne suit plus rien du tout mais le schmilblick continue à fonctionner. Il y a quand même une constante dans ce merdier : il ne tourne que pour les puissants. Le petit peuple occidental, lui, se nourrie de lentilles, comme on dit, et ne mange guère de viande. Le Moyen Age est affreusement inégalitaire chez nous.

    <o:p> </o:p>

    Aujourd’hui, l’Eglise chrétienne serait situé à l’extrême gauche de notre échiquier politique tant ses visées cherchent, d’abord, à protéger « la veuve et l’orphelin ». C’est l’Eglise qui, par exemple, impose peu à peu le mariage comme cérémonie indispensable dans l’union des couples afin de protéger, justement, les femmes et leurs enfants des défections masculines archi nombreuses à l’époque : la condition rurale est telle que les fuites volontaires sont innombrables. Les jeunes hommes courageux s’en vont guerroyer avec le premier venu, occupation à leurs yeux bien plus attrayante que le métier de serf. A un moment, les bandes de guerriers assoiffés de butin seront telles que la papauté décrétera les Croisades pour sauver l’Occident de ses bandes de pillards. Ni plus, ni moins. Cette manière de se débarrasser des méchants est d’ailleurs parfaitement illustrée par le succès, dès son époque, de Bertrand Du Guesclin : ce chef des armées françaises (on disait franques au 14e siècle) est resté, certes, dans nos mémoires, pour ses victoires contre les « Anglois » en pleine Guerre de 100 ans. Mais, à son époque, c’est surtout l’homme qui débarrassa le royaume franc des « Grandes compagnies », ces hordes de pillards d’origine rurale qu’il refila, en les payant, au Espagnols ! La plus belle des batailles est celle qu’on remporte sans combattre, disait Sun Tzu, le Clausewitz chinois (2500 ans avant Clausewitz quand même !) Malheureusement, Du Guesclin ne fit guère d’émules en son royaume !

    <o:p> </o:p>

    L’Asie, nous venons de le voir, est donc plongée –pour longtemps !- dans le chaos puisque les nouveaux maîtres sont venus conquérir jusqu’au cœur productif de la route de la soie : Pékin et l’Inde sont désormais mongolisés, déstabilisant les producteurs pour des millénaires : désormais, les peuples conquis passeront l’essentiel de leur temps à tenter –finalement avec succès- de sauvegarder leur culture face aux barbares. L’économie asiatique ressemblera désormais au jeu du chat et de la souris, soit un incessant dialogue entre l’individualisme familial (jamais les Asiatiques n’abandonneront à l’individu le droit de décision collective de la famille) et la puissance étatique. Tout l’art des « justes » sera seulement de civiliser les barbares, encore un problème d’éthique.

    <o:p> </o:p>

    Les civilisations qui échappent à la route de la soie diffèrent alors et très sensiblement du phénomène éthique. Car, chez eux, point de bataille pour le contrôle de quelque courant commercial que ce soit. En Amérique du sud, des nomades s’emparent des richesses des sédentaires qu’ils massacrent en outre allégrement pour s’emparer de leurs terres. Les empires Maya ou Aztèque ne sont que des royaumes furieusement aristocrates qui tomberont comme des fruits murs aux premiers assauts occidentaux. En Afrique subsaharienne, la civilisation bantoue se perpétue sans changement –et donc sans évolution- des siècles durant. Sauf qu’à ses marges, apparaissent déjà les esclavagistes arabes qui vont commencer à saper les fondements de cette civilisation sans Etat : le continent est en effet très vaste et aucun pouvoir ne peut s’imposer durablement, avec contrainte fiscale, quand il suffit aux assujettis de se déplacer de quelques kilomètres pour ne plus être assujetti. Les sociétés bâties par les Bantous sont donc des sociétés familiales et acceptées volontairement. Avec des règles édictées en conseils et devenant peu à peu des coutumes irréversibles (ce qui est accepté volontairement est beaucoup plus durable que ce qui est contraint). Une langue commerciale au moins est créée pour faciliter les échanges en Afrique centrale, le Lingala. Les Sahéliens, coupables de haute trahison des Noirs, ont pratiquement oublié leur passé aujourd’hui et on ne sait pas grand chose de leurs évolutions avant l’arrivée des Blancs. Sinon que chez eux aussi régnait le phénomène de Nation sans Etat et donc, très certainement, de mouvements culturels collectifs encouragés par les conseils familiaux. Toujours est-il que cette étrange civilisation donne des fruits très différents d’un endroit à un autre. A l’ouest, il semble que des sociétés hiérarchisées aient été mises en place : car, autrement, comment expliquer les Yorubas, inventeurs d’une écriture réservée aux seules élites et, plus tard, les Ashantis, maîtres d’une société militarisée à outrance ? Au nord est, rien de semblable. Ni même au centre est, les Portugais détruisant sans vraiment combattre l’essentiel de la puissance bantoue jusqu’à son cœur zimbabwéen (vallée du Limpopo) en quelques coups de canon : les Bantous n’étaient pas préparés pour combattre de vrais méchants…<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    <o:p> </o:p>

    Tout cela dure un demi millénaire, avec des convulsions plus ou moins importantes qui, toutes, tournent autour de la maîtrise de la route de la soie. Y compris la décision papale de protéger ce qui reste d’Indiens en encourageant l’esclavage des Noirs : c’est parce que les Sud Américains originels ne résistent pas aux maladies transmises par les Blancs (surtout la variole) qu’il est nécessaire de changer de fusil d’épaule. L’Occident ne protège pas les Indiens : elle les estime définitivement annihilés et décide simplement de trouver une autre main d’œuvre à bon marché pour exploiter ses nouvelles possessions. Or les Noirs, eux, ont réussi à surmonter les maladies importées et, notamment, l’effroyable variole : leurs guérisseurs ont inventé, bien avant nous, la vaccination. Dans des conditions, certes, effroyables : la mortalité est imposante. Mais cette vaccination brutale évite aux Subsahariens de disparaître (les scarifications rituelles en milieu rural sont des héritages de ces vaccinations empiriques). En fait, le système d’entraide familiale a fonctionné à plein contre les maladies et les échanges d’informations ont été intenses : les Africains ont réussi là où les Amérindiens ont échoué. Et ils ont ainsi préservé leur civilisation même si les pertes ont été considérables.

    <o:p> </o:p>

    Il me reste, dans ce chapitre du Moyen Age, à vous parler un peu plus du corporatisme : tant en Asie qu’en Occident (mais surtout en Occident où les Etats ne dirigent pas vraiment l’économie), ce sont des castes de professionnels qui édictent les règles économiques et en surveillent l’application. Exemple : un boulanger fait de la boulangerie mais ne peut vendre, en même temps, de la viande ou du poisson. Et l’on devient boulanger par naissance (fils de boulanger) ou par apprentissage, le fils de boulanger étant de toute façon obligé de passer par l’apprentissage avant de prendre la succession de son père. Le monde arabe est ainsi pétri de corporations prestigieuses, les commerçants internationaux en premier lieu (ils sont conseillers des princes, au même titre que les lettrés). Chaque métier, y compris celui d’illustrateurs, vit au sein de règles précises et difficilement transgressables. Les Turco Mongols étatiseront un peu tout ça mais sans vraiment remettre le principe corporatiste en question.

    <o:p> </o:p>

    En Occident par contre, les militaires et les religieux sont tellement puissants qu’ils relèguent les corporations dans un « Tiers Etat » fourre-tout et quelque peu dédaigné (peu de marchands par exemple conseilleront les princes en Occident). Ce qui n’empêche pas les corporations de façonner l’économie européenne et, notamment, les commerçants allemands de la « Ligue hanséatique » qui créent de toutes pièces la percée du Rhin vers les ports du nord ; ou bien encore les drapiers anglais qui révolutionnent le marché européen de la laine ; ou bien encore les artisans navals italiens qui permettent aux Européens de contourner par la mer la route terrestre de la soie et d’en capter ainsi l’essentiel des profits… Mais on voit bien que l’instinct guerrier des Occidentaux (les lettrés occidentaux n’ont aucune espèce d’influence sur le pouvoir étatique jusqu’aux « Lumières ») fut aussi essentiel dans la phase finale de la conquête du monde.

    <o:p> </o:p>

    Il n’empêche, pour conclure sur cette période, que nos philosophes des Lumières réfléchirent sur un environnement totalement différent de celui du reste du monde : quand les théoriciens du libéralisme (qui sont d’abord philosophes, pas économistes) échafaudent l’individualisme, c’est en réaction contre l’absolutisme étatique d’alors, un absolutisme qui est, malgré nos fantasme à cet égard, nettement moins prégnant en terre d’Islam. Où l’Etat, en effet, est soumis aux règles coraniques… Bref, il faut d’entrée se garder de nous croire « universalistes » parce que nous avons, les premiers, accouché d’une « Déclaration des droits de l’homme » : celle-ci est européocentriste, pas mondiale. Et, en matière économique, c’est pire : nos élites militaires et religieuses ont un tel pouvoir que l’Europe croule sous les « octrois », ces barrières de péage qui sont installées à l’entrée de pratiquement toutes les villes. Phénomène totalement absent d’Orient car, dans toute l’Asie sans exception, les Etats centraux sont suffisamment puissants pour ne pas laisser s’instaurer ce type d’entraves aux échanges commerciaux. Nos penseurs mettent donc au point des idées qui visent en fait à supprimer partout des freins au commerce qui n’existent que chez nous.

    <o:p> </o:p>

    Mais nous abordons à présent les temps modernes, ceux au cours desquels l’homme pense sa relation avec ses concitoyens sous l’angle socio-économique, en sortant du raisonnement éthique. Ce sera l’objet d’un article suivant…

    <o:p> </o:p>


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :