• Universalité

    Universel ? Vous avez dit "universel" ?

    (28 novembre 2013)

     

    Je reviens sur l'erreur à mon avis fondamentale de la gauche (la vraie) européenne, celle qui ne s'est pas adonnée aux délices du "social-libéralisme" pour ne pas dire tout crû de l'ultralibéralisme tempéré par un discours vaguement social. Délices pour les dirigeants bien sûr et dont tous les conseillers ou presque ont fini par se recaser dans de juteux -très juteux !- postes d'un privé requinqué par trois décennies d'inversion du progrès social : plus celui-ci régresse, plus augmente les profits des actionnaires, loi d'une simplicité autant biblique que mille fois vérifiée...

    Je reviens donc sur l'erreur fondamentale de ceux que le pouvoir libéral en place nomme des "gauchistes", voire "populistes" alors qu'ils ne sont que justement révoltés par l'iniquité du système : elle consiste à répercuter dans leurs discours le sectarisme de gens qui n'ont pas assez vécu pour aller au delà des concepts bruts de leurs échanges internes d'idées. C'est ainsi que quelques syndicalistes effarés de voir partir leurs troupes à l'extrême droite ont incité le Parti de Gauche puis le Front de Gauche, Communistes inclus donc, à cracher sur la révolte bretonne des bonnets rouges parce qu'il y avait des patrons dans les cortèges.

    Veuillez me pardonner ma trivialité mais je ne peux m'empêcher de constater que là où les bonnets rouges recueillent l'encouragement de toute une région traumatisée par les fermetures d'entreprises et la déroute de petits paysans en nombre croissant, là où ces mêmes bonnets rouges entraînent des dizaines de milliers de manifestants dans les rues de petites villes, nos sectaires de gauche réunissent à grand peine quelques petits milliers d'individus encartés tout en étant vomis par la majorité de la population bretonne. Tout cela parce que le mouvement échappe à leur petite sagacité et qu'en bons sectaires qu'ils sont, ils préfèrent se replier dans leur fausse grandeur d'âme plutôt que de tenter de se dépasser et d'ouvrir un peu leurs esprits de chapelle à l'universalité.

    Et que nous dit la dite universalité sinon que les grands mouvements de masse ne sont jamais -je répète : jamais- issus de chapelles et toujours des agglomérations de rancœurs diverses. Ce pourquoi les bonnets rouges sont réellement un mouvement de masse tandis que les défilés gentillets des syndicalistes obtus, sont des mouvements en fait contre-révolutionnaires, des manœuvres de diversion applaudies d'ailleurs par les médias aux ordres des ultra libéraux : de Libération et du Monde aux grands médias audiovisuels, les seuls qui comptent, tous ont repris l'antienne de bonnets rouges réactionnaires organisés en sous-mains par "le Grand Capital" N'importe quoi ! Car il ne faut pas être très intellectuel pour comprendre que ce mouvement, prônant effectivement et entre autres revendications, le ras le bol fiscal, était surtout un ras le bol général d'une politique européenne qui tue le travail de gens particulièrement durs à la tache comme le sont les Bretons.

    Nos sectaires n'ont d'ailleurs pas compris qu'un pays pouvait se retrouver, toutes classes confondues, pour stigmatiser une politique qui nuit à tous, du moins en Bretagne où ne règnent pas encore les multinationales. Je connais personnellement des paysans bretons qui votent traditionnellement à droite -et qui continueront à voter à droite- mais qui sont au bord du dépôt de bilan, voire du suicide. Je connais je ne sais combien de petits commerçant, pas des gauchistes eux aussi, qui ont dû fermer boutique parce qu'un maire socialiste a plombé leurs commerces en faisant durer des travaux trop longtemps : travaux payés avec l'argent des contribuables que sont aussi ces petits commerçants dont nos sectaires se moquent comme de l'an 40.

    Bref, l'extrême gauche n'arrivera pas à la cheville de l'extrême droite tant que son regard sera aussi sectaire sur les "classes sociales", aussi peu donc universel. Le "peuple" comme répète à l'envie nos sectaires sans le connaître, est composé de très nombreux individus qui se retrouvent parfois, rarement, autour de quelques thèmes simples : des fêtes la plupart du temps, regroupant salariés et patrons, retraités et actifs, vieux et jeunes, et, encore plus rarement, des coups de colères. La Révolution Française dont se gausse le Parti de Gauche fut une réussite d'abord parce qu'elle confisqua tant à l'église qu'aux aristocrates renégats des terres qu'elle vendit aux paysans, alors largement majoritaires en France : les paysans, la majorité des Français de l'époque, tous bons chrétiens, soutinrent alors les bourgeois des villes dans leurs revendications libérales dont ils ne comprenaient en fait pas grand chose. Sauf que l'ennemi, les royalistes, s'y opposaient et s'opposaient donc à la réforme agraire.

    Des choses simples, vous-dis je, pas des ratiocinations additionnées d'un insupportables bavardage télévisuel.  Le Front de Gauche, tout comme Die Linke en Allemagne, n'ont donc aucune chance même d'influer sur la politique libérale dans leur thématique actuelle, trop intellectuelle et trop sectaire. Marx, mes chers amis, n'est pas le nec plus ultra de la réflexion économique : c'est une base qui fut d'ailleurs et très largement amendée par bien d'autres économistes dont Schumpeter qui, lui, réussit à quantifier les facteurs de production (ce que n'avait jamais réussi à faire le grand Karl) Et votre sectarisme vous empêche donc de percevoir que le matérialisme historique n'arrive pas à expliquer la culture et la part que celle-ci prend tout de même dans l'histoire des humains. Je ne vais pas faire un cours d'économie sociale ici, je me contenterai de vous souffler un concept que je vous invite à creuser : "facteur résiduel"

    Si vous creusez se concept révolutionnaire, vous verrez deux choses : un, que l'inégalité de développement des pays s'expliquent très naturellement et très humainement (il n'y a pas de peuples plus disposés que d'autres) Et deux, que le "Grand Capital" s'est empressé de noyer le concept en nobélisant deux crétins d'Américains qui voulurent restreindre le concept au seul progrès technique (Schumpeter avait fondé ses études sur son expérience de ministre des Finances de l'ex-Autriche-Hongrie, rien à voir avec la technologie !) Il me faudrait des pages et des pages pour développer et je n'en n'ai pas envie. Réfléchissez par vous-même !

    Bref, l'universel demande aussi pas mal de culture et je me demande à présent si les gesticulations de "mon" parti, cette gauche qui refuse très justement le libéralisme, en dispose suffisamment. Mélenchon a beaucoup lu et beaucoup appris, c'est certain. Mais il n'est pas économiste, une dimension intellectuelle indispensable pour maîtriser réellement les événements de notre monde actuel. Mais derrière lui ? Les Communistes ne sont plus, majoritairement, que des apparatchiks aux ordres d'un tout petit nombre d'élus. Tandis que les troupes "gauchistes", mélange de cheveux gris et de bouches encore pleine de lait, ont de la lucidité, certes, mais pas de repère grand public. Ils suivent donc sans être l'aiguillon qu'ils devraient être pour des directions bien trop engoncées dans leurs postures finalement confortables pour pouvoir modifier une direction funeste.

    Ce qui nous donne ce "boulgui-boulgua" fumeux d'écolo-socialisme et de 6e République totalement incompréhensible par une population qui, et d'un, estime majoritairement que les écologistes actuels sont de véritables clercs d'une nouvelle religion, à moitié fou donc (mais il faut être sur le terrain pour comprendre cela) ; et de deux, que le système institutionnel local ne change rien au fond, soit un monde qui change à la vitesse grand V pour le malheur des populations occidentales : si on ne répond pas à cette inquiétude bien mieux ciblée que les réponses mélenchonnesques, alors on passe à côté de l'universel, CQFD !

    Y répondrons-nous ? Je n'y crois pas car les appareils politiques sont comme des gros navires : une fois un cap fixé, il est pratiquement impossible de revenir rapidement en arrière pour en changer. Les dirigeants du Front de Gauche ont tous, sans exception, intégré l'écologie et les amitiés que cette intégration leur a valu, comme ils sont tous partisans d'une démocratie moins "totalitaire" (donnant moins de pouvoirs à la majorité) puisqu'ils souffrent tous d'un manque d'électeurs. Comment, dans ces conditions, pourraient-ils réellement se préoccuper des vrais réponses capables de fédérer bien plus que quelques salariés encartés ? Il existe pourtant des cibles universelles mais nos sectaires refusent de les attaquer par peur de passer pour populistes : j'ai nommé nos élites dont l'incurie est tellement visible qu'elle est dénoncée hors de nos frontières par les élites voisines. Remettre l'élitisme en cause serait pourtant autrement fédérateur que prôner une inintelligible 6e République écolo-sociale !  Et explorer réellement une voie de gauche de sortie délibérée et étatiste du système libéral mondialisé de même. Malheureusement, le Front de Gauche préfère tenter de vendre une improbable "désobéissance européenne" à laquelle personne ne peut raisonnablement croire : on rompt ou l'on ne rompt pas, il n'y a pas de demi mesure dans une révolution !

    Bref, le discours est incohérent et les actes encore plus : car pendant que nos sectaires s'époumonent, complaisamment relayés par des médias qui les ridiculisent ainsi, sur le terrain des municipales règne une complaisance tout aussi grande des locaux à l'égard des "sociaux-libéraux" Sur le terrain toujours, les gens (le peuple) ne sont pas dupes, la presse locale relaie abondamment le phénomène. A Lannion par exemple, dans les Côtes d'Armor, le PC va faire liste commune avec un PS assez mal vu actuellement du fait d'erreurs de gestion répétées. Faut quand même expliquer la chose aux électeurs. Alors l'appareil local se fend d'une lettre au Trégor, l'hebdo local, pour expliquer que le PC se démarque quand même du PS au niveau des idées : "on couche ensemble mais on n'est pas d'accord" Tu parles Charles d'un comportement porteur !

    Pendant ce temps, l'UMP espère emporter la mise sans rien faire, certaine que la majorité des Français rejette le FN. Je veux bien : mais que fera Gaudin, je vous le demande, quand il sera confronté au 2e tour à une triangulaire à Marseille et que les sondages le donneront perdant ? Le cas ne sera pas unique, soyez en sûr. Et la réponse sera de plus en plus une union des listes UMP-FN au second tour, au point que la direction national du parti ne pourra pas vraiment condamner ces unions. Ce que François Fillon pressentait très justement quand il annonçait qu'entre le PS et le FN, "il voterait pour le moins sectaire"...

    Pensez-vous peser sur les événements, sur ces événements précis, en continuant votre petit jeu actuel ? Posez-vous la question. En allant au delà de vos amitiés immédiates : l'enjeu les dépasse, et de loin...


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