• Vers un 1929 bis ?

    Vers un 1929 bis ?

    21 août 2011

    Rentrant une journée à Paris, j’en profite pour vous raconter l’histoire du krach économique de l’ultra libéralisme annoncé par les remous boursiers de ces dernières semaines. D’abord et au plan de la conjoncture, sachez que le sort des banques, notamment françaises, dans ces remous, est largement justifié : elles possèdent des dizaines de milliards d’euros d’obligations étatiques en Europe, dont beaucoup dans les pays visés actuellement par les spéculateurs (souvent les « golden boys » des dites banques !!!) Or elles sont à présent soumises au droit anglo-saxon, soit l’obligation, lorsqu’une créance est douteuse (ne serait-ce qu’un tout petit peu), de la passer au passif de leur bilan. Ce, sachant qu’elles sont aussi obligées de détenir un actif proportionnel à leurs engagements. Donc, si elle retire 10 du dit actif pour les passer au passif, le déplacement n’est pas de 10 mais de 20, CQFD ! En l’occurrence, la Société Générale a 19 milliards de dettes grecque, espagnole, portugaise et italienne à l’actif de son bilan. Si les Grecs ne paye pas ne serait-ce qu’1% d’une échéance, la SG va devoir passer les dits 19 milliards à son passif. Déplacement = 38 milliards €. Or il ne restera pas assez de milliards à l’actif pour couvrir ce déplacement. La BNP possède, elle, 33 milliards € de bons du Trésor de ces pays. Déplacement = 66 milliards. Mais son actif totalise 72 milliards € : ça « passera » mais faudrait pas qu’elle subisse une autre attaque sur d’autres de ses actifs subsistants !

    Pour les pays, c’est différent : ils doivent emprunter obligatoirement sur « les marchés internationaux », donc auprès des banques. Ce, depuis les années 1970 (avant, ils plaçaient auprès de leurs nationaux uniquement, comme les Japonais continuent de le faire, et n’avaient donc pas de problème. Mais faut bien enrichir les riches, non ?) Et rembourser donc non plus à très long terme avec tirage au sort comme c’était le cas en France auparavant, mais à moyen terme (les emprunts français ont ainsi une durée moyenne de 7 années et demie) D’où une charge de la dette bien plus importante qu’avant, d’autant que si leur note se dégrade (le fameux AAA passant à AA+ des USA), leur taux d’intérêt aussi et avec rétroactivité sur le solde à payer. D’où les appels à se serrer la ceinture pour pouvoir payer, serrage de ceinture aboutissant à une récession et donc à moins de recettes fiscales et à des difficultés encore plus grande à rembourser. D’autant que les « investisseurs » se sont aperçus du phénomène avec l’évolution du problème grec et exigent aujourd’hui et le serrage de ceinture, et une croissance suffisante. Autant dire qu’ils vont dans le mur en croyant que les gouvernements en place arriveront à ce prodige économique. C’est beaucoup comme ces usuriers utilisant la force pour être remboursés et, partant, empêchant leurs débiteurs de travailler pour les rembourser : les riches ont toujours été un peu cons, CQFD !

    Mais revenons à notre historique, en commençant par Louis XIV : on a dit qu’il avait emprisonné Fouquet par jalousie. Que nenni ! Du temps de Fouquet et avant lui, les recettes royales étaient « affermées » : un surintendant des Finances donnait l’argent au roi en empruntant lui-même auprès des riches de l’époque (lesquels se battaient pour prêter tellement c’était juteux) Puis le surintendant se remboursait en levant lui-même les impôts. Pas la peine de vous faire un dessin, sachant qu’en outre, les principaux prêteurs étaient aussi les patrons des régions… Fouquet arrêté, il n’y eut plus d’affermage et l’Etat leva lui-même les impôts. D’où, de fait, les problèmes que l’Etat central rencontra dès lors avec les Parlements locaux, peuplés en grande partie par les anciens prêteurs du Fermier Général.

    Cette interprétation de l’Histoire de France n’est bien entendu pas sortie des placards des rares penseurs qui l’adoptèrent tant elle est déstabilisatrice pour le capital. Toujours est-il que ces révoltes incessantes des Parlements locaux aboutirent à la grande Révolution de 1789, les Révolutionnaires se gardant bien de remettre les Parlementaires en selle. C’est la fameuse guerre des Girondins et des Montagnards, mon interprétation expliquant pourquoi ce fut une lutte sanglante et non un simple débat politique : au-delà de la conception du pouvoir central, il y avait le « grisbi ». Les Girondins furent donc « raccourcis » et on en finit ainsi avec le fermage pour quelques siècles. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, puisque des prêteurs particuliers imposent aux Etats des hausses d’impôts pour payer des taux d’intérêt qu’ils ont eux-mêmes édictés via les agences de notation qui sont de leur monde et non du nôtre. 

    Voilà pour les impôts. Passons maintenant aux politiques économiques : il n’y en avait pas vraiment jusqu’à la crise de 1929 : le libéralisme régnait, juste « amorti » par une série de lois sociales destinées à protéger qui, les mineurs, qui, les enfants, qui… Dans des économies encore très agraires, avec des taux d’urbanisme n’excédant pas 50%. Et donc avec une grande partie des populations vivant « une autre société » à laquelle les Verts de tous poils veulent nous renvoyer ou presque : le « professeur » Dumont échafauda d’ailleurs un plan visant à maintenir les Africains dans la brousse. Il fut expulsé manu militari de Tanzanie après des émeutes en nombre de la part des populations concernées… Mais Keynes changea tout cela en inventant la politique budgétaire pour relancer ou ralentir la croissance selon l’atonie ou la surchauffe de celle-ci. Après la 2e Guerre mondiale et avec le progressisme qu’elle généra en Occident (sauf vis-à-vis des Colonies !), son système fut adopté dans tous les pays riches. Ce furent les fameuses « Trente Glorieuses », avec le fossé entre riches et pauvres se réduisant d’année en année. La Droite anglo-saxonne ne pouvait l’accepter, cette droite qui ne connut jamais la révolte contre ses « grands » mais seulement des luttes entre catégories de grands. La contre-révolution se mit en marche, avec dame Thatcher d’abord, puis Reagan, le tout accompagné de « penseurs » complaisants, soit la fameuse « Ecole de Chicago » et son mentor, Friedmann. En résumé, plutôt que de redistribuer l’argent via les impôts pour alimenter la demande, mieux valait, disaient ces criminels, enrichir les riches pour augmenter les investissements et donc les emplois. Ce, car dans les années 1970, l’Occident connut une période de stagflation (inflation sans croissance) après les deux hausses brutales du prix de l’or noir. Ils prirent un phénomène conjoncturel pour enterrer Keynes et permettre aux riches de retrouver leur superbe d’avant la 2e Guerre mondiale, CQFD ! Quant à la demande, car il y eut très vite un problème de demande, sus au crédit : nos criminels inventèrent la désinflation et le contrôle de l’activité économique via les taux de crédit pour combler le manque. Et ça marcha pendant 30 ans, ce qu’on peut appeler les « 30 Piteuses » au cours desquels le fossé commença à se recreuser entre riches et pauvres, avec, qui plus est, un retour progressif au droit social d’avant guerre. Jusqu’à la volonté d’interdire les syndicats de salariés (mais pas les associations d’employeurs !) dans deux états (avec un tout petit e) des USA…

    Mais le crédit ne peut pas remplacer les salaires ad vitam aeternam : il y a un moment où les classes les mieux traitées (notamment les cadres supérieurs) ne peuvent plus consommer plus qu’ils ne le font tandis que les moins bien traités ne peuvent plus rembourser ou emprunter. Ca a donné la crise de 2008 dont, visiblement, les riches n’ont pas tiré la leçon. Comme ils ne la tireront donc pas aujourd’hui : la seule leçon qu’ils semblent vouloir tirer et qu’il faudrait peut-être un peu taxer les riches, la pauvreté des Etats occidentaux venant surtout des cadeaux fiscaux qui leur ont été octroyés tout au long de ces 30 Piteuses. « Un peu »… Alors que le vrai problème est surtout d’augmenter les salaires des pauvres, pas des cadres sup. Mais cela signifierait une augmentation de la part de la masse salariale dans les coûts de production, donc une baisse des dividendes versés aux actionnaires. Donc le risque d’être vidé pour le PDG qui, aujourd’hui, ne contrôle plus son entreprise du « CAC 40 » Comme les Etats libéraux sont aux mains des dits PDG, pas de risque de les voir augmenter règlementairement le SMIC !

    Car un autre phénomène joue ici : la croissance se serait ralentie de toute façon dans les années 1990 s’il n’y avait pas eu le rebond de la technologie multimédia : tout le monde ou presque en Occident avait sa voiture, un ménage sur deux possédait son logement, l’électroménager s’était infiltré même dans les foyers les plus paumés, bref, nous n’étions plus que des marchés de renouvellement. Et l’expansion des multinationales ne pouvait plus venir que des pays sudistes, les plus peuplés. D’où une première vague de « délocalisation » dans les années 1980 quand la Chine s’éveilla. Le Monde, dès lors, commença à changer de point d’appui économique. Chez nous, ne restait plus que les pauvres, un petit tiers de la population, comme réserve de croissance. Mais en redistribuant, « madame, vous vous rendez compte, des assistés ! » Exit la solution, nos états n’avaient plus qu’à fermer leur porte pour réduire les frais et c’est tout : suivant la 1ère vague de délocalisation, une vague de privatisations survint, cassant les Services publics au détriment des populations (voir l’énergie ou les transports ailleurs que chez nous où nos votes anti-européens ont freiné quelque peu l’ardeur des gouvernants libéraux tant de droite que de gauche. Mais délocalisations et privatisations ont entraîné tellement de dégâts que les programmes sociaux ont explosé, accroissant l’endettement des Etats. D’où le caca actuel.

    Mais n’anticipons pas : reste à vous signaler quand même le troisième choc pétrolier, celui de décembre 1999 jusqu’à aujourd’hui : j’étais encore patron d’une PME le 10 décembre 1999 quand le baril de Brent ne valait que 10 $, son prix le plus bas de tous les temps. Le lendemain, il sautait à 15 $ et quelques et, dès lors, ne cessa de s’envoler. Jusqu’à la crise de 2008 où il condescendit à descendre de 100 $ à 65 $. Il oscille aujourd’hui autour de 80 $ le baril. Ce, alors que toutes les matières premières ou presque connurent un sort identique, au point d’inverser les fameux « termes de l’échange » dont se plaignaient les producteurs dans les années 1980 tandis que nous nous gaussions de leurs soi-disant mauvaises gestions (comment rembourser des emprunts contracté avec des revenus de 100 quand ceux-ci s’effondrent de plus de moitié du fait des Occidentaux –je vous raconterai ça un autre jour !?) Une inversion si forte que le commerce extérieur de l’Occident s’est dégradé terriblement, moins 900 milliards $/an aujourd’hui, les réserves de change se trouvant aujourd’hui non plus chez nous mais chez les « métèques » dont nous nous moquions il y a 10 ans encore : les dites réserves sont aujourd’hui plus importantes que les dettes en Afrique même où chaque Africain ne doit plus en moyenne qu’une vingtaine d’euros contre plus de 1250 en France. Et que dire de la Chine dont l’essor est tel que ce très vieil empire est en passe de retrouver sa prééminence mondiale d’il y a 4 millénaires ! Ses réserves en dollars sont les 2e du Monde, juste après celle de la « Fed » !

    Vous voyez pourquoi je pronostique bel et bien un krach occidental encore plus dur que celui de 1929. D’autant que les Etats n’ont plus les moyens, et ne veulent pas se les donner, d’amortir le dit krach : notre déclin va donc être bien plus proche et brutal que les plus sensés d’entre nous le pensent. Il n’y aura pas d’issue à la crise actuelle. Par exemple, en France, le PS va probablement succéder à l’UMP. Ils serreront la visse, ils l’ont annoncé, tout en faisant un peu payer les riches en plus des moins riches. Mais jamais ils ne prendront de mesures telles que l’abandon des dépenses militaires (35 milliards/an) ou la taxation équivalente des revenus du travail et du capital (50 milliards) Et on peut être certain que le « coup de pouce » au SMIC sera symbolique… Bref, ils tenteront seulement de prolonger l’agonie en espérant que les autres dirigeants occidentaux sortiront enfin de l’ultra libéralisme. Ce, tandis qu’Obama a quelques malchances d’être prochainement remplacé par un Républicain dit « modéré » mais sous la tutelle du « Tea Party », qu’Angela Merkel n’a plus guère d’autre concurrent que des Verts on ne peut plus embourgeoisés ou que Cameron, bien qu’honni aujourd’hui, est en poste pour 3 ans encore. Bref, si la France ne rue pas dès 2012 dans les brancards, c’est foutu pour elle comme pour les autres pays occidentaux.

    Je sais que vous ne voterez pas majoritairement pour le Front de Gauche et que Marine peut même avoir plus de voix que lui. Parce que vous ne réfléchissez pas mais subissez sans réagir les pires exactions médiatiques. Vous êtes seulement « écœurés par les politiques » du fait d’un DSK ou des menteurs de tous bords. Et, quand vous l’êtes, votre seul réflexe est l’abstention. Votre monde s’écroule et vous vous abstenez… Bonne reprise du boulot !


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