• Vous avez dit APE ?

    Article pour le Gri-Gri International – janvier 2008<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p>

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    Vous avez dit APE ?<o:p></o:p>

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    Il y avait eu les accords de Lomé puis les accords de Cotonou, il n’y aura pas d’accords de Lisbonne. Vous n’avez rien compris ? Ignares que vous êtes ! Rappelez-vous, Gordon Brown disant qu’il n’irait pas si ce salopard de Mugabe y pointait son nez puis tous les Subsahariens défendant Mugabe contre le successeur de Tony Blair… Ca vous revient ? Je vois une très vague lueur de compréhension dans votre regard. On parle, vous l’aurez compris maintenant, des accords commerciaux, dits aujourd’hui « accords de partenariat économique » ou « APE », qui liaient l’Afrique à l’Europe, ex-puissance coloniale.

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    A l’origine, les coloniaux exploitent directement les matières premières africaines. Puis les Indépendances arrivent : faut négocier, mais le plus tardivement possible. Et ce n’est qu’en 1975 qu’est conclu le premier accord, la « Convention de Lomé I », qui fixe les règles des achats européens en Afrique : limités d’abord aux produits inclus dans l’accord (pas question que les Africains concurrencent des produits européens), très légèrement supérieurs ensuite aux prix mondiaux. Lomé II, III et IV confirment le premier accord. Mais, à une époque où les dits prix mondiaux sont en berne totale, c’est un bienfait pour les producteurs africains.

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    Et c’est déjà trop pour les Européens : en 2000, ils remplacent les Conventions de Lomé par une « Convention de Cotonou » qui, certes, reprend les dispositifs de Lomé IV, mais en indiquant aux pays bénéficiaires que ça a assez duré et que, dans quelques années, leurs produits ne bénéficieront plus d’aucune protection. J’ai interrogé, à l’époque, les producteurs camerounais de banane. Ils étaient catastrophés : « jamais nous n’arriverons aux prix de revient d’Amérique latine ! », disaient-ils en substance.

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    Et puis arrive le 3e millénaire. C’est pas rien, un nouveau millénaire ! Celui-ci est incontestablement lancé sous la bannière de l’Asie : Chine surtout mais aussi Inde et sud est asiatique ont retrouvé « la route de la Soie » et se développent à toutes vapeurs. Dans le même temps, les consommateurs occidentaux commencent à avoir des boutons et attaquent leurs multinationales sur leurs agissements dans les pays pauvres. Résultat : les prix des matières premières s’envolent sans que les Occidentaux puissent s’y opposer. Même le prix de la banane grimpe, dopé et par un début de consommation dans les pays pauvres, notamment est européens, et par une campagne des consommateurs américains qui boycottent Chiquita, 1er distributeur mondial de bananes mais aussi plus grand exploiteur mondial des paysans producteurs.

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    Ca fout plus que la pagaille, ce retournement de situation. Pour que vous puissiez en appréhender l’ampleur, notez que le prix de l’or noir passe de 10 $/baril en décembre 1999 à plus de 100 $/baril en décembre 2007. Ce, tandis que l’or jaune passe, lui, de 100 dollars l’once en décembre 1999 à plus de 800 dollars l’once en décembre 2007. Tous les métaux voient leurs cours monter vertigineusement, de même que les oléagineux ou les tourteaux de végétaux à usage d’alimentation du bétail. Très peu de matières premières échappent à cette valse à la hausse…

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    On en est là quand les technocrates de Bruxelles préparent le prochain accord qui scellera la fin des protections accordées aux matières premières africaines. Ils appellent ça, en bons communicants, un accord « d’égal à égal ». Mais, se doutant de la réaction des intéressés (les Africains ont déjà renvoyés les négociateurs occidentaux dans leurs cordes lors des derniers pourparlers de l’OMC), ils forcent les politiciens européens à les remplacer dans la phase de négociation. Et c’est le sommet afro européen de Lisbonne qui débouche sur une sèche fin de non recevoir de la part des Africains : Wade, patron d’un Sénégal qui n’exporte pourtant que de l’huile d’arachide et un peu de phosphate, dit diplomatiquement « merde ! » aux Européens. Comme ses pairs ont collectivement dit « merde » à Gordon Brown en assurant le président du Zimbabwe de leur soutien.

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    Faut dire qu’aujourd’hui, le phosphate sénégalais est acheté quasi exclusivement par les Indiens tandis que le marché interafricain des oléagineux absorbe aisément toute la production sénégalaise d’huile d’arachide : les Africains n’ont plus besoin des Européens mais les politiciens et technocrates européens ne le savent pas. Pour eux, l’Europe continue à « aider » l’Afrique et les Africains doivent leur dire « merci ! » Ce, tandis que les multinationales européennes sont moins obtuses. Ainsi Areva, la firme semi-publique issue du Commissariat français à l’énergie atomique, refuse-t-elle obstinément de renégocier l’accord à long terme qui la lie au Niger, son principal fournisseur d’uranium. Objet du litige : les cours d’achat, négociés à une époque où l’uranium ne valait plus tripette alors qu’aujourd’hui, ils sont au sommet ou presque. Qu’à cela ne tienne : deux ou trois crétins sont allés au Niger pour faire un nième reportage sur les Touaregs, vous savez, ces « hommes bleus » si folkloriques qui enchantent tant nos amateurs d’images dites « vraies ». On leur dit que la région est stratégique et qu’elle leur est interdite. Dires de Nègres… Ils y vont donc et se font bien entendu arrêter avec, à la clef, une menace de prison à vie. Areva a signé un nouveau contrat au prix du marché deux jours après leur arrestation. Et pas un journaliste ne s’est indigné alors que la presse française, dans son ensemble, avait pris la défense des enleveurs d’enfants au Tchad. Mais le Tchad n’a qu’un peu de pétrole à vendre et il est déjà vendu aux Américains, CQFD…

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