• Wyle Ryla

    Wyle Ryla

    (écrit au tout début des années 1980)

    Né par erreur d'un accouplement "in vitro" de spermatozoïdes et d'un ovule qui n'étaient pas faits l'un pour l'autre, Wyle Ryla présentait les caractéristiques rares d'un génétisme inné insuffisant. Cela ne se voyait pas au premier abord mais était décelable dès les premières investigations magnéto-nucléaires et, en tout état de cause, à chaque fois qu'il devait prendre un traitement génétique avant de partir pour telle ou telle station stellaire : le pauvre souffrait alors de tels phénomènes de déviation  qu'il fallait rapidement revenir sur le traitement et recourir à des procédés antédiluviens. Bref, l'unité médicale de la base d'envol de son lieu de résidence avait pris la détestable habitude de s'en servir comme cobaye à son insu.  Son patrimoine héréditaire était, il est vrai, bien plus proche de celui des hommes de l'ère pré-stellaire que de celui du vulgum pecus moderne.

    Triste pour Wyle Ryla à qui son état avait été révélé quand il voulut donner à la banque des naissances. "Accoupleriez-vous une femme à un singe ?" lui avait substantiellement rétorqué la machine. Il pouvait toutefois voyager non sans que, à chaque départ, les installations au sol ne lui rappellent le coût exorbitant qu'entraînerait la mise au point à son usage unique d'une thérapie des temps anciens. Il devait systématiquement signer une décharge...

    Et puis quel inconfort ! Ne pouvant transformer son apparence, il lui fallait adapter son grand corps de primate aux normes très amenuisées des mobiliers de bord en rougissant à chaque fois que les "petits hommes verts" du traitement génétique le regardaient en rigolant en douce. Il finit par renoncer aux voyages quoique ses préférences intellectuelles allassent aux tâches cosmiques et que toute sa formation aient été jusqu'ici centrée sur l'interstellarité. Sa reconversion fut dure mais aidée toutefois par son statut de cas social. Il choisit pour commencer les sciences manuelles, pensant trouver dans ses créations un dérivatif à sa peine profonde.

    les premières périodes actives qui lui furent imposées le déçurent très vite : il s'agissait bien sûr d'activités de contrôle et de maintenance... Il tâta alors les activités artistiques, bien vite renvoyées à leur machineries informatisées, puis tomba dans la marginalité au cœur d'une plaine quasi déserte : le primitivisme avec sourire obligatoire de ses compagnons l'écœura très vite. Wyle Ryla, en fait, ne pouvait oublier les étoiles...

    Il passa ensuite d'ordinateurs psychologiques à ordinateurs psychologiques, essaya les stimulations artificielles, prît même langue avec des groupes subversifs... Sans jamais trouver l'état idéal qui lui permettrait de vivre en paix avec lui-même. Son cas fut finalement isolé par plusieurs stations télématiques et donc soumis à une commission "ad hoc" Des humains, cette fois-ci, allaient s'occuper de lui. Primairement (mais n'était-il pas génétiquement primaire ?), il en attendait beaucoup plus que des machines.

    La commission œuvra très longtemps sur son problème, n'ayant sur les machines que l'avantage de l'imagination des 1352 personnes qui la composaient. On lui fit signer une décharge -il était habitué- destinée à prévenir tout retour en arrière de la solution qui fut trouvée à ses tourments. Cette solution fut soumise, pour approbation, aux habitants et aux mandataires des voyageurs explorateurs : elle coûtait cher !

    Au jour décidé, une navette vint le prendre au sol pour l'emmener dans un ultime voyage. Il n'avait cette fois-ci subit aucun traitement chimique. Son corps fut congelé à l'ancienne et introduit dans une soute. Le navire partit pour une destination inconnue, son programme étant exploratoire...

    Plusieurs années après, le processus de revitalisation se mit à fonctionner et Wyle Ryla fut réveillé par les machines. Sa soute comprenait plusieurs instruments de reconnaissance extérieure et il put ainsi repérer la petite planète que lui avait choisie le navire. Il la contempla, demanda des précisions aux machines et finit par acquiescer : oui, c'était bien là qu'il terminerait son long chemin.

    Wyle Ryla fut débarqué avec un lot consistant de bimbeloteries techniques en tous genres et on lui laissa même une navette en orbite autour de la planète pour pouvoir continuer, parfois, à rêver aux étoiles. Puis le navire disparut à jamais, poursuivant sa route et son programme exploratoire aux delà des confins galactiques qu'il venait d'atteindre.

    L'humain commença par aménager son nouveau royaume, usant et abusant de la congélation temporaire lorsqu'il lui fallait laisser au temps le soin de parachever les évolutions que, par ses touches technologiques, il accélérait. Du méthane originel il fit des chaînes de protéines basiques. Puis il fit surgir des végétaux de ces bases protéinées. Puis...

    Mais tout le monde connaît les processus d'évolution de la vie cellulaire. Wyle Ryla resta un temps abîmé dans la reconnaissance, puis la contemplation, du monde qu'il avait créé de toutes pièces. Puis il commença à s'ennuyer. L'idée lui vient donc de créer quelques compagnons et quelques compagnes qui agrémenteraient la monotonie de sa vie. Ainsi fut fait, lentement, de congélation temporaire en congélation temporaire successives...

    Se réveillant de l'une de ses périodes de sommeil glacé, il découvrit une planète remplie de sauriens atroces avec lesquels il ne se sentait aucune affinité. Wyle Ryla provoqua un cataclysme qui anéantit ces créatures et renouvela son expérimentation. Sa décongélation suivante lui permit d'observer des résultats nettement plus satisfaisants qui ne demandaient plus que des petits coups de pouce par ci, par là. Son monde évolua dans le bon sens des siècles durant, au cour desquels il n'eut besoin que de courtes périodes de décongélation pour des interventions assez bénignes.

    Jusqu'au jour où il put, Oh merveille !, voir sur sa planète ses semblables évoluer. certes pas gracieusement, plutôt cacophoniquement. Ses interventions se firent plus sociales, plus subtiles. Mais pas toujours : il dût notamment imposer à ses créatures des règles grossières de comportement, le temps lui manquant pour échafauder de plus délicates incitations. Il décida donc d'allonger ses périodes de sommeil congelé.

    Plusieurs millénaires du système plus tard, Wyle Ryla découvrit avec stupeur de curieux objets métalliques dans son environnement immédiat. "Pas de ça Lisette !" commença-t-il à se dire avant de se souvenir des règles qu'il avait formellement accepté avant de partir : pas de retour possible et pas d'extermination, même partielle. Déjà qu'il avait triché avec les reptiles...

    Il ne pouvait même plus décider de l'orientation de ses éventuelles interventions : pour lui tenir compagnie, il avait kidnappé une poignée de ses créatures, lesquelles étaient donc totalement au courant et de ses intentions, et de ses capacités. Aujourd'hui, elles avaient conscience de faire partie de "ceux d'en bas" et lui déniaient tout droit de contrer leur progrès technologique.

    Wyle Ryla préféra la paix dans son ménage et s'en remit au destin. Ce qu'avait escompté la Commission qui avait saisi l'opportunité de son cas pour créer, via un être un peu fou, une colonie aux caractéristiques différentes de celles de ses propres mondes. Peut-être, s'était-elle dit, cette colonie des frontières galactiques réussira-t-elle là ou ses coreligionnaires avaient échoué : réussir les voyages intergalactiques, trouver la route superluminique. Rien ne valait mieux à cette fin que ce coup de dé, cette part réservée au hasard.

    Si Wyle Ryla avait été plus entreprenant, il aurait déjà découvert le message qui lui avait été préparé dans les machineries de la navette pour le tenir informé, le moment venu, des intentions de ses anciens compatriotes. Mais Wyle Ryla était un homme obéissant et le moment n'était pas encore venu...


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